CHAPITRE IV
CHANDELIERS, CANDELABRES. ETC.
(Candelabrum.)
I. Nous avons déjà vu , en parlant des catacombes dans la première partie , qu'on s'y servait communément de lampes à huile pour éclairer les assemblées religieuses qui s'y tenaient. Mais il est également certain qu'on y employait aussi des cierges et que ces cierges étaient supportés par des chandeliers plus ou moins riches , puisqu'il est question dans les Actes du martyre de saint Laurent de chandeliers d'or destinés à porter des cierges (*). D'ailleurs, saint Jean qui, dans son Apocalypse, fait souvent allusion aux usages liturgiques de la primitive Eglise, ne voit-il pas le Sauveur au milieu de sept chandeliers?
Dans les premiers siècles , comme nous l'avons déjà remarqué, on ne plaçait pas les chandeliers sur l'autel même ; mais les acolytes les tenaient eux-mêmes autour , ou au devant de l'autel ; on se contentait quelquefois de les poser sur les degrés de l'autel ou sur la crédence. Le pied du chandelier était ordinairement carré et portait l'image des animaux symboli ques des quatre évangélistes , ou d'autres sculptures puisées dans l'Iconographie chrétienne. Il y en avait toutefois qui
{*) Ces cierges « comme nous l'avons dit ailleurs , étaient en cire jaune. Saint Paulin, néanmoins, parle de cierges peints de diverses couleurs. La bénédiction du cierge pascal date au moins du iv« siècle.
étaient ronds , (entre autres ceux des acolytes (261), ovales ou triangulaires , c'est-à-dire que rien n'était absolument réglé tant pour la forme des chandeliers que pour la matière dont on devait les faire. Les églises riches en avaient en or , en argent , en bronze; les autres en avaient en fer ou en bois; il y en avait même en marbre ; généralement ils étaient bas et lourds ; mais souvent ils étaient richement sculptés ou ciselés. Les cierges qu'on y brûlait étaient gros et courts , en forme de torches (259).
IL Les Candélabres des temps primitifs du christianisme , comme ceux du moyen-âge et comme ceux d'aujourd'hui, étaient souvent à plusieurs branches. Ordinairement on leur en donnait sept en souvenir de celui que Moïse avait fait faire pour le tabernacle. Mais d'autres fois il y en avait un bien plus grand nombre. Le pape Adrien en fit placer un devant le sanctuaire de Saint-Pierre qui pouvait recevoir 1370 luminaires. Il est question d'un autre qui en portait autant qu'il y avait de jours dans l'année. Dans certaines églises , c'était une poutre qui traversait tout le sanctuaire et qui était garnie de pointes propres à recevoir un grand nombre de cierges. Cette espèce de luminaire portait le nom de rastrum, rastellarium. Dans d'autres églises , c'était la corniche du chœur qui était toute garnie de ces pointes avec leurs cierges. Les candélabres étaient ordinairement en métal richement coulé. L'empereur Constantin en avait fait faire pour l'église de Saint-Jean-de- Latran 50 en argent , pesant chacun 20 livres , et 7 en airain du poids de 300 livres chacun. Ils avaient de 32 à 33 décimètres de haut et étaient ornés de médaillons d'argent représentant les prophètes, etc.
On donnait le nom de herse à un candélabre triangulaire , comme celui dont on se sert encore pendant la semaine sainte. Il portait comme aujourd'hui treize cierges.
Les grands chandeliers qui se plaçaient ordinairement aux quatre angles de l'autel , à terre , s'appelaient aussi candélabres (260).
III. En général , les chandeliers et les candélabres ont suivi dans leur ornementation les diverses phases de l'art chrétien. Sous la période romano-byzantine et même plus anciennement , on se plut à leur donner les formes les plus variées, les plus élégantes et quelquefois les plus curieuses. Il y
en avait qui avaient la forme d'un cerf ou de tout autre animal symbolique, d'un ange, d'un personnage, d'une croix, d'un arc, etc. D'autres avaient leurs pointes ou leurs tubes divergeants de manière à former différentes figures.
L'église de Hildesheim possède un candélabre fort remarquable du xi*' siècle. Il peut recevoir 72 cierges.
Charlemagne avait donné à l'église d'Aniane (Hérault) sept candélabres d'argent avec tous les détails du chandelier à sept branches du tabernacle mosaïque.
Sous la période ogivale les chandeliers et les candélabres sont ordinairement ornés de clochetons , de pinacles , de niches avec leurs statuettes , des anges , etc. (262).
A la Renaissance, ils sont couverts de sculptures et de ciselures les plus délicates et les plus riches de l'époque. La cathédrale de Mende , entr'autres , possède deux candélabres du XVI® siècle d'une grande beauté. Ils sont en bois. La Chartreuse de Valbonne aussi en a deux extrêmement remarquables.
Nota. Le chandelier destiné à porter le cierge pascal avait primitivement la forme d'une colonne torse, ordinairement ornée de sculptures , d'émail de peintures, de mosaïques > etc. Ilétaitfixéàrambon(180).