UMPES, LUSTRES. TORCHES, ETC
Dans les catacombes , les lampes qui servaient aux usages du culte étaient souvent suspendues à la voûte des Cubicula , au moyen déchaînes (264). D'autres fois , elles étaient placées dans des niches ou sur des consoles. Celles qu'on y a trouvées jusqu'à présent , ont communément la forme d'une petite nacelle munie, d'un côté, d'un ou de deux becs et, de l'autre, d'une petite anse. Le dessus est percé d'un ou de deux trous qui servent à remplir la lampe d'huile. On y voit aussi ordinairement
des anneaux avec leurs chaînettes destinées à les suspendre au moyen d*un crochet (264). Parmi ces lampes, il en est qui sont fort simples, d'autres sont ornées de symboles religieux, tels que la palme , l'ancre, le poisson, le dauphin, la colombe, etc., ou d'images de personnages de l'ancien et du nouveau Testaments , entre autres , de Jonas , du Bon Pasteur, des Apôtres, des saints, des martyrs, etc. , etc. On en a rencontré une qui a la forme d'un navire dirigé par saint Pierre 'et saint Paul ; une autre est une nacelle d'où le Prince des Apôtres lance ses. filets , etc. Quelques-unes n'ont pour tout ornement que le monogramme du Sauveur, ou l'alpha et l'oméga, comme nous l'avons vu ailleurs. Il y en a en terre cuite, en verre , en bronze , en ambre , etc. , etc.
On a également trouvé dans les catacombes des lampes portées sur un pied en forme de chandeliers (263).
II. Dans les premières basiliques et pendant tout le moyenâge, on continua à faire brûler des lampes dans le lieu saint. Le pape saint Sylvestre en fit faire dix ornées de couronnes , et vingt en airain, pesant chacunes 40 livres. Saint Jean-Chrysostôme fHom, 83 in Math.) parle de lampes suspendues avec des chaînes d'argent devant la divine Eucharistie. Saint Paulinde-Nole parle aussi du grand nombre de lampes qui éclairent l'autel la nuit et le jour. On y brûlait ordinairement les huiles les plus précieuses et les plus odoriférantes, comme l'huile de nard et autres non moins parfumées.
Charlemagne avait donné sept lampes en argent à l'église d'Aniane ; elles étaient suspendues à la voûte du sanctuaire.
Quelques lampes servaient à brûler des cierges; on y brûlait aussi des parfums. Les lampes du moyen-âge prenaient des formes très-variées ; mais le plus grand nombre ressemblait à peu près à celles que l'on fait aujourd'hui ; c'est du moins ce que font présumer les miniatures des diverses périodes de cette époque , sur lesquelles on en voit beaucoup (272).
On donnait le nom de cantharus à une lampe en forme de vase à col allongé et suspendue par des chaînes.
III. Indépendamment des lampes, on suspendait encore aux voûtes des églises , au moyen de chaînes , des lustres appelés couronnes ou phares , de la plus grande richesse. C'étaient des cercles en métal , plus ou moins nombreux et plus ou moins grands , trôs-ornés et garnis de petites tours rondes ou
carrées en forme de lanternes , de pointes destinées à porter des cierges , de lampes représentant des dauphins , des colombes, des cornes, des séraphins, etc., etc. (266).
L'empereur Constantin donna à Téglise de Latran un phare orné de 50 dauphins d'or très-pur, pesant avec sa chaîne 25 livres; de plus, quatre couronnes avec 20 dauphins en or très-pur, pesant 15 livres; un phare d'or avec 80 dauphins, du poids de 30 livres , et plus de 1 00 phares en argent , dont un de 120 dauphins, du poids de 50 livres.
L'église de Bayeux en possédait un du xi® siècle en cuivre doré et émaillé, orné de plaques d'argent, d'un très -beau travail. Il avait plus de cinq mètres de haut et était suspendu à la voûte par une chaîne de fer. En 1562, les protestants le brisèrent. A Aix-la-Chapelle, on voit les restes d'un phare de la plus grande richesse. C'était un grand cercle en bronze doré et émaillé, orné de 16 lanternes en forme de petites tours, alternativement rondes et carrées. Il pouvait porter 48 cierges, divisés trois par trois, entre les tourelles. Il avait environ six mètres de diamètre. On cite encore le magnifique lustre de Barcelonne qui est du xv® siècle.
Les phares et les couronnes se confondent souvent dans les descriptions que l'on en fait; il paraît cependant que les phares étaient des couronnes d'un plus grand diamètre. Quelquefois, au lieu d'être suspendus, ils étaient portés sur des pieds comme les chandeliers. Il y en avait aussi qui étaient suspendus et avaient néanmoins des branches comme nos candélabres.
IV. Il est encore question, pendant le moyen-âge, d'un autre luminaire très-remarquable, dont l'usage a persévéré dans certaines églises jusqu'au xvii« siècle. C'était une espèce d'arbre ordinairement en métal , sortant du sol et étendant , de tous côtés, ses branches chargées de feuilles, de fleurs et de fruits, avec de petites coupes destinées à recevoir des cierges ou des lampes. Il y en avait aussi en bois, dont les feuilles, les fruits et les fleurs étaient en cire peinte. Saint Bernard parle de plusieurs de ces arbres qui étaient en cuivre et qui brillaient plus par les diamants et les perles qu'on y attachait que par les flambeaux et les cierges qu'on y allumait. CApoly c. 1.) Il y en avait plusieurs à Cluny.
Les lustres de la Renaissance sont encore parfois très-beaux; mais au xvm® siècle, on introduisit dans les églises des lustres
en verroteries / qui conviendraient mieux à des salons qu'à des temples chrétiens; et de nos jours, poussant le mauvais goût jusqu*à Tabsurde, on commence à adopter pour la maison de Dieu , les ridicules quinquets des cafés les plus mesquins I y. Quant aux torches, il est constant qu'elles étaient usitées pendant le moyen-âge et même auparavant. Mais leur forme ordinairement très-simple n*offre pas un grand intérêt à l'archéologue. Cependant, on doit conserver précieusement toutes celles qui peuvent avoir quelque mérite , par leur antiquité , leur matière, leur forme, etc. C'est ainsi que Ton en a découvert une à Tournai, qui est extrêmement curieuse. Elle est en argent et est ornée de 36 écussons. D'après quelques antiquaires, elle serait du xiii* siècle, mais elle aurait été restaurée au XVI®.
Les FALOTS [lanternes) , dont on se sert pour accompagner le Saint-Viatique, étaient également usités pendant le moyen-âge et avaient à peu près la forme actuelle. Cependant, il y en avait dont la forme était parfois assez extraordinaire. On en voit un fort curieux exemple dans la Danse macabre d'Holbein; c'est une grande lanterne (267) ; elle est portée par la Mort devant le prêtre qui porte le Saint-Viatique.