CHAPITRE VI
BENITIERS, RELIQUMRES. CHftSSES.
I. L'usage de l'eau bénite, dans les cérémonies religieuses, remonte aux premiers siècles de l'Église et est d'institution apostolique. Indépendamment donc des bénitiers placés aux portes des églises, et dont nous avons parlé ailleurs, il devait y avoir des vases portatifs et appropriés aux cérémonies de Taspersion [vas lustricum) ; mais on n a aucune donnée positive sur la forme et la matière de ces anciens bénitiers portatifs.
Dès le x« siècle, néanmoins, ils devaient avoir à peu près la forme qu'ils ont aujourd'hui ; mais on les faisait de différentes matières, selon le goût et les ressources des églises. Ce qui le fait croire , c'est que la cathédrale de Milan en possède un de ce siècle, en ivoire, très-bien sculpté, orné d'arcades et de personnages en relief, représentant la Sainte- Vierge et les quatre Évangélistes. Il est muni d'une anse également en ivoire sculptée (270).
Le trésor de St-Jean de Lyon , en possède un autre en ivoire du même style. Dans une ancienne sculpture antérieure au XI® siècle et qui existe dans l'église de Tarascon , on en voit un entre les mains de sainte Marthe, que nous donnons au n° 268. Le n® 269 en représente un dans le style du moyen-âge , d'une époque moins reculée.
Pour faire l'aspersion , on s'est d'abord servi de toute espèce de plantes, de branches ou de petites tiges de bois, et surtout d'hysope, quelquefois de paquets de paille. Plus tard, on employa une queue de renard, à cause de ses poils longs et soyeux , et comme le renard s'appelait en vieux français goupil (du latin vulpes) , on a appelé l'aspersoir goupillon , nom qu'il porte encore aujourd'hui. Bientôt cependant, la queue de renard fut remplacée par un aspersoir en bois ou en métal, composé d'un manche et d'une petite boule garnie de crins ou percée de petits trous et remplie d'une éponge. On en voit un semblable dans un tabteau du Giotto , du xiii® siècle. Dans quelques miniatures, l'aspersoir est surmonté d'une roue semblable à une molette d'éperon (*).
IL Chasses. Capsœ. — On ne doit pas confondre les châsses avec les reliquaires. Les premières renferment ordinairement tout un corps saint ou au moins une partie très-considérable de ses reliques. Le reliquaire, au contraire, ne contient qu'une partie assez peu considérable du corps, telle que la tête, un pied, un bras, ou seulement quelques ossements ou parties d'ossements.
{*) On cite une ancienne miniature qui représente une bénédiction miraculeuse d'une chapelle. N. S. Jésus-Cbrlst tient Taspersoir et fait la bénédiction. La Ste- Vierge porte le bénitier, et deux anges les accompagnent daus celte naïve et touchante cérémonie.
Les plus anciennes châsses étaient de véritables tombeaux , qui servaient souvent d'autel, comme nous Tavons vu ailleurs. Plus tard , elles prirent la forme d*un petit coffre ou conservèrent la forme d'un tombeau portatif plus ou moins riche et plus ou moins décoré, selon les ressources des églises. Cependant Ton continua pendant tout le moyen-âge à construire parfois des châsses en pierre richement sculptées et fixées au fond de Tabside, où elles formaient de magnifiques décorations. En général, les châsses de cette époque étaient si riches de sculptures , de ciselures , et étaient d'un travail si exquis , si délicat, si varié, qu'elles sont comme un défi jeté aux artistes de tous les siècles.
Il y en avait en bois , en cristal , en ivoire , en cuivre , en argent et en or, admirablement exécutées, ornées d'émail, de verres de couleur, de pierres précieuses, et souvent aussi d'inscriptions curieuses. Elles prenaient assez ordinairement la forme des tombeaux, des édifices, des belles églises de l'époque, et surtout des églises qui devaient les recevoir. Sous la période romano-byzantine , elles sont décorées de colonnes, d'arcatures, de portes et de fenêtres, de statues et de bas-reliefs, et de tous les détails architecturaux de cette période (271).
Aux xiu®, XIV® et XV® siècles, ce sont des arcades aiguës, des clochetons, des pinacles, des niches, des statuettes, et quelquefois aussi des flèches élancées de l'époque ogivale. Seulement dans les châsses romano-byzantines, les personnages sont souvent figurés en émail , tandis que dans les châsses gothiques, ils sont en bronze, en argent ou en or, et l'émail n'y est plus qu'un accessoire (273).
Au XVI® siècle , elles sont encore fort belles ; mais au xvin®, elles prennent la forme d'un coffre d'assez mauvais goût. Le trésor de St-Jean de Lyon , et le musée de la môme ville possèdent quelques châsses d'une grande beauté. Celle qu'on voit à St-Saturnin de Toulouse est magnifique et date du xv® siècle.
Nota. — Dans certaines églises , on appelle arches des espèces de châsses d'une grande dimension , que l'on porte aux processions. Elles ont la forme d'un baldaquin.
IIL Reliquaires. — Les reliquaires proprement-dits ont subi les formes les plus variées, les plus simples et les plus communes , comme les plus riches et les plus recherchées.
Souvent on leur a donné la forme de la relique qu'ils renfermaient. C'est ainsi qu'il y en a qui ont la forme d'une tête , d'un bras, d'une main ou d'un pied, etc., selon qu'ils contiennent l'une ou l'autre de ces parties du corps d'un saint. Mais le plus grand nombre de ces reliquaires offrent des modèles extrêmement variés. Il serait impossible de détailler toutes les formes plus ou moins heureuses et quelquefois bizarres qu'on leur a données. Il y en avait en forme de croix (*) , d'étoiles, de coupe, de ciboire, de corne, de navire, de médaillon, de lettre, etc., etc. Millin, dans ses Antiquités nationales y et surtout les PP. Martin et Cahier, dans leurs Mélanges d* archéologie, en donnent de très-beaux et de très-riches modèles (274-280-281-282).
Nota. — Nous rappelons ici ce que nous avons dit ailleurs , que ce ne fut que vers le ix® siècle que l'on commença à placer des reliquaires sur l'autel. On voit à Saint-Marcel-de-Careiret (Gard) le support d'un bénitier qui très-probablement a servi de châsse. C'est une pierre creuse et ornée de moulures et portant une inscription qui prouve sa destination.