ART. 2. — DES CATACOMBES ET DES CRYPTES PRIMITIVES
I. Les catacombes sont de vastes souterrains qui servirent souvent de refuge aux premiers chrétiens pendant les persécutions (*). Les principales et les plus célèbres sont celles de Rome, situées autour de la ville et sous divers points de la campagne environnante. Jusqu'ici, on avait cru qu'elles avaient été, la plupart au moins, creusées pour l'exploitation et l'extraction de la pouzzolane, espèce de terre volcanique ou de sable particulier, qui, mêlé avec la chaux, fait un excellent mortier. Mais cette opinion doit être généralement abandonnée, depuis les recherches si savantes du P. Marchi. Il ne faut pas, en effet, confondre les catacombes avec les arenaria des Romains, d'où l'on tirait la pouzzolane: car il est prouvé aujourd'hui que plusieurs des catacombes, et peut-être toutes, furent creusées exprès , par les mineurs chrétiens , dans l'intention , soit de procurer à leurs frères morts pour la foi ou dans la foi , des cimetières inaccessibles aux profanations des païens; soit de préparer à leurs frères vivants, mais persécutés, des retraites sûres et impénétrables pendant les mauvais jours de persécution; soit enfin de ménager çà et là, dans ce sombre
{*) On montre dans le parc d*Uzès une grotte qu'on croit avoir servi aux chrétiens de la contrée , dès les premiers siècles.
et lugubre séjour et pour les mêmes circonstances , des lieux de prière ignorés des idolâtres , et convenablement disposés pour les cérémonies du culte catholique.
II. Les catacombes de Rome consistent en un grand nombre de galeries tortueuses , généralement étroites, et souvent disposées en deux ou plusieurs étages situés; les uns au-dessus des autres ; elles se coupent et se croisent en tout sens , de la manière la plus compliquée. Aussi ne serait-il pas prudent ni sûr de s'engager au hasard dans ces labyrinthes inextricables, sans un guide intelligent et familiarisé avec ces sombres lieux (236).
C'est dans les parois de ces galeries que sont creusées, à droite et à gauche , plusieurs rangées de niches destinées à recevoir les cercueils des premiers martyrs de notre foi, ainsi que les dépouilles mortelles des autres fidèles décédés dans la paix de TÉglise; sans toutefois que leurs cendres fussent mêlées et confondues ensemble. Les martyrs étaient distingués des autres, soit par des palmes ou des inscriptions précises; soit par les instruments de leur supplice; soit surtout par le vase ou la fiole remplie de sang qu'on plaçait toujours auprès d'eux , et qu'on y trouve encore aujourd'hui (234, — 235).
III. De distance en distance, on rencontre des salles ou chambres (cubicula) plus ou moins vastes et de formes variées. Plusieurs sont disposées évidemment, comme nous l'avons dit plus haut, pour les assemblées religieuses et la célébration des saints Mystères. D'autres, mais plus petites, servaient de sépulture à certaines familles distinguées ; elles sont trèssouvent taillées , ainsi qu'un grand nombre de galeries , dans une espèce de tuf qui se trouve au-dessous des carrières de pouzzolane : preuve incontestable de leur origine purement chrétienne. De plus, les fossoyeurs (fossores) (*) ou mineurs catholiques ont eu soin, en creusant ces chapelles primitives, de ménager souvent, tout autour de leur enceinte, des gradins ou bancs destinés aux simples fidèles; et au fond, contre le mur, un trône pour l'Évêque et des sièges particuliers pour le
(*) Od voit encore de ces pieux fossores représentés avec leurs instruments dans des peintures des catacombes. (Voir Tableau des Catacombes et les Trois Rome^ t. 4.)
clergé : ce qui achève de rendre leur intention parfaitement évidente. L'autel était placé au milieu de la salle ou contre l'un de ses murs, et quelquefois dans une espèce de niche. C'était un tombeau de martyr, couvert d'une table de marbre et désigné sous le nom de mémoire, confession, titre, etc. C'est de là que nous est venu l'usage de mettre des reliques sous l'autel, ou au moins dans la pierre sacrée. Auprès de ces salles, on rencontre encore parfois des fontaines, des puits ou des citernes, qui servaient, sans nul doute, aux ablutions cérémonielles et au baptême des nouveaux convertis. On y voit aussi, à l'entrée, des bénitiers en poterie, en verre, en pierre, etc. Pendant les persécutions , les repas funèbres ou de charité appelés agapes, et si communs parmi les chrétiens, se faisaient souvent dans ces lieux sacrés; rendez -vous ordinaire des vivants et des morts , en ces jours de terribles épreuves où la vie n'était réellement qu'une continuelle préparation au martyre (*). Les catacombes offrent encore des vestiges de nartex destinés aux cathécumènes et aux pénitents, de salles destinées évidemment aux écoles, à l'instruction de la jeunesse chrétienne , etc.