CHAPITRE Vm
ftimEftui.
I. Dès la plus haute antiquité, Fanneau a été regardé comme une marque d'autorité et de distinction. Lorsque Pharaon voulut élever Joseph au commandement de toute TÉgypte, il lui donna son anneau. Mardochée dut prendre Tanneau royal , lorsque Assuérus voulut Télever à la première dignité du royaume. Cet anneau servait principalement à sceller les patentes , les ordres, les missives des princes. Les particuliers en portaient aussi, qui servaient probablement aux mêmes usages. Juda, fils de Jacob , donne son anneau à Thamar , sa belle-fille. Il en était de même chez les Romains.
L*anneau pastoral des évoques est tout à la fois la marque de leur autorité et le signe de l'union sacrée qu'ils ont contractée avec leur église dont ils sont les époux. Son usage remonte aux premiers siècles du christianisme. Il en est question dans le quatrième concile de Tolède comme d'une chose établie déjà depuis longtemps. Il paraît môme que Ton a trouvé Fanneau du saint pape Caïus dans son tombeau. Or, ce saint pontife vivait au m® siècle.
II. Autrefois les évêques portaient l'anneau à l'index et môme au pouce de la main droite. Depuis longtemps , ils sont dans l'usage de le porter au doigt annulaire pour plus de commodité. Les anciens anneaux étaient en métal , en corne , en ivoire, en émail, etc. Ceux en métal étaient tantôt en or ou en argent, tantôt en bronze ou en plomb, etc. Ils étaient souvent ornés de pierres précieuses , parfois gravées avec beaucoup de talent. Les sujets qu'on y représentaient étaient toujours religieux, ou bien si l'on y employait quelquefois des pierreries ou des camées antiques, on en appliquait le sujet à la religion, en transformant, par exemple, un Caracalla en saint Pierre, etc. (Biblioth. roy.)
C'est ainsi qu'on a conservé dans les trésors des élises de camées antiques de la plus grande beauté. Aujourd'hui l'anneau pastoral doit être en or et enrichi d'une pierre précieuse. C'est une prescription d'Innocent m, mais la pierre ne doit pas être gravée.
Les évoques, dès les premiers siècles de l'Église, se servaient aussi d'un anneau appelé tessera ou anneau sigillaire (283) pour sceller surtout les lettres dites formatœ, qui étaient des lettres de recommandation, de communion, etc., accordées à des ecclésiastiques ou à de simples fidèles pour les recommander aux évoques ou aux communautés chrétiennes.
m. Les papes ont deux espèces d'anneaux portatifs : l'un moins riche qu'ils portent habituellement, et l'autre plus précieux qu'ils ne prennent que dans les grandes cérémonies. Mais indépendamment de ces anneaux, il est question, pendant le moyen-âge , d'une bourse que l'on remettait au Souverain Pontife le jour de son élection, et dans laquelle il y avait douze sceaux , sigilla , qui représentaient et rappelaient les douze Apôtres.
A partir du ix® siècle , les évoques commencent à se servir de véritables sceaux et de cachets ; cependant l'usage de se servir de l'anneau continua pendant assez longtemps encore , et a lieu même aujourd'hui au moins quelquefois.
Beaucoup d'évêques du moyen-âge sont représentés sur leurs tombeaux ou ailleurs avec plusieurs anneaux , quelquefois un à chaque doigt. Ces anneaux seraient-ils le signe de plusieurs évêchés qu'ils auraient possédés successivement? Seraient-ils seulement les divers sceaux dont ils se servaient comme évêque-, comme abbé de quelque monastère et comme simple particulier? Nous penchons pour cette dernière hypothèse. Cependant , il pourrait bien se faire que ce ne fût là qu'une affaire de mode ; car nous avons vu plusieurs statues de femmes et d'hommes du moyen-âge qui portaient des anneaux à tous leurs doigts comme les évêques.
Tout le monde sait que Vanneau du pêcheur, dont le pape se sert pour sceller certains brefs, est un sceau sur lequel est représenté saint Pierre dans un navire et jetant ses filets. Certains abbés et quelques abbesses ont le privilège de porter l'anneau. Les docteurs des Universités catholiques jouissaient du même droit; et en Italie, encore aujourd'hui, les chanoines et les curés
de collégiales le portent également. Mais il ne doit pas avoir de pierre précieuse , et nul prêtre ne doit s'en servir à l'autel pendant la célébration du Saint-Sacrifice.
Les évoques grecs ne portent point l'anneau, si ce n'est chez les Arméniens. Les simples fidèles de l'Église primitive avaient aussi des anneaux qui leur servaient, soit à se faire connaître entre eux, soit aussi à sceller leurs contrats, leurs lettres, etc. Ces anneaux étaient ornés de gravures représentant des sujets religieux tirés de l'ancien et du nouveau Testaments, ou des images symboliques relatives au christianisme, commeVancrCy le poisson y Y agneau, le raisin, etc.
Nota. — Ceux qui désireraient de plus amples renseignements sur les sceaux et contre-scels du moyen-âge, en trouveront de très-suffisants dans les Eléments de paléographie, de M. Wailly, et dans le Dictionnaire de diplomatique, de Migne. Cette étude mérite l'attention des ecclésiastiques comme des laïques.