‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 82 sur 112 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

CHR£fllERES , CLOCHETTES . ETC. . ETC.

I. Dès les temps les plus reculés de l'Église , les saintes huiles destinées aux onctions sacrées du baptême , de l'ordination , de la consécration , etc. , étaient conservées dans des ampoules ou fioles en verres , comme le prouvent plusieurs passages de S. Optât de Milève, de S. Ives de Chartres, etc. (V. Duranti).

La Sainte- Ampoule de Rheims en était un célèbre exemple , avant qu'elle eût été brisée par le fanatisme révolutionnaire de la Terreur. Cependant, dès les premiers siècles de l'Église, il y avait aussi, pour les saintes huiles , des vases en or et en argent fort riches. Le pape saint Sylvestre fit faire pour le saint chrême une patène d'argent incrustée d'or, du poids de cinq

livres, et dans le baptistère de St-Jean-de-Latran , il y avait un vase en or destiné au môme usage, pesant 50 livres. Quelques chrémières avaient aussi la forme d'un poisson , image du chrétien régénéré dans les eaux du baptême , ou toute autre forme puisée ordinairement dans le symbolisme chrétien. Sous la période ogivale , il s'en fit de fort riches dans le style de l'époque (285).

Il y avait encore un grand nombre d'autres vases en or ou en argent, etc., en forme de dauphins, d'agneaux, de cerfs, de cygnes, etc., qui servaient soit à verser l'eau dans la cuve du baptistère, soit à la répandre sur la tête des baptisés. On donnait souvent au vase destiné à ce dernier usage, la figure d'une conque marine.

Celui qui contenait le sel bénit portait le nom de Salaria, Il y en avait d'autres qui servaient à des usages aujourd'hui inconnus (265).

Il existe à Villeneuve-les-Avignon une espèce de coupe en vermeil d'un riche travail. Les ciselures de l'intérieur du vase représentent les sacrifices d'Abel et de Caïn. Il est fort difficile de deviner à quel usage était employée cette curieuse coupe qu'on dit avoir appartenu aux Bénédictins ; peut-être servaitelle à recevoir l'hostie ou la custode du Saint-Sacrement ?

IL L'usage de sonner la clochette à l'élévation de la sainte hostie et du calice pendant la sainte messe, ainsi que devant le prêtre qui porte le Saint-Viatique , a été établi d'abord à Cologne par le cardinal Guido , légat du Saint-Siège , qui y habitait en 1203.

Le pape Grégoire ix sanctionna cet usage et retendit à toute l'Eglise. Ce n'est que plus tard que s'établit l'usage de la sonner au commencement de la messe , au Sanctus et au Domine non sum dignus. Chez les Arméniens , c'est un fiabellum garni de petites lames d'argent qui sert de clochette.

Pendant le moyen-âge, lorsque les papes se faisaient précéder de la sainte Eucharistie , la mule blanche qui portait le Saint-Sacrement sur un brancard avait au cou une clochette en vermeil dont le son avertissait le peuple de la présence du Très-Saint-Sacrement (*).

D Quelques fois le brancard était porté par deux mules , Tune par devant et l'autre par derrière. (V. A. Rocca. t. 1. p. 51.)

Nicolas V fit faire , vers la fin du xiV' siècle, les trois clochettes qu'on sonne lorsqu'on montre aux fidèles , en certaines circonstances , les reliques insignes que possède Téglise de Saint-Pierre.

On possède encore , dans certains musées , des clochettes des xi*^ et xii*^ siècles, fort remarquables (294) ; elles sont toutes ciselées à jour , de manière que le son n'est guère fourni que par le bord. Il en existe aussi du xvi® siècle , qui sont extrêmement précieuses par leurs riches ornements. On y voit sculptés de délicates arabesques , des figures de singes , des aigles , des personnages , etc.

Une de ces clochettes vendue 20 francs , par des fabriciens ignorants , a été revendue 500 fr. à un amateur.

III. On trouve encore dans les trésors des cathédrales une foule d'autres objets curieux qui méritent de fixer l'attention des ecclésiastiques. Nous allons en signaler quelques-uns en peu de mots.

1^ Les agrafes de chape (284) très-riches, ornées d'émail , d'or , de pierres précieuses , etc. , représentant parfois des scènes on des personnages de l'Ecriture-Sainte ou de la Vie des Saints.

En Italie , on appelle rational ou formale une riche agraffe extrêmement ornée dont le pape , les cardinaux et les évoques se servent pour fermer leurs chapes (*).

En France, on cite celui de l'archevêque de Reims qui s'attache à la chasuble par trois épingles en or dont les têtes sont en perles fines. Il existe d'autres épingles du moyen-âge assez précieuses , à l'usage des évêques et des archevêques surtout. Pour attacher le pallium de ces derniers , il en fallait trois comme aujourd'hui. On en plaçait une par devant , l'autre par derrière et la troisième sur l'épaule gauche ;

r) Le/brmaU du pape est composé de trois pommes de pin en perles orientales de la plus grande beauté. Elles sont placées en triangles et sont environnées d'une branche d'olivier en or émaillé de vert. 11 en a encore d'autres eitrèraement riches. Un entre autres sur lequel est représenté le Père-Eternel , des chérubins, etc , le tout entouré et orné de pieneries du plus grand prix. Le formale des cardinaux est aussi com* posé dé trois pommes de pin en perles , mais elles sont placées sur uoe ligne perpendiculaire.

2** Les canons d'autels. Il y en a de très-beaux , aussi remarquables par leur matière que par le travail exquis de leur ornementation. On cite, entre autres, les magnifiques canons de la cathédrale d'Evreux, du xv® siècle ; ils sont en argent et admirablement ciselés. Nous ferons remarquer que les ornements qui , aujourd'hui , accompagnent nos canons d'autel , soit en couleur , soit en noir , ne sont qu'un faible souvenir des magnifiques ornements qui entouraient les premières pages du canon et quelquefois aussi tout le canon de la messe dans les missels manuscrits du moyen-âge (*).

3® Les peignes en ivoire, en bois , etc., plus ou moins riches ou sculptés. Dans le Pontifical , il est question d'un peigne qui devait servir à Tévéque consacré. Macri parle aussi de peignes conservés dans les sacristies à Tusage des évoques et des simples prêtres qui devaient se peigner les cheveux avant de célébrer. De là, quelques-uns de ces objets précieusement conservés dans les trésors des églises, comme ayant appartenu à de saints personnages. C'est ainsi qu'à Sens , il s'en conservait un qui portait cette inscription : pecten sancti Lupi , peigne de saint Loup (286 6 ). Il y en a un dans le trésor de Saint- Jean de Lyon, et M. de Sommerard en possédait plusieurs, tous fort curieux par les magnifiques sculptures qui les ornaient.

4® Des espèces de jetons que l'on donnait aux chanoines à leur entrée au chœur. On les appelait mereaux ; ils servaient à prouver la présence des chanoines à l'office et leur donnait droit aux distributions quotidiennes (**).

{*) C'est encore sur fes magnifiques modèles de ces décorations des manuscrits du moyen-âge qu'on devrait prendre les ornements de nos canons d*autel; ils n'en seraient que plus beaux et plus traditionnels.

i*'^) On donne encore le nom de mereau à certaines médailles de saint Benoît, regardées comme superstitieuses parThiers. ( Traité des supertitions^ t. 4 . p. S50.) — Comme plusieurs fois on m'a demandé l'explication des lettres mystérieuses qu'elles portent, je crois devoir les transcrire ici :

VRSNSMV. Fade relrb satana numquàm suade mihi çana. Va , Satan , retire-toi , ne m'inspire jamais des choses vaines .

SMQLIVB. SwU inala quœ libas , ipse venena bibas. Elles sont mauvaises les choses que tu offres , bois toi-même le poison .

MDSMD. Non draco sit mihi dux. Que mon guide ne soit pas le dragon .

CSSML. Crtuû sancta sit mihi lux . Mais que la croix sainte soit ma lumière!

C^Pfi. Çrux sancti Patris Benedicti, Croix du saint Père Benoît.

Diaitized bv

IV. Il est parfois question, dans les auteurs liturgiques du moyen-âge d'une épée, spata, à fourreau garni de pierres précieuses , qu'on tenait nue et élevée pendant la lecture du saint Evangile. On l'appelait l'épée de saint Pierre. On prétend que c'est Nicolas , premier roi chrétien de Pologne , qui introduisit cet usage. Il est également question d'une espèce de chariot en fer qui servait pendant le moyen-âge à chauffer Téglise , la sacristie , etc. Millin nous a conservé , dans ses antiquités nationales , le dessin d'un de ces chariots du xi® ou xn« siècle.

Les troncs qui se placent dans les églises pour recevoir les aumônes des fidèles sont fort anciens dans l'Eglise et remontent môme jusque sous la loi mosaïque. Il est en effet question dans l'Evangile d'un gazophilacium placé dans le temple et destiné à cet usage. Quant aux troncs des églises chrétiennes, Tertulien en parle et les appelle une espèce d'arche ou de coffre , arcœ genus. (Apolog. 39) ; saint Jean-Chrysostôme , arculam, gazophilacium (Homel. in n, cor. 43); Innocent m, truncum , etc.

Les GIROUETTES (ventilogium) méritent aussi parfois l'attention des archéologues. Il y en a de fort anciennes qui sont réellement curieuses. On cite, entre autres, celle qui provient de la cathédrale de Rouen , en plomb et toute composée de feuilles découpées avec la plus grande délicatesse ; la fameuse Giralda de la cathédrale de Séville , en forme de femme , etc.

On croit que c'est Androniec de Cyrrhestes qui le premier se servit d'une girouette pour étudier les variations du vent. Au moyen-âge , l'Eglise seule et le château pouvaient être surmontés d'une girouette (293).

Le coq qui surmonte ordinairement nos clochers remonte assez haut dans le moyen-âge. Il avait joué un rôle assez remarquable dans l'Evangile et surtout dans les légendes pour ne pas appeler l'attention des artistes du moyen-âge. Il en est question au moins dès le ix® siècle. On en faisait en fer , en plomb , en cuivre doré , etc. ; il était quelquefois remplacé par l'aigle de saint Jean , etc. ( Vid. , Ducange aux mots ventilogium et campanarium. )

§ III. ^Ornemente, Linges sacrés, halilts, etc.

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