CHAPITRE m
DtLMtTIQUES, CHIISUBLES.
I. Dalmatique. Dalmatica. — La dalmatique était d'abord une robe ample et longue, ayant des manches fort larges qui ne descendaient que jusqu'aux coudes. C'était le vêtement
ordinaire des dalmates , qui n'y employaient communément que des étoffes grossières. Mais lorsque les Romains Tadoptèrent , ils en firent un vêtement de distinction , de soie ou de toute autre étoffe précieuse. Ils Tornèrent de roses de pourpre en forme de têtes de clous ; d'où elle fut appelée latidave ou angusticlave , selon que les fleurs ou les têtes de clous étaient grandes ou petites. Les empereurs eux-mêmes s'en revêtirent , et lorsque Constantin se fut converti , les papes l'adoptèrent , et saint Sylvestre la donna aux diacres de Rome comme une faveur. Au vi« siècle, quelques évêques obtinrent pour eux et leurs archidiacres le môme privilège ; d'autres les imitèrent , et l'on finit par en faire un ornement réservé aux diacres. Quelques prêtres ont continué de la porter sous la chasuble jusque vers le x® siècle. Mais depuis longtemps les évêques seuls la portent ainsi quand ils officient pontificalement.
La dalmatique était autrefois, comme aujourd'hui, plus ou moins richement ornée ; elle avait des franges en or à la manche gauche, mais celle de droite en était privée pour laisser au bras plus de facilité dans ses mouvements. Sa forme a subi d'assez notables changements (196). On l'a raccourcie et on l'a ouverte par côté. Les manches sont également ouvertes , au moins généralement; car quelquefois elles sont fermées en quelque manière au moyen de rubans. Les Grecs, et même quelques églises latines, lui ont conservé à peu près sa forme primitive. Reims , entre autres , en possède de cette sorte. On conserve à St-Pierre d'Avignon la dalmatique de S. Pierre de Luxembourg du xiv« siècle; elle aies manches fort courtes.
L'église de Saint-Pierre de Rome possède une magnifique dalmatique byzantine du Bas-Empire. On y voit brodé en couleur et en or, Jésus-Christ assis sur un arc-en-ciel, tandis que ses pieds reposent sur des roues ailées , symboles des esprits célestes du chœur des Thrônes. Autour du Sauveur, sont rangés les ordres de la hiérarchie céleste, et au-dessous, les degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Sur les manches, Jésus-Christ distribue à ses Apôtres , d'un côté , la sainte communion sous les espèces du pain avec des hosties crucifères , et de l'autre la communion sous l'espèce du vin ; sur le devant se voit la transfiguration de N. S. Jésus-Christ.
II. Chasuble. Planeta, Casula^ Casubula, — La chasuble était un habit en forme de robe très-ample , qui couvrait tout
le corps. Elle était sans manches et n'avait qu'une seule ouverture pour passer la tête. Du temps de saint Augustin, c'était encore un vêtement vulgaire. Sous Charlemagne, lorsque tout le monde l'avait abandonnée, il fut ordonné aux prêtres et aux diacres de continuer à la porter ; mais ils en avaient d'autres et plus propres et plus riches pour les cérémonies religieuses. Dès le règne de Constantin , en effet , on employa au service des saints autels des chasubles ornées d'or, d'argent et même de pierreries. Comme la forme primitive de cet ornement était fort embarrassante pour le célébrant , le diacre et le sous-diacre étaient obligés d'en relever les côtés; et c'est de là qu'est venu l'usage existant encore aujourd'hui de relever la chasuble au moment de l'élévation (301).
Cependant, vers le xv« siècle, d'après les uns, dès avant le XIII® , d'après les autres qui paraissent plus exacts , on commença à l'échancrer de chaque côté, et insensiblement on a fini par lui donner la forme qu'elle a actuellement. Les Grecs, néanmoins, lui ont conservé son ancienne forme.
La chasuble , comme ornement sacré , ne fut pas d'abord réservée aux évoques et aux prêtres comme elle l'est depuis plusieurs siècles; mais elle fut accordée aux diacres, aux sousdiacres et même aux acolytes. Et comme elle les embarrassait dans les fonctions de leur ministère , ils étaient obligés de la replier par devant , ou de la rouler comme une écharpe qu'ils portaient en bandoulière (*) , afin de conserver ainsi la liberté de leurs mouvements.
Au moyen-âge , les chasubles étaient quelquefois d'une richesse étonnante. L'or, l'argent, les pierres précieuses, les broderies les plus magnifiques les couvraient entièrement, et y représentaient souvent des scènes de l'ancien et du nouveau Testaments, des animaux, des fleurs, des fruits, etc. Un abbé de St-Gall avait fait faire une chasuble sur laquelle était brodée en or une ascension de N. S. Jésus-Christ. D'autres étaient couvertes de figures de saints , d'apôtres , de prophètes , de martyrs , etc. Plusieurs églises ont conservé jusqu'à présent des chasubles, des dalmatiques et des tuniques du moyen-âge, entre autres, Reims, Metz, Narbonne, etc. La chasuble que la mère de saint Louis avait donnée à Mèze (Hérault) est aujour-
(*) On lui donnait alors le nom de stola laiior.
d'hui à Celte. Toulouse possède celle de saint Dominique. A Villeneuve-les- Avignon, on voyait naguères celle dlnnocent VI ; mais on a eu la maladresse d'en changer la forme.
En France, les chasubles ont une croix par derrière. En Italie, elles Font par devant. Ailleurs , il y en a qui en ont une par devant et l'autre par derrière. Chez les Grecs, celle des prêtres n'en a qu'une ; mais celle des évéques en a un grand nombre.