‹ L'archeologue chretienou cours elementaire d'archeologie catholiquea l'usageChapitre 93 sur 112 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ECHARPE, LE6ILE, POELE. BANNIERES, PftRISOL, DAIS, ETC.

I. Il est question , dans les cérémonies de l'Eglise, de plusieurs espèces de voiles dont les principaux sont: Yécharpe, le légile , \e poêle , etc.

Vécharpe est un voile simple ou richement brodé et orné de galons et de franges en or , en argent ou en soie. On la met sur les épaules du prêtre quand il veut donner la bénédiction du Très-Saint-Sacrement ou porter le, Saint- Viatique aux malades. On la donne aussi au sous-diacre qui , pendant la messe solennelle , tient la patène derrière le célébrant. L'usage de tenir ainsi la patène couverte d'un voile remonte à la plus haute antiquité. Nous avons vu ailleurs que les premières patènes étaient fort grandes , et qu'à cause de cela , il fallait les tenir hors de Tautel où elles auraient embarrassé. Dans plusieurs églises, c'était un acolyte qui tenait ainsi la patène derrière le prêtre pendant une partie du canon. Il la remettait ensuite au sous-diacre qui la recevait les mains nues et la transmettait au diacre. Or , comme l'acolyte n'avait pas le pouvoir de toucher les vases sacrés, on lui donnait un voile pour les envelopper et les tenir ainsi sans les toucher. Dans quelques églises , au lieu d'une écharpe , on se servait d'une espèce de chape fermée par-devant et ouverte par-derrière ; il n'y avait par-devant qu'un trou pour passer les bras. Ailleurs c'était dans un bassin d'argent qu'on tenait la patène, etc.

II. Le légile est une espèce de voile dont on couvre, aux grandes solennités, le pupitre sur lequel on chante Tépître et l'évangile. On en met un également sur les pupitres de Tautel. Le légile doit être de la couleur de l'ornement du jour. C'est là, sans doute, un souvenir précieux des étuis ou couvertures d'étoffes souvent fort riches, dont on enveloppait les saints évangiles pendant le moyen-âge, et dont nous parlerons au chapitre xii.

Le poêle est un voile qu'en certaines églises on étend sur les époux pendant qu'ils reçoivent la bénédiction nuptiale. Cet usage est bien ancien dans l'Église, puisque Tertullien en parle au III® siècle.

Nota. — On donne le môme nom au drap mortuaire. H y a encore un voile très-fin en soie, de diverses couleurs, que le pape place sur ses épaules au-dessus de l'aube. On l'appelle FANON ou ORAL [fanoUy ovale),

III. Bannière, Gonfalon, Gonfanon. Vexillum, Bandera^ Bannera. — La bannière est une espèce d'étendard sacré, sous lequel se réunissent et marchent les habitants d'une paroisse , les membres d'une confrérie , etc. , dans une procession solennelle. Ce mot vient de ban qui, en Allemagne, signifiait la convocation de la noblesse pour le service militaire, et, comme le drapeau était le signal de cette convocation, il fut appelé bannera , bandera ^ bannière , etc. D'après Durand, de Monde, nos bannières chrétiennes tirent leur origine du labarum de Constantin, qui avait, par le fait, beaucoup de rapport avec elles pour la forme. Au moyen-âge, la bannière était tout à la fois un étendard religieux et militaire. Les milices communales, quand elles marchaient au combat, ne connaissaient pas d'autre drapeau que la bannière sur laquelle était peinte ou brodée l'image du saint Patron de la paroisse. Ce n'est que sous les successeurs immédiats de Louis XI que les drapeaux proprement dits remplacèrent tout-à-fait les bannières qui ne furent plus usitées , dès lors , que dans les cérémonies religieuses. La première bannière bénite par un pape et dont l'histoire fasse mention , est celle que Grégoire III envoya au roi de France; les clés de saint Pierre y étaient représentées dessus.

Le gonfalon est une espèce de bannière découpée au bas en deux ou en plusieurs pièces pendantes , qu'on nonwne fanons. C'est le gonfalon qui était principalement en usage dans

les armées communales. En général, le gonfalon et la bannière qui est ordinairement carrée par le bas, devaient être de la couleur convenable au saint Patron, rouges pour les martyrs, verts pour les pontifes , blancs pour les vierges, etc., etc.

Les bannières les plus fameuses dans les annales de l'Église sont :

La chape ou la bannière de St-Martin ; c'était un grand voile de taffetas, sur lequel était représentée l'image du saint, et qui avait été déposée pendant deux ou trois jours sur son tombeau.

U oriflamme de St-Denis, ainsi appelée parce qu'elle était en étoffe rouge, découpée par le bas comme le gonfalon; elle avait sa haste ou lance couverte de cuivre doré.

Les bannières ou gonfalonsde St-Maurice, de St-Pierre, etc., fort honorés en certains pays.

Au lieu de bannières, les Grecs et les Russes portent à leurs processions des espèces de tableaux représentant N. S. Jésus- Christ, la Sainte- Vierge, des Saints, etc.

IV. Dais, Baldaquins, Ombelle, Parasol. Dagum, Umbella, Pannum, etc. — Le dais, qui est un pavillon mobile sous lequel on porte le Très-Saint-Sacrement, tire son origine du parasol antique qui , dès les premiers temps de l'empire des Perses, était déjà une marque de dignité réservée aux rois et aux personnages les plus illustres. Cet usage s'est encore conservé en Chine et ailleurs.

Les Grecs l'adoptèrent, et, sous le christianisme, le parasol fut longtemps réservé aux papes , aux princes et à quelques évéques par privilège. Le parasol , en changeant de forme pour les cérémonies religieuses, est devenu notre dais qui, toutefois, a subi quelques modifications. Au moyen-âge, il consistait en un grand voile d'étoffe précieuse , porté sur quatre ou six bâtons de lance, sans cadre ni charpente (287). Ce dais était plus simple, plus commode et môme plus solennel que les nôtres, avec leur lourde charpente , toujours difficiles à porter et à faire passer par les portes et les rues étroites , comme il s'en rencontre beaucoup. Ce sont môme nos dais modernes qui ont fait sacrifier plusieurs trumeaux de nos vieilles églises , et ont nécessité parfois la construction de nouvelles portes sans rapport avec le reste de l'édifice.

V. Drap mortuaire, Poêle. Stragulum funèbre, Emortuale. — De tout temps, dans l'Église catholique, on a eu le

plus grand respect pour les restes inanimés des membres mystiques de Jésus-Christ décédés dans la foi de l'Église. D'après Ciampini {Vet. mon. 179) on conservait à Rome un précieux drap mortuaire, dont les premiers chrétiens couvraient les corps des martyrs lorsqu'on les portait à leur dernière demeure. Au IV® siècle, saint Jérôme parle [Epis. lib. i, épis, 25) de riches et splendides draperies, de voiles d'or dont on couvrait les cercueils des chrétiens opulents. Ailleurs, il est vrai, il . blâme ce luxe funéraire ; mais au moins ne blâmait-il pas les draps mortuaires plus simples.

Un concile de Clermont, en 535, défendit d'employer à cet usage les ornements de l'autel.

La couleur des draps mortuaires n'a pas toujours été noire comme aujourd'hui. D'après plusieurs miniatures et vitraux, il paraît qu'il y en avait beaucoup, pendant le moyen-âge , qui étaient en drap rouge ou bleu , sans croix ; celle-ci n'y apparaît qu'au XIV® siècle. Depuis environ le xv® siècle, ils sont généralement en noir, couverts de larmes, d'ossements, de croix, de têtes de mort en drap blanc. En Italie, les parements sont en drap jaune ou d'or.

L'église de Folleville en possède un du xv® au xvi« siècle, extrêmement curieux; il est couvert d'ossements, de miroirs symboliques réfléchissant des têtes de mort. La légende mémento mori^ en grosses lettres gothiques, s'y lit çà-et-là, etc.

On se sert encore aujourd'hui, pour la sépulture des filles, d'un drap mortuaire blanc avec une croix bleue. Aux obsèques des papes, il est rouge, etc.

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