‹ L'archipel de la MancheChapitre 2 sur 21 · GUERNESEY · texte numérisé non relu

GUERNESEY

Granit au sud, sable au nord; ici des escarpements, là des dunes; un plan incliné de prairies avec des ondulations de collines, et des reliefs de roches; pour frange à ce tapis vert froncé de plis, l'écume de Tocéan; le long de la côte, des batteries rasantes, des tours à meurtrières, de distance en distance ; sur toute la plage basse, un parapet massif, coupé de créneaux et d'escaliers, que le sable envahit, et qu'attaque le flot, unique assiégeant à craindre; des moulins démâtés par les tempêtes; quelques-uns, au Valle, à la Ville-au-Roi, à Saint-Pierre-Port, à Torteval, tournant encore; dans la falaise, des ancrages; dans les dunes, des troupeaux; le chien du berger et le chien du toucheur de bœufs en quête et en travail ; les petites charrettes des marchands de la ville galopant dans les chemins creux; souvent des maisons noires, goudronnées à Touest à cause des

pluies;' coqs,' poules, fumiers; partout des murs cyclopéens ; ceux de l'ancien havre, malheureusement détruits,, étaient admirables avec leurs blocs informes, leurs poteaux puissants et leurs lourdes chaînes ; des fermes à encadrements de futaies ; les champs murés à hauteur d'appui avec des cordons de pierre sèche dessinant sur les plaines un bizarre échiquier; çà et là, un rempart autour d'un chardon, des chaumières en granit, des huttes casemates, des cabanes à défier le boulet; parfois, dans le lieu le plus sauvage, un petit bâtiment neuf surmonté d'une cloche, qui est une école; deux ou trois ruisseaux dans des fonds de prés ; ormes et chênes ; un lys fait exprès, qui n'est que là, Guernsey lily; dans la saison des « grands labours », des charrues à huit chevaux ; devant les maisons, de larges meules de foin portées sur un cercle de bornes de pierre; des tas d'ajoncs épineux ; parfois des jardins de l'ancien style français, à ifs taillés, à buis façonnés, à vases rocailles, mêlés aux vergers et aux potagers ; des fleurs d'amateurs dans des enclos de paysans ; des rhododendrons parmi les pommes de tçrre; partout sur l'herbe des étalages de varech, couleur oreille d'ours; dans les cimetières, pas de croix, des larmes de pierre imitant au clair de la lune des Dames blanches debout ; dix clochers gothiques sur l'horizon; vieilles églises, dogmes neufs ; le rite protestant logé dans l'architecture catholique; dans les sables et sur les caps, la sombre énigme celtique éparse sous ses formes diverses, menhirs.

peulvens, longues pierres, pierres des fées, pierres branlantes, pierres sonnantes, galeries, cromlechs, dolmens, pouquelaies; toutes sortes de traces; après les druides, les abbés; après les abbés, Iqs recteurs; des souvenirs de chutes du ciel; à une pointe Lucifer, au château de Michel-Archange; à Tautre pointe Icare, au cap Dicart ; presque autant de fleurs Thiver que Tété ;. — voilà Guemesey.

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