‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 106 sur 393 · Antlitt, H, p · texte numérisé non relu

Antlitt, H, p

vers cet 'Océan, forment soit la limite du continent, soit des presqu'îles et des séries d'îles en avant du continent. Aucun faisceau de plis ne tourne son côté intérieur vers le Pacifique, aucun plateau ne s'avance jusqu'aux bords de l'Océan. »

On a donc mis la Nouvelle-Calédonie à sa vraie place dans l'ensemble du relief terrestre, et on y a vu l'application d'une des grandes lois de ce relief, telles du moins qu'on peut les deviner jusqu'ici. On a montré qu'elle est une île tectonique, et une île de bordure, marquant la véritable lisière du Pacifique. Cette lisière, depuis le Kamtchatka jusqu'à la Nouvelle-Zélande, est bordée de sédiments triasiques identiques, où l'on a retrouvé cette même Pseudomonotis richmondiana qu'on a constaté en Nouvelle-Calédonie '.C'est le type Pacifique du trias, dont le type Alpin et Méditerranéen s'avançait jusqu'à Timor et Rotti, dans l'archipel de la Sonde *.

La Nouvelle-Calédonie fait partie, avec la Nouvelle-Zélande, d'un môme ensemble géologique, d'un continent australasien. Quelles ont été les relations de ce continent australasien avec les autres unités continentales? A-t-il jamais été uni à l'Amérique du Sud, sa contrepartie symétrique *, soit dans la zone tempérée comme le pense James Hector4, soit par Auckland, Macquarie, la terre de Victoria et un continent antarctique comme d'autres ont essayé de le prouver6? Quelle est la chronologie des dislocations qui ont morcelé les continents de l'hémisphère Sud? Autant de questions auxquelles il est actuellement à peu près impossible de répondre. La géologie ne montre guère que la nature continentale de la Nouvelle-Calédonie, mais renseigne peu sur l'époque de sa séparation. Le problème se représentera à propos de la flore et de la faune calédoniennes, qu'il y aura lieu d'interroger sur ce point.

En résumé, et avec toutes les réserves, tous les points d'interrogation qu'il faut sous-entendre en pareil cas, voici les hypothèses les moins invraisemblables pour expliquer la configuration et le relief de la Nouvelle-Calédonie :

1° La Nouvelle-Calédonie a été réunie à l'Australie orientale et à la Nouvelle-Zélande, mais à une époque fort ancienne.

2° La séparation de la Nouvelle-Calédonie et de la Nouvelle-Zélande

1. Antlitz, II, p. 326-327, et Mojsisovics, Arktische Trias faunen{Mém. Acad. Pétersb., 1886, t. XXXIII, p. 103).

2. Rothpletz, Die Perm, Trias und Jura Formation anf Timor und Rotti im Indischen Archipel (Paleontographica, t. XXXIX, Stuttgart, 1892).

3. E. Suess, Antlitz, II, p. 201-203. 11 faut lire la comparaison de Suess. 4 James Hector, Detailed Catalogue, p. 40.

5. Hans Reiter, art. cité : « Ganz Australien mit de m ostwârts sich hinziehenden Inselkranze ein grosses Ganzes bildet das... als dus symmetrische Gegenstûck von Sûdaraerika erscheint. Wie dièses besteht namlich auch Australasien aus einerweit ausgedehnten alten Masse und einem um dieselbe in Form zweier konvex gegen den pazifischen Ozean vordringender Bogen gescbwungenen Kettensystem » (p. 12-13).

d'avec l'Australie a eu lieu avant la fin des temps secondaires. Beaucoup d auteurs croient que l'union a persisté jusqu'au crétacé1. Quelques-uns estiment que le lien n'a été rompu qu'à l'époque tertiaire, mais les preuves qu'on en apporte sont peu décisives ou reposent sur des faits mal observés.

3° L'union de la Nouvelle Zélande et de la Nouvelle-Calédonie a probablement duré plus longtemps ; pendant le jurassique et le crétacé, ces deux terres sont encore réunies. La séparation doit se placer à la fin des temps secondaires, probablement au crétacé supérieur, ou tout à fait au début des temps tertiaires.

4° Aux temps tertiaires il convient sans doute de rapporter des démembrements ultérieurs de fragments des diverses terres australasiennes. Mais la Nouvelle-Calédonie doit avoir été isolée au moins depuis le crétacé supérieur.

La chronologie de ces événements géologiques est très difficile à établir. On peut seulement tenir pour certain que la Nouvelle-Calédonie doit sa configuration actuelle à des dislocations d'une extrême puissance : si l'on distingue les divers mouvements de la croûte terrestre en plissements et effondrements, il y a lieu de croire que ces derniers ont eu un rôle prépondérant en Nouvelle-Calédonie et dans tout le Pacifique occidental. Les fractures ont certainement dominé dans l'histoire géologique du Pacifique, de même que les plissements et les renversements dans celle de l'Eurasie. La Nouvelle-Calédonie est sûrement isolée depuis longtemps de tout continent ; elle est, comme la Nouvelle-Zélande, qui est la terre à laquelle elle ressemble le plus, « un reste de continent ».

Ayant ainsi expliqué autant que possible le relief de l'Ile Canaque, qui est un des traits les plus curieux de sa physionomie, il faut examiner d'autres caractères de sa géographie, caractères qui résultent en grande partie de son passé géologique et du relief qui en est la conséquence. Notre terre n'est pas une lune sans atmosphère et sans vie ; pour déterminer les relations qui unissent la terre à l'homme, il ne suffit pas de connaître les matériaux qui constituent telle ou telle contrée ; il faut encore connaître le climat de cette contrée, la flore et la faune qu'elle porte. C'est seulement par là qu'on peut arriver à ces vues d'ensemble, à cette synthèse, qu'il faut regarder comme l'objet d'une étude géographique.

1. M. L. Crié (C. R. A. Se, t. 107, p. 1014) dit que pendant le jurassique, l'Australie devait être unie à l'Inde, à la Nouvelle-Zélande et à la Nouvelle-Calédonie. M. f lutton {Annales and Magazine of natural Histoiy, London, 5° série, t. XIII, p. 425 (1884) et t. XV, p. 77 (1885), croit à une union pendant la période crétacée, et place la rupture à la fin des temps secondaires. Wallace (Australusia, p. 10 et p. 75), et James Geikie (Scott. Geogr. May., t. VI, p. 77J sont du même avis.

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