ÉLÉMENTS DU CLIMAT CALÉDONIEN. — LES PRESSIONS ET LES VENTS
La nature et le relief du sol ne suffisent pas à caractériser la Nouvelle- Calédonie. Si Ton veut reconstituer le « milieu », il faut étudier, avec autant d'attention que la morphologie dont elle dérive d'ailleurs en partie, la climatologie de cette grande Ile. Sans parler de la réaction directe et indirecte qu'exercent les agents atmosphériques sur le modelé du relief, le régime des fleuves, la flore, la faune, dépendent étroitement du climat. Ce sont là des vérités qui n'ont plus besoin d'être démontrées. D'autre part, lorsqu'il s'agit d'une colonie, les questions d'acclimatation, acclimatation des hommes, des animaux et des plantes, prennent une grande importance; c'est un des points ou l'on saisit le mieux ce lien entre les sciences naturelles et les sciences politiques dont la mise en lumière paraît être un des buts essentiels de la géographie.
Cependant la climatologie de la Nouvelle-Calédonie a paru évidemment présenter une utilité pratique moins immédiate que celle qu'offrait, à cause des recherches minières, l'étude de la géologie, car celle-là a été complètement négligée au profit de celle-ci. On est beaucoup moins bien et moins abondamment renseigné sur le climat de l'archipel Canaque que sur la nature de son sol. Les seuls travaux entrepris sur ce point sont les Notices particulièrement précieuses de M. Louvel1, sans
1. Le comité Nouméen de l'Exposition universelle de 1889, ayant désiré faire connaître la Nouvelle-Calédonie au moyen de notices émanant des divers services publics, s'adressa à M. Louvet, Pharmacien principal de la marine, pour l'étude du climat ; sa brochure (Coup d'œil sur le climat de Nouméa, Nouméa, 1889), des
lesquelles il serait impossible de se renseigner sur le climat calédonien. On peut y joindre quelques renseignements très sommaires contenus dans les Instructions nautiques de Chambeyron, dans la thèse de M. de Rochas !, et dans quelques autres ouvrages qui seront cités en leur lieu *.
Les seules observations météorologiques suivies ont été faites à Nouméa; or, cette station était, jusqu'à la récente inauguration du câble néo-calédonien, isolée de toutes les autres ; au point de vue de la comparaison des observations aussi bien qu'au point de vue de la prévision du temps, il faudrait qu'elle fût reliée télégraphiquement non seulement au Queensland, mais encore aux Fidji et à la Nouvelle-Zélande. En outre, Nouméa parait être très défavorablement situé pour un observatoire ; la ville est sur la côte sous le vent et dominée de toutes parts, tandis qu'il faudrait être au vent de l'île et sur les sommets. Enfin Nouméa n'est pas toute l'île ; il y a sûrement en Nouvelle-Calédonie de très grandes variations suivant la latitude, l'exposition et l'altitude : il ne saurait en être autrement pour cette terre insulaire d'un haut relief, très étendue en latitude, et placée dans une zone de transition au point de vue climatérique. Ces variations intéresseraient au premier chef le géographe : on ne peut actuellement que les deviner d'après certains indices, puisque les documents, sauf une courte notice de M. Nicomède 3 sur le climat de Bourail, et quelques observations effectuées à Canala\ font entièrement défaut. Ce sont aussi ces variations qui expliquent certaines contradictions dans les renseignements recueillis : contradictions en apparence inconciliables, mais qui résultent en réalité des différences entre les régions plus particulièrement visitées par les informateurs.
« Les cartes d'isobares, dit Buchan 5 montrent de la manière la plus claire que la distribution de la pression est déterminée par la distribution de la terre et de l'eau dans leurs relations avec la chaleur du soleil,
plus intéressantes, nous a fourni les matériaux statistiques de l'étude du climat. Cet ouvrage de M. Louvet est complété par un autre, intitulé : Les Saisons en Nouvelle-Calédonie, et dont le premier fascicule, relatif à l'automne austral, a seul paru jusqu'ici (autographié à Montravel, 1887). M. Louvet a dépouillé et trié les observations météorologiques prises par ses prédécesseurs et par lui-même à l'hôpital militaire de Nouméa, pour une période de douze ans (1876-1887 inclus), et, en ce qui concerne la pluie, pour une période de vingt-huit ans, de 1860 à 1887.
1. M. de Rochas a fait quelques observations météorologiques en Nouvelle-Calédonie en 1858, mais il n'avait ni udomètre, ni hygromètre.
2. Comprenant l'importance d'observations météorologiques en Nouvelle-Calédonie, les Anglais ont, paralt-il, fondé récemment un observatoire à Nouméa, conûé aux soins de l'agence de l'Australian U. Steam navigation C°. Nous n'avons aucun détail sur le fonctionnement de cet observatoire, dont nous n'avons pu utiliser les documents (V. Y Astronomie, février 1891).
3. Dr Nicomède, Un coin de colonisation pénale, Bourail (Rochefort, 1886).