Chambeyron, p
les brises de terre. A Nouméa, le vent atteint son maximum de vitesse au milieu du jour, son minimum de nuit. D'après M. Louvet1, cette vitesse serait en moyenne de 105 mètres à 6 heures du matin, 345 mètres à 10 heures du matin, 325 mètres à 1 heure du soir, 190 mètres à 10 heures du soir (en ville). Au large et loin des récifs, la plus grande vitesse du vent est, non plus vers 2 heures du soir, mais presque toujours vers 6 ou 7 heures du soir.
La côte orientale est généralement balayée jour et nuit par le vent du large; les brises de terre ne s'étendent jamais sur cette côte jusqu'au grand récif extérieur et n'existent que dans les vallées de quelque importance, à Yaté, Ounia, Canala, Pouébo ; elles cessent généralement vers 8 heures du matin. L'espèce de coupée que l'étude du relief nous a montrée dans la largeur de l'île, de Thio à Bouloupari, donne lieu, lorsque les vents sont S.S.E. sur la côte ouest, à des brises régulières de S.W. très fraîches, surtout pendant la nuit. L'action de cette espèce de déversoir ne se fait naturellement sentir que vis-à-vis de la vallée de Thio, et atteint rarement le grand récif8.
Une particularité souvent remarquée par les marins est l'influence du grand récif extérieur 3 sur la force et la direction du vent. Il arrive très souvent qu'il fait beau temps en dedans du récif, tandis que la mer est balayée au large par de grands vents de S.E., avec un temps couvert et pluvieux, et réciproquement. Lorsque l'on part de Nouméa avec des vents de N.W., on trouve souvent à la sortie des passes des vents d'W. et de S.W.; si l'on sort au contraire avec des vents de S.E. et même E.S.E., on ressentira au large la brise du S.S.E. ou S. Il est rare, avec une brise modérée, de ne pas rencontrer, lorsqu'on se présente dans une passe, un vent plus faible, quelquefois môme du calme.
La Nouvelle-Calédonie est-elle, en dernière analyse, soumise au régime des alizés ou au régime des moussons? La question ne paraît pas comporter de solution absolue ; elle est une zone frontière, participant tour à tour des deux régimes. Si l'on veut y voir, avec Hunter, « une barrière entre l'alizé et la mousson », ce sera à condition de ne pas la regarder comme un rempart rigide, mais plutôt comme une digue submersible. Les flots de l'océan aérien se jouent et se combattent dans les parages qui l'environnent; tantôt ils en font le tour, tantôt ils l'envahissent et la submergent; tantôt l'un, tantôt l'autre l'emporte et y domine. Il se produit des remous, comme dans les eaux d'un fleuve autour des piles d'un pont.
L'alizé reste cependant toujours dominant. Il faut remarquer en effet que la Nouvelle-Calédonie ne se présente pas du tout perpendi-