‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 175 sur 393 · E. Reclus, La Terre,X. II, p · texte numérisé non relu

E. Reclus, La Terre,X. II, p

2. Dans les cyclones, notamment dans celui de 1864 (Revue mar. et col., sept. 1364, p. 203), on signale qu'en certains points de l'Ile, la végétation avait pris une apparence brûlée. Cette altération profonde des végétaux est ordinairement attribuée à l'influence de l'eau de mer que transportent les rafales et des dépôts salins qu'elle forme. Cependant, comme J'étiolement s'étend jusqu'aux racines, il pourrait être dû à une autre cause, peut-être la grande évaporation de sève sous l'influence du vent (J. Garnier, La Nouvelle-Calédonie, côte orientale, p. 210).

3. Richthofen, Fûhrer, p. 79. Dehérain, Chimie agricole, p. 473.

4. Glaumont, B. S. Géogr. comm., 1886-87, p. 601 ; 1887-88, p. 68. Jouan, Bévue mar. et col., 1861, t.I,p. 863.

eau potable est celle qui s'amasse dans des trous et des grottes du calcaire ; à Lifou, on va chercher l'eau dans un puits naturel situé au fond d'un précipice où l'on descend avec des échelles et des cordes. Les indigènes préfèrent, aux eaux trop chargées de carbonate de chaux qu'on trouve dans le corail, ce qu'ils appellent l'eau de coco. Ils font un trou, à un mètre du sol, dans le tronc d'un cocotier, et pratiquent deux entailles dans l'écorce, deux gouttières. L'eau de pluie qui tombe sur les feuilles des cocotiers et sur le tronc suit cette voie et parvient au pied de l'arbre où on la recueille *.

On a vu l'action chimique de l'eau de mer pour la dissolution et la cimentation du corail : il faut y joindre l'action des eaux douces *. À l'île des Pins, outre l'action mécanique de l'eau qui transporte l'humus et les matériaux meubles du plateau sur les plages émergées, l'eau, chargée d'acide carbonique, pénètre danp l'intérieur du calcaire poreux et en commence la dissolution. On sait que le calcaire est soluble'dans 900 à 3000 parties d'eau chargée d'acide carbonique ; la pression énorme et l'infiltration facilitent encore le travail des eaux, qui se creusent des gorges souterraines par lesquelles elles arrivent à la mer.

D'après sa constitution géologique, la Grande-Terre doit différer profondément des Loyalty au .point de vue de l'infiltration, l'archipel corallien présentant un maximum de perméabilité, la grande île un maximum d'imperméabilité. Aussi certaines opinions de M. Chambeyron relativement à l'hydrographie des eaux douces en Nouvelle-Calédonie paraissent des plus singulières, pour ne pas dire tout à fait inexplicables. M. Chambeyron pense qu'il n'y a pas de véritables eaux stagnantes en Nouvelle- Calédonie ; que partout il y a écoulement souterrain des marais, et il n'est pas éloigné d'attribuer à ce fait la salubrité de la grande île. D'autres écrivains ont répété cette affirmation. Mais M. Chambeyron va plus loin, et donne à entendre 8 que toute la formation géologique de la Nouvelle-Calédonie reposerait sur un sous-sol de corail. On retrouve cette conception bizarre dans un auteur récent, et d'ordinaire moins crédule : « Dans la suite des siècles \ des milliards et des milliards de zoophytes ont construit sur les bas-fonds leurs microscopiques demeures,... des soulèvements volcaniques ont fait le reste; et l'île est apparue à la suite de ces convulsions intérieures du globe, avec ses plaines et ses sommets écrasant sous le poids de leurs colossales assises le sol vivant qui les entoure et les supporte. »

Pas n'est besoin de faire ressortir combien cette conception est insoutenable. Il était néanmoins utile de la mentionner, parce qu'elle semble

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