M. A. Legrand, La Nouvelle-Calédonie, p
être l'origine d'un certain nombre d'autres faits peu intelligibles rapportés également par M. Chambeyron. La rivière d'Hienghène * présenterait un bizarre phénomène d'écoulement souterrain ; elle se perdrait, sans doute dans les fissures du corail, pour venir sourdre à 500 mètres du littoral, sur l'îlot Yeh-Hingen. Cet îlot, de 19 hectares environ, est boisé; un puits creusé dans le sable y donne d'excellente eau douce. Or, non seulement les trous creusés sur cet îlot et sur d'autres semblables n'ont donné que de l'eau extrêmement salée, mais les chefs indigènes ont affirmé à M. Chambeyron que dans la saison des pluies on trouverait au fond de ce puits des feuilles provenant d'arbres qui n'existent qu'à une assez grande hauteur dans la chaîne des montagnes dominant Hienghène. M. Chambeyron conclut de ces témoignages peu sûrs « au passage, sous l'îlot, d'un véritable cours d'eau, débouchant au fond de la mer en un point inconnu * ».
Cela est bien difficile à croire. On retrouve cependant, dans tous les ouvrages sur la géographie de la Nouvelle-Calédonie, des faits analogues, et qui rappellent un peu les fables hydrographiques d'Homère ou d'Hérodote. Ce serait surtout la formation serpentineuse qui donnerait lieu à des phénomènes d'écoulement souterrain. C'est par là qu'on explique que le terrain paraisse en plusieurs points complètement sec et dépourvu de ruisseaux, l'eau se frayant un chemin dans les profondeurs : « On croirait, dit M. Chambeyron 3, ces montagnes privées d'eau; mais on l'entend en maints endroits courir et se précipiter en cascades sous le sol que l'on parcourt, sans trouver d'issue pour remonter à la surface. »
L'exemple le plus souvent cité est celui de la Tontouta ; l'origine de cette rivière est une puissante cascade qui jaillit d'une fente horizontale du rocher, au sommet d'une énorme falaise, à une petite distance au sud du sommet du Humboldt et à 1200 mètres d'altitude environ. Divers observateurs ont été surpris de rencontrer un pareil volume d'eau à cette hauteur; il n'y a pas en effet, comme dans nos Alpes, des glaces et des neiges pour alimenter une telle source; les infiltrations et l'écoulement des eaux des pluies, même pendant la saison chaude, sont jugés par ces mêmes observateurs insuffisants à son entretien. Ils pensent donc que la source de la Tontouta n'est autre chose que l'extrémité libre d'un gigantesque siphon dont l'autre branche plonge dans une nappe souterraine. Il convient d'ajouter que cette hypothèse ne repose que sur les renseignements de Chambeyron, lequel n'a vu cette source que de loin, par suite des difficultés du terrain *.
Ce qui semble confirmer cette opinion, c'est que la Tontouta disparaît
1. Bull. Soc. Géogr., 1875, p. 576. Notices illustrées, p. 19.