‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 180 sur 393 · D* Nicomède, Bourail, p · texte numérisé non relu

D* Nicomède, Bourail, p

dite dans la première partie du parcours, enfin leur convergence dans la dépression de Bourail, expliquent la facilité d'inondations soudaines et redoutables, qui transforment les plaines en un vaste lac.

La plus grande inondation a été celle d'avril 1872. Cette date est intéressante: 1872 est en effet, dans la série de 28 millésimes étudiée par M. Louvet, Tannée de la plus grande quantité totale de pluie (1749mlD); le mois d'avril 1872 est remarquable par la quantité d'eau tombée (344mm,9, la moyenne d'avril étant seulement 154mm,43), ainsi que parla quotité du nycthémère pluvieux (38mm,32,la moyenne d'avril étant seulement 13mm,48). La violence des averses, l'abondance soudaine des précipitations, influe davantage sur les crues que le nombre de jours de pluie, avril 1872 n'ayant rien de particulier sous ce dernier rapport. Une grande quantité d'eau en peu de jours ou même en peu d'heures, telle est bien, en Nouvelle-Calédonie, la cause efficiente des crues des torrents. Il n'y a d'ailleurs pas de retard de l'époque des crues sur l'époque des pluies, comme il arrive dans les bassins fluviaux quelque peu étendus et variés. L'eau ruisselle et s'écoule très rapidement dans les sillons fluviaux, par suite de la très grande pente ; elle arrive à la mer peu d'heures après l'averse *.

Les crues des rivières calédoniennes se produisent en général à la fin de la saison chaude, dans l'automne austral. C'est l'époque des plus grandes pluies, celle aussi où le sol est absolument saturé. Mais il n'y a rien là de régulier ; il ne saurait en être autrement, puisque en toute saison, même au printemps, une série pluvieuse ou des averses très abondantes peuvent se produire.

On est assez bien renseigné sur le régime des lacs du plateau du Sud et de leur émissaire la rivière de Yaté *. Pendant la saison sèche, cette rivière est tranquille et guéable ; mais après les grandes pluies, elle coule à pleins bords et, malgré la grande élévation de ses berges, qui atteint 7 à 8 mètres, elle est sujette à des débordements fréquents; à certaines époques de l'année il est impossible de la passer, et il faut attendre plusieurs jours la diminution du volume d'eau.

Les lacs du Sud sont de véritables « pluviomètres ». Leurs berges sont en pente douce et uniforme ; M. Sébert y a mesuré une profondeur d'eau de 2m,50 aune vingtaine de mètres du rivage ; leur plus grande profon-

!. Dans la nuit du 9 au 10 février 1863, la pluie est devenue si forte que, dans l'espace de deux heures de temps, toute la plaine de Ganala n'était qu'une immense nappe d'eau sur laquelle on opérait le sauvetage des animaux et des objets entraînés par les flots... Plusieurs naturels ont été victimes de la crue subite de l'eau {Ann» Soc. Météor., Bulletin, 1867, p. 262). Il pleuvait, il est vrai, depuis un mois, tous les jours à Ganala. En mars 1890, plusieurs personnes se sont noyées dans les rivières soudainement grossies.

2. Chambeyron, B. S. Géogr., 1875, p. 571. Id. Instruct. nautiques, p. 6. B. S. Géogr. comm. (1888-89), t. XI, p. 380. Jouan, Mém. Soc. se. Cherbourg, 1863, p. 205. Bourgey, in Nouvelles Ann. des voy.% 1865, t. IV, p. 160. Sébert, Notice, p. 13.

deur paraît être de 8 mètres. L'étendue moyenne du Lac-en-8 serait d'environ 134 hectares, celle du Grand-lac de 96 hectares. Mais ils sont sujets à des variations considérables d'une saison à l'autre, et c'est ce qui explique les contradictions des observateurs sur leur profondeur, leur superficie, leurs déversoirs.

Les lacs sont à double écoulement : la pente est si faible qu'une partie des eaux du Grand-lac aboutit par la rivière Kouébuni à la côte S.-E., et qu'une partie des eaux du Lac-en-8 va quelquefois à une des rivières de la baie du Prony : ce dernier déversoir serait en partie souterrain ; on en pourrait su ivre les traces à travers une coupée de la montagne voisine. L'endroit où se produit cet écoulement souterrain est indiqué sur la rive par un léger amas de détritus végétaux amenés par le courant; ce n'est qu'exceptionnellement que le lac se vide à ciel ouvert par-dessus cette coupée. Mais le principal émissaire est la rivière des Lacs, affluent de la rivière de Yaté : le courant paraît aller tantôt de la rivière aux lacs, tantôt des lacs à la rivière.

Quant au petit lac de la rive gauche de la Yaté, M. Chambeyron n'a pu le faire sonder au delà de 100 ou 150 mètres du bord ; à cette distance, on n'a trouvé de fonds que par 6 mètres, la profondeur augmentant toujours et régulièrement des bords au centre.

On avait publié jadis des récits merveilleux sur un petit étang situé à l'est de Ganala. La Nouvelle-Calédonie semble un pays prédestiné aux légendes hydrographiques. Bien qu'à 400 mètres d'altitude, le niveau de ce lac changeait, disait-on, avec la marée. M. Sébert * y trouva une simple mare de 20 mètres de diamètre, remplissant à moitié un entonnoir à bords très escarpés; le lac n'avait pas, lorsqu'il le vit, plus de 5 m. 70 de profondeur. Bien entendu, la légende n'avait d'autre fondement que des crues rapides, qui élèvent le niveau après les averses. Il y a des traces d'un déversoir qui fonctionne lorsque le niveau de l'eau monte à 4-5 mètres plus haut qu'il n'était lors de la visite de M. Sébert.

Les crues paraissent se faire sentir avec plus d'intensité dans le nord et l'est de la Nouvelle-Calédonie, que dans l'ouest et le sud. Quant à savoir s'il y a des différences d'époque entre les diverses régions, on n'a aucune donnée à cet ^gard. D'ailleurs la manière locale, soudaine et irrégulière dont se produisent ces crues semble. exclure la possibilité d'une étude de ce genre.

La position à la limite du tropique, la situation insulaire, le haut relief de la Grande-Terre, le voisinage de l'Australie désertique, tels sont,

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