Balansa, BuU. Soc. Botan., t. XIX, p
tion et de kaolinisation par l'eau carbonique qui sont si importants, surtout dans la grande formation serpentineuse, s'éboulent par masses. Les terrains désagrégés par les actions chimiques sont rapidement entraînés par des actions mécaniques, à cause de la raideur des versants. Falaises bordant la mer, falaises bordant les rivières, falaises marquant la limite des terrains serpentineux, sont démolies les unes et les autres par sapement. C'est par une série |d 'à-coups, d'éboulements et de glissements considérables que s'effectue la démolition de l'île Canaque *.
Aux Loyalty, il semble que le sol superficiel devrait être très différent de celui de la Grande-Terre. Il n'en est rien : « On trouve, dit Balansa*, à la surface de Lifou, sur une hauteur moyenne de 20 centimètres, une couche de silicate d'alumine ressemblant assez aux argiles rouges du sud de la Nouvelle-Calédonie. »
Ainsi, dans l'archipel Calédonien, on rencontre cette argile rouge dans la région serpentineuse, on la signale dans la région des micaschistes, on l'observe même sur les calcaires coralliens. Le fait n'a pas lieu de surprendre : « On peut constater expérimentalement, dit M. de Lapparent3, que les calcaires en apparence les plus blancs, comme le marbre et la craie, donnent, quand on les traite par un acide, un résidu argileux rougeàtre. Le produit final de l'altération superficielle, qui est cette argile rougeàtre, paraît donc assez indépendant de la composition des roches qui l'ont engendré. »
Cette terre rouge peut être qualifiée de latérite (ce nom, fort impropre et fort mal choisi, englobant d'ailleurs des terres de composition très diverse). Le caractère le plus saillant, le plus apparent de la latérite est la rubéfaction 4, par l'action de l'oxygène de l'air et des eaux météoriques sur les éléments ferrugineux du sol. C'est ainsi que les roches vertes ou noires de Nouvelle-Calédonie se colorent en rouge : « La latérite est, dit Richthofen 5, un des sols superficiels les plus répandus, mais un des moins observés. Son origine n'est pas encore complètement connue. Il est certain qu'elle se forme par décomposition des roches dans les mêmes conditions qui, dans un pays de la zone tempérée, donnent le limon; elle en diffère principalement par sa haute teneur en fer. » Dans l'Hindoustan, où elle résulte de l'altération sur place des coulées basaltiques du Dekkan, la latérite peut atteindre une épaisseur de 10 à 60 mètres 6. Il n'y aurait donc rien d'extraordinaire à ce que les argiles si épaisses du plateau des Lacs en Nouvelle-Calédonie fussent
1. De la Noë et de Margerie, Les formes du terrain, passim, et notamment p. 44-45.