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LA FLORE CALÉDONIENNE

On peut dire que toutes les flores du globe sont dans un perpétuel devenir, et que révolution d'aucune d'entre elles n'est complètement terminée, puisque aucun point du globe ne nourrit toutes les espèces auxquelles les conditions de sol et de climat permettraient de vivre. Mais, dans nos pays, les espèces ont pour ainsi dire terminé leur lutte ; les modifications sont rares et de peu d'importance. Dans les pays, au contraire, la végétation indigène est très spéciale, et, par son isolement, préservée pour ainsi dire du contact des végétations étrangères, les naturalisations doivent être faciles, car aucune lutte ne s'est encore engagée entre les espèces du pays et les espèces étrangères ; quand viendra le combat, les nouvelles venues ont des chances de triompher *. Aussi, dans les îles très isolées comme la Nouvelle-Calédonie, les modifications sont si profondes et si rapides qu'elles peuvent aller jusqu'à la suppression complète d'une flore indigène ; les plantes autochtones peuvent disparaître devant les plantes importées, comme les indigènes devant les Européens. On sait avec quelle rapidité les Légumineuses et les Graminées d'Europe ont étouffé en Nouvelle-Zélande, et plus encore à Sainte-Hélène, les plantes endémiques. En Nouvelle-Calédonie, la destruction ne sera sans doute jamais complète, parce que les conditions absolument exceptionnelles qui s'y rencontrent, surtout dans la région serpentineuse, sont favorables à la résistance de la flore indigène.

Il semble que des alluvions florales successives sont venues se déposer sur le sol Calédonien. Les plus anciennes de ces importations échappent bien entendu à l'observation. Cependant la flore adventive s'oppose de toutes façons à la flore indigène, et on peut saisir quelques-unes des différences qui les séparent8. La flore adventive se compose des familles qui, dans

1. Cf. Hamilton, The new Flora and the old in Australia {Joum. and Proceed.R. S. New South Wales, t. XXVI).

2. Bureau m Grisebach, Végétation du globe, t. II, p. 797, note. Balaasa, Bull, Soc. Gêogr., 1873, p. 117. Id., Bull. Soc. Botanique, t. XIX, p. 316.

presque tous les pays, forment, quant au nombre des espèces, le fond de la végétation, mais qui, en Nouvelle-Calédonie, ne se rencontrent que sur les points où la flore autochtone a disparu : telles sont les Graminées (moins les Bambousées), les Composées, les Papilionacées, les Convolvulacées. Ce n'est pas seulement par le petit nombre d'espèces qu'elles présentent que ces familles semblent étrangères à la Calédonie, c'est aussi parce que ces espèces sont peu originales et se rencontrent en d'autres pays. Par exemple, sur 67 espèces de Graminées décrites, 6 seulement sont indigènes; elles appartiennent à un genre nouveau de Bambous, Greslania, et ne se trouvent que dans les forêts. Les autres Graminées figurent dans les flores des Indes et de l'Australie; quelques-unes (10) sont cosmopolites et se retrouvent jusqu'en Europe. Enfin les plantes adventives sont en général herbacées, tandis qu'un des caractères frappants de la flore autochtone est la prédominance des plantes ligneuses 1, arbres ou arbustes, comme la nature et la configuration du sol l'exigent. Les plantes importées sont des plantes sociables et envahissantes, tandis que les espèces vraiment calédoniennes vivent isolées.

Il faut ajouter que les espèces de la flore adventive comprennent souvent un nombre d'individus considérable. Elles font masse, couvrant 4e vastes espaces. Les Graminées forment à elles seules les 3/5 de la végétation prise en bloc, et la plus commune de toute l'île, VAndropogon Allionii, est absolument semblable à celle qui croît dans le midi de la France *. L'arbre le plus commun de la Nouvelle-Calédonie, le Niaouli, n'est pas une plante calédonienne, c'est une des rares Myrtacées qui n'appartienne pas à une espèce spéciale à l'archipel; il est très répandu des Moluques à l'Australie. Au contraire, beaucoup d'espèces de la flore indigène ne sont plus représentées que par un petit nombre d'individus, raretés que le botaniste recueille avec un soin jaloux, et sont en quelque sorte subfossiles. Il y a des genres spéciaux à la Nouvelle-Calédonie, contenant 5 ou 6 espèces arborescentes, et dont on ne connaît pas plus de 8 ou 10 individus sur toute la surface de l'île. On a donc d'une part une flore où les espèces sont nombreuses et les individus rares, d'autre part une flore où les espèces sont en petite quantité et les individus nombreux.

Beaucoup de ces plantes non-calédoniennes ont pu être apportées par les vents et les courants. Ce que dit Gaudichaud 3 « de ces radeaux na-

1. Drake del Castillo, JUustrationes florx insularum maris Pacifici, Paris, 1886.

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