‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 204 sur 393 · Brongniart, C. fi. A. Se, 1865, t. 60, p · texte numérisé non relu

Brongniart, C. fi. A. Se, 1865, t. 60, p

5. 0. Drûde, Pflanzengeographie, p. 489. Brongniart, C. fi. A. Se, 1865, t. 60, p. 641. Brongniart et Gris, Annales Se. Nantir., Botanique, 5° série, t. 2, p. 124; t. 3, p. 210; t. 13, p. 374.

Canaque. Les Myrtacées à fruits secs sont nombreuses dans la flore de l'Australie tempérée, beaucoup plus rares dans l'Australie tropicale, et n'ont plus que quelques représentants épars dans l'archipel indien et la Polynésie. Les Myrtacées à fruits charnus, répandues dans les régions chaudes du monde entier, et notamment dans les régions équatoriales asiatiques, ne s'étendent guère à l'Australie, surtout à l'Australie tempérée. Dans la flore calédonienne, les deux tribus sont en proportions à peu près égales. Beaucoup de Myrtacées calédoniennes appartiennent à des genres nouveaux (Fremya, Cloezia, Tristianopsis, Spermolepis). D'autres rentrent dans les genres Melaleuca, Metrosideros, Baeckea, très abondants en Australie. Mais le genre Eucalyptus, le plus nombreux et le plus caractéristique des genres de Myrtacées de Nouvelle- Hollande, est d'introduction récente en Nouvelle-Calédonie \ d'où il était complètement absent.

Les Proléacées f sont tout à fait dignes d'attention; il est en effet remarquable de voir une famille qui se présente généralement en si petit nombre dans les parties tropicales de l'hémisphère austral acquérir un grand développement dans la flore calédonienne. Parmi les espèces, au nombre de 34, qu'on connaît actuellement dans l'île, les genres Banksia, Hookea, si répandus en Australie, manquent totalement; au contraire les Grevillea, les Stenocarpus, les Cenarrhenes, genres propres à l'Australie tempérée, se montrent en Nouvelle-Calédonie sous des formes très variées, pendant que le genre nouveau Kermadecia se rapproche plutôt des genres propres à l'Australie tropicale.

Les Epacridées 3 sont une des familles les plus caractéristiques de la flore de l'Australie. Bien plus concentrées que les Protéacées, c'est à peine si l'on en connaît quelques espèces qui s'égarent pour ainsi dire en dehors de la Nouvelle-Hollande. Cette famille comprend en Nouvelle-Calédonie 22 espèces, appartenant presque toutes aux genres les plus nombreux en espèces du continent australien.

Les Casuarinées, si remarquables par leur absence apparente de feuilles et leur aspect triste v, sont des plantes essentiellement australiennes. Celles de ces plantes qu'on rencontre en dehors du continent même gravitent pour ainsi dire autour de ce centre, et se rencontrent à Java, Sumatra, Bornéo, aux Fidji tet en Nouvelle-Calédonie. Les espèces australiennes

1. Bull. Soc. Acclimatai., 1873, p. 731. Les Eucalyptus ne s'avancent que jusqu'à la Nouvelle-Bretagne, où on en a récemment découvert une espèce (Hensley, lnsular Flnras, Science Progress, 1894, p. 27).

î. Brongniart et Gris, Nouvelles Archives du Muséum, t. VII (1871), p. 220. Ann.Sc. Nat., Botanique, 5e série, t. 1, p. 331 ; t. 3, p. 197; t. 13, p. 363. On sait que les Protéacées présentent une disposition des stomates indiquant un besoin de protection contre un climat sec (V. Grisebach, Vege talion der Erde, p. 209).

3. Brongniart et Gris, Ann. Se. Nat., Botanique, 5° série, t. 2, p. 151.

4. La Nature, 1875, p. 242. Poisson, Nouvelles Archives du Muséum, 1874, t. 10, p. 59.

sont caractérisées par des rameaux cylindriques; les espèces non-australiennes par des rameaux tétragones, n'ayant jamais de sillons prof onds ni de poils. La Nouvelle-Calédonie admet à la fois les unes et les autres ; sur 7 espèces qu'elle renferme, 2 sont cylindriques et 5 tétragones, ces dernières nouvelles et propres à l'île.

Les Acacias en Australie, à peu d'exceptions près, sont tous à feuilles modifiées, c'est-à-dire que, par une sorte de rétraction, les folioles élégantes qu'on remarque sur les espèces de l'Inde et de l'Afrique ont disparu pour être remplacées par un pétiole ou support de la feuille, prodigieusement développé, et présentent leurs surfaces latéralement : ce que les botanistes appellent phyllodes. Les Acacias à phyllodes, si nombreux en Nouvelle-Hollande où on en a signalé plus de 300 espèces, sont rares en Nouvelle-Calédonie (4 espèces), mais enfin ils y existent.

A côté de ces caractères communs à la flore de l'Australie et à celle de la Nouvelle-Calédonie, on est frappé de l'absence complète de plusieurs groupes très nombreux en Nouvelle-Hollande, et qui sembleraient devoir se rencontrer avec les espèces précédentes : telles sont les Restiacées, Hœmodoracées, Xerotes, Xanthorrea, plusieurs tribus de Légumineuses, plusieurs genres de Composées.

D'autre part, la flore de Nouvelle-Calédonie se relie, comme on l'a dit, à celle des régions intertropicales asiatiques et surtout des îles de l'archipel malais. Les familles qui marquent ce lien et caractérisent cette partie de la flore Canaque sont les Euphorbiacées, les Ficus, les Népenthées, les Pandanées, les Palmiers. Ces familles, soit par le nombre des espèces qu'elles renferment, soit par la nature des genres qui les représentent, donnent à la flore de la grande île son caractère tropical, et empêchent la végétation de ressembler à celle des pays méditerranéens. Les Pandanées * calédoniennes, dont quelques espèces ont un caractère très spécial, se rapportent à trois genres bien distincts : vraies Pandanées (2 espèces), Bryantia (5 espèces), Barrotia (5 espèces). Sur les 18 espèces de Palmiers 8 indigènes (le cocotier, qui a été introduit, mis à part), toutes appartiennent à un seul groupe spécial, celui des Kentiées, tribu des Arécinées, et peuvent y constituer trois genres distincts. Les Kentiées, caractéristiques du Pacifique occidental jusqu'à la Nouvelle-Zélande (Kentia sapida)*, sont exclues des îles polynésiennes et des Sandwich. En revanche, aucun des autres genres si répandus dans les îles de la Malaisie et de l'Océanie ne se montre en Nouvelle-Calédonie 8 ;

1. Brongniart, Ann. Se. Nat., Botanique, 6e série, 1. 1, p. 26?.

2. Brongniart, C. R. A. Se, 1873, t. 77, p. 3U6. Brongniart et Gris, Ann. Se. Nat., Botanique, 5e série, t. 2, p. 158.

3. Il y a une seule exception, le Licuala Jeanneneyi, espèce nouvelle appartenant à un genre Malais, et récemment découverte à la baie duProny(M. Bureau, rens. oral).

les Palmiers sont donc un exemple de plus de la manière si particulière dont se comporte cette flore.

La famille des Conifères * est certainement une de celles qui marquent le mieux la physionomie d'une contrée. Les forêts de Pins, de Sapins, et autres Abiétinées des régions tempérées de l'hémisphère boréal en sont un exemple frappant; dans l'hémisphère austral, ce groupe de végétaux se montre sous des formes différentes : les Araucaria, les Dammara, les Podocarpus, les Dacrydium, sont les principaux types qu'on y rencontre. Ces quatre genres sont représentés en Nouvelle-Calédonie par un nombre d'espèces considérable relativement à l'étendue de l'île. Le polymorphisme des plantes de cette famille rend d'ailleurs souvent la détermination spécifique assez incertaine ; aussi M. Brongniart énumère 22 espèces de Conifères en Nouvelle-Calédonie, pendant que M. Brousmiche en compte 10 seulement. Si l'on adopte le premier de ces chiffres, l'île Canaque aurait, en faisant abstraction des Frenela, autant d'espèces de conifères que l'Australie toute entière, beaucoup plus que l'Australie tropicale. Parmi ces 22 espèces, une seule a pu être rapportée avec certitude à une espèce australienne.

L'aire géographique des Araucarias f va du nord-ouest de la Nouvelle- Guinée à Norfolk, et comprend l'Australie du nord-est; ils sont exclus des Nouvelles-Hébrides, sauf d'Anaïtom où l'on rencontre Y Araucaria Cookii 8, et de toute la Polynésie, exclus également de la Nouvelle- Zélande, mais ils reparaissent en Amérique où on les trouve jusqu'à la Serra-Gera du Brésil, dans le Rio-Grande-do-Sul \ Les 5 espèces calédoniennes de ces beaux conifères sont complètement différentes des 2 espèces de la côte orientale d'Australie (A. Cunninghami et A. Bidwilii), différentes aussi de YAraucaHa excelsa de Norfolk.

Les Dammaras ont une extension géographique un peu différente de celle des Araucarias : ils vont de la Malaisie à la Nouvelle-Zélande, se rencontrant particulièrement aux Nouvelles-Hébrides et aux Fidji; on ne les trouve sur la côte orientale d'Australie qu'en un seul point, à Sandy Cape. Les 3 espèces calédoniennes sont spéciales à l'île.

Ainsi les Conifères précisent les caractères de la flore de l'archipel : ils montrent à quel point cette flore s'isole par ses espèces et souvent par ses genres de celle des contrées voisines ; ils font voir en même temps que les terres avec lesquelles la Nouvelle-Calédonie a les plus grandes affinités botaniques sont les Hébrides et les Fidji.

1 . Broogniart et Gris, Nouvelles Archives du Muséum, t. VII (1871), p. 204. ld., Ann- Se. Natur., Botanique, 5« série, t. 6, p. 238, t. 13, p. 340.

2. Berghaus, Physikal. Atlas, n° 49 (Atlas der Pflanzenverbreilung, n° 6).

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