Cook, trad. fr., 1774, t. V, p
4. G. R. Gray, Proceed. Zool. Soc., 18>9, p. 166. Verreaux. et des Murs, Revu* et Mag. Zoologie, 1860, p. 383. Jouan, Mém. Soc. se. Cherbourg, 1863, p. 93 et 197. ld., ibid., 1878, p. 309. E. Marie, Ann. Soc. Linn. Bordeaux, 1870, p. 327.
Perroquets 6 ; Coucous 3 ; Pigeons 6 ; Gallinacés 2; Échassiers 19 ; Palmipèdes 19; Pinnatipèdes 1. Plusieurs espèces ne sont peut-être que des variétés locales, la faune comme la flore présentant en Calédonie cette tendance à la variation qui est si caractéristique des îles. On remarque assez fréquemment chez quelques oiseaux calédoniens de grandes variétés de taille et de plumage en raison de l'âge du sujet, peut-être aussi de la partie de nie où on les rencontre, au point qu'on dirait des oiseaux différents. •
Dans les deltas marécageux des rivières vivent, au milieu des palétuviers, des Canards, des Échassiers, des Poules-Sultanes, tandis qu'au sommet des arbres voltigent des Gobe-Mouches attirés par les insectes. Dans les vallées étroites et les ravins, les arbres à grains et à baies fournissent la nourriture de plusieurs espèces de Pigeons et de Perroquets. Une grande variété de Passereaux et quelques Tourterelles animent les bois, et dans les clairières on rencontre quelques Halles et une petits Caille. Les oiseaux de proie, Buses et Éperviers, qui sont très répandus, paraissent affectionner le bord de la mer. Quant aux Loyalty1, elles présentent une faune ornithologique identique à celle de la Grande- Terre, mais moins nombreuse en individus, par suite du manque d'eau.
Les 7/10 environ des espèces d'oiseaux qu'on rencontre en Calédonie sont propres à l'île. Ces espèces spéciales appartiennent principalement aux familles de Passereaux, d'Échassiers, de Pigeons, de Perroquets, de Palmipèdes, de Grimpeurs, parmi lesquels les Pigeons et les Perroquets sont surtout remarquables. Les oiseaux les plus curieux de l'île Canaque sont le Corbeau aboyeur a (Gazzola typica), le N'dino (Gallirallus Lafresnayanus), le Pigeon Goliath, enfin le Kagou.
Le N'dino vit dans les lieux marécageux, et atteindrait, dit-on, la . taille d'un dindon. Cet être singulier tient des Gallinacés et des Échassiers. Il est très rare et en voie de disparaître. C'est sans doute cet oiseau qu'aperçut M. Bouquet de la Grye, qu'il ne put atteindre, et qu'il prit pour Y Aptéryx.
Le Pigeon géant (Carpophaga (Phsenorhina) Goliath), appelé Notou par les indigènes, est le géant de l'ordre des Colombidés ; c'est un oiseau énorme, d'un brun ardoisé, qui fait entendre des roucoulements sourds. Sa conformation est si remarquable qu'il constitue à lui seul un genre. On l'a rencontré à l'île des Pins de même que sur la Grande-Terre.
Mais le plus étrange de tous les êtres vivants qui composent la faune calédonienne est certainement le Kagou3 (Rhynocheius jubatus), qui,
1. Jouan, Mém. Soc. se. Cherbourg, 1863, p. 208. Meinicke, t. I, p. 237.
2. Sur les mœurs qu'on lui attribue, cf. M. À. Legrand, Nouvelle-Calédonie ', p. 120.
3. E. Marie, Ann. Soc. Linn. Bordeaux, t. 27 (1869), p. 323. Bennet, Proc. Zool. Soc.t 1863, p. 385 et 439. Jouan, Mém. Soc. se. Cherbourg, 1863, p. 97; 1864, p. 314. Walta.ee, Geogr. Distrib. of Animais, t. II, p. 359. J. Garnier, Nouvelle-Calédonie, côte orientale, p. 186.
comme le Pigeon Goliath, a nécessité la création d'un genre particulier, dont la place fut longtemps incertaine ; il tient des Gallinacés par son bec, des Halles par ses pieds, des Hérons par le plumage de son cou. Placé d'abord parmi les Échassiers, il semble avoir pris place définitivement parmi les Gallinacés ; bien qu'il offre quelques rapports avec certains oiseaux d'Amérique, on peut dire qu'il est sans analogue dans les faunes actuelles. « Il y a, dit M. Marie, dans l'aspect comme dans les mœurs du Kagou quelque chose d'indéfinissable qui fait dire que cet animal n'est plus de notre époque, qu'il s'est attardé sur notre globe où il semble complètement dépaysé. »
Le nom indigène du Kagou est tiré de son cri ; son plumage est griscendré et roux ; une huppe d'un gris blanchâtre orne sa tête. Ses yeux sont d'un beau rouge limpide avec une grande prunelle noire; il ne semble pas voir de très loin. Ses ailes forment en se déployant un éventail à roues concentriques, successivement blanches, grises ou fauves, pointillé de taches de ces couleurs ; la queue, le dessous de l'aile et le ventre sont couverts d'un long duvet frisé, d'un noir grisâtre, analogue à celui qui couvre l'autruche.
Le Kagou a 35 à 40 centimètres de hauteur. Son corps est de la grosseur de celui d'une poule. Ses jambes rouges, fortes et assez longues, sont armées de pattes solides et d'ongles très forts. Ses ailes ne lui servent qu'à accélérer et diriger sa marche ; il est incapable de voler. Lorsqu'il est poursuivi, il court pendant quelques instants avec une grande rapidité, les ailes déployées, mais sans s'élever de terre, en poussant des cris perçants, puis s'arrête tout à coup. La femelle est plus grande et plus colorée que le mâle.
Cet oiseau se nourrit d'insectes, retournant les cailloux avec ses pattes pour les prendre, de vers, de sauterelles, de limaces et de Bulimes. Il parvient à extraire le Bulime en perçant avec son bec l 'avant-dernier tour de la coquille, sur la partie usée par le frottement du sol, et par suite peu résistante. Lorsqu'il cherche des vers, il fait d'abord un trou avec son bec et reste immobile pendant quelques minutes, puis il frappe plusieurs petits coups dans le trou comme pour appeler le ver; s'il ne voit rien paraître, il reprend son immobilité première et recommence ensuite à frapper. Quand il n'aperçoit rien, il continue le creusement de son trou, et, lorsqu'il tient le ver, il tire légèrement jusqu'à ce qu'il l'ait fait sortir en entier.
Le Kagou vit presque exclusivement dans le sud de la Nouvelle-Calédonie; rencontré rarement dans le centre, il paraît tout à fait absent dans le nord. 11 aime les lieux sombres et humides, se tient dans les bois près de la mer, et plus volontiers encore sur les plus hautes montagnes. Il vit en troupes, et fait entendre le matin de bonne heure des aboiements semblables à ceux d'une meute de jeunes chiens. Dans la journée on
l'entend rarement : il se tapit dans les plus épais fourrés pour fuir la lumière.
L'habitat de cet oiseau se trouvant restreint à une aire de 40 à 50 kilomètres de diamètre, le Kagou, autrefois assez commun en Calédonie, est voué à une disparition certaine. Y avait-il, comme on l'a prétendu, deux variétés de Kagous très différentes l'une de l'autre, une grande qui vit dans les halliers et qu'on appelle Bush-kagou, une autre plus petite qu'on trouve dans les grandes herbes, le Grass-kagoul II est désormais à peu près impossible d'en décider, une commune destruction les ayant atteints. Être sans défense, dont la chair est d'ailleurs recherchée, le kagou ne saurait se maintenir dans les faunes actuelles, pas plus que \ Aptéryx ou Kiwi de Nouvelle-Zélande auquel il ressemble sous plus d'un rapport. Peut-être eût-il été possible de le domestiquer et même de l'acclimater en Europe ; mais il est sans doute trop tard pour tenter des essais suivis *.
Aussi pauvre que la Nouvelle-Zélande et la Polynésie par ses faunes mammalogique et erpétologique, la Calédonie est beaucoup plus riche par sa faune ornithologique. Sous ce rapport l'appauvrissement progressif * est bien marqué à mesure qu'on va du nord-ouest au sud-est, depuis les îles Malaises, à travers tout le Pacifique. Ainsi la Nouvelle- Guinée, quoique encore si peu explorée, a déjà donné plus de 350 espèces d'oiseaux, dont 300 particulières ; alors que la Calédonie compte plus de 400 espèces, il n'y en a que 52 aux Samoa, 25 aux Marquises 3.
Les caractères de la faune ornithologique calédonienne la mettent à peu près à égale distance de celle de l'Australie et de celle des archipels océaniens. 2/10 environ des oiseaux calédoniens sont communs avec l'Australie, parmi lesquels une espèce commune avec la Tasmanie, et 1/10 environ se retrouvent dans la Polynésie. Quelques oiseaux calédoniens se voient aussi en Nouvelle-Zélande, quelques-uns même rappellent les types des latitudes plus voisines du pôle. Le caractère mixte, le caractère de zone de transition, au point de vue de la faune comme pour la flore et le climat, se marque donc ici : « La Nouvelle- Calédonie et les Nouvelles-Hébrides, dit Wallace, ont une position incertaine, et il est difficile de décider s'il faut les classer avec les fies austro-malaises, les îles polynésiennes, ou l'Australie. »
L'ornithologie papoue 4 se fait remarquer par les brillantes cou-
1. (Test vraisemblablement le Kagou, bien qu'il ne le nomme pas, que Cook vit a l'état domestique chez les indigènes de Balade, et on l'a retrouvé chez quelques chefs. Il s'apprivoise très vite, mais ne se reproduit pas en captivité.
2. Wallace, Geogr. Distrib, of Animais, t. I, p. 390. t. 11, p. 444. ld., Australasia, p. 51.