‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 212 sur 393 · Trouessart, Géographie zoologique, p · texte numérisé non relu

Trouessart, Géographie zoologique, p

4. BowdlerSharpe, On the zoo-geographical Areas of the World* illustraling the Distribution ofBirds {Natural Science, 1893, t. III, p. 100k La carte est beaucoup plus claire que celles de Marshall dans Berghaus (cartes 54 et 55).

leurs et le plumage ornemental des oiseaux, la richesse et la variété des perroquets et des pigeons. Les beaux oiseaux caractéristiques de la Nouvelle-Guinée et des îles qui l'entourent, notamment les Paradisiers, les Oiseaux-lyre, les pigeons du genre Goura, sont absents de la Calédonie. La tribu si remarquable des Megapodiidœ se rencontre en Australie, en Nouvelle-Guinée et aux Nouvelles-Hébrides, mais ne pénètre pas en Calédonie.

Les Nouvelles-Hébrides, outre un Megapodius, ont certaines espèces de perroquets ( Tinchoglossus palmarum) qui leur sont propres ; cependant elles montrent les rapports les plus étroits avec la Nouvelle-Calédonie : les Passereaux sont séparés des espèces calédoniennes par des différences très faibles, et paraissent être des variétés locales '.

Les affinités de la faune ornithologique de Nouvelle-Zélande sont avec les parties tropicales de la région australienne. Ceux des oiseaux australiens qui sont confinés dans les parties tempérées du continent ne se rencontrent pas dans la Nouvelle-Zélande tempérée. Au contraire, les oiseaux australiens dont les genres se retrouvent en Nouvelle-Zélande se trouvent aussi en Nouvelle-Guinée et dans les autres îles intermédiaires.

Chaque île ou chaque groupe d'îles, même en Polynésie, a d'ailleurs ses espèces spéciales, locales, bien qu'à tout prendre ces prétendues espèces ne soient peut-être dans bien des cas que des variétés. Si certaines espèces de Perroquets et de Pigeons sont réellement très distinctes, en revanche les Colombes kouroukourous, les Martins-pécheurs, etc., présentent seulement des nuances légères, insuffisantes pour constituer des différences d'espèces.

Mais un caractère sur lequel il y a lieu d'insister, c'est la présence dans toute la région d' « oiseaux sans ailes ». Il peut y avoir un lien, on l'a vu, entre les lacunes de la flore et l'absence de mammifères (l'un et l'autre phénomène ayant d'ailleurs pour origine un isolement trop ancien et trop complet) : c'est en tout cas visiblement cette absence de mammifères qui a laissé subsister des oiseaux qui volent très mal, qui nichent à terre, qui ont des couleurs assez brillantes, et qui, mal armés pour la lutte, auraient certainement disparu s'ils n'avaient eu la bonne fortune de ne pas rencontrer d'ennemis. C'est seulement ainsi que s'explique la conservation, dans un espace assez restreint et avec une végétation assez peu dense, des espèces de grande taille de la famille sans défense des pigeons, et surtout d'un oiseau comme le kagou. La présence de pareils oiseaux concorde partout avec l'absence de Carnassiers.

Pendant l'époque actuelle et l'époque pleistocène," tandis que sur les cdhtinents régnaient les grands mammifères, dans les grandes îles vi-

1 . Le kagou y existerait même, d'après des renseignements peu sûrs ; en ce cas, il aurait été peut-être introduit par les indigènes ou les navigateurs (Ormières, Bull. Soc, Géogr. comm., 1887-88, p. G30).

vaient des oiseaux « sans ailes », parfois gigantesques comme YdEpyornis de Madagascar, le Dronte de Maurice, le Solitaire de Bourbon, le Dinornis de Nouvelle-Zélande*1. L1 Aptéryx est le dernier reste de toute une tribu d'oiseaux semblables, les Moa ou Dinornis dont l'un avait plus de 3 mètres. Hutton a bien aperçu ce que la présence d'un si grand nombre d'oiseaux marcheurs dans une contrée aussi restreinte que la Nouvelle-Zélande a d'extraordinaire. La Méianésie comptait aussi, au début de l'époque actuelle, un nombre inusité d'oiseaux aptères.

Il y a bien certainement relation de cause à effet entre l'absence de mammifères et la présence d'oiseaux sans ailes. M. Trouessart ajoute d'autres considérations, qui d'ailleurs ne contredisentnuilement celle-ci, mais la complètent : « Dans les îles, dit-il a, l'absence de carnivores, en donnant aux oiseaux plus de sécurité, doit singulièrement augmenter leur paresse à se servir de leurs ailes. De plus, le danger d'être emporté par le vent en pleine mer empêche ces animaux de prendre leur vol, et l'étroitesse du territoire qui les nourrit ne leur en fait plus une nécessité. Il en résulte que ces organes s'atrophient peu à peu; de là l'absence d'ailes ou la brièveté des ailes chez beaucoup d'oiseaux en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Guinée et dans la plupart des îles. »

La faune entomologique de Nouvelle-Calédonie 3 permet bien de juger du caractère fragmentaire et spécial que manifeste la population animale de la grande île. Les insectes sont en général de petite taille, et n'ont pas les riches couleurs des pays intertropicaux. Mais ils sont d'une abondance peu commune, et appartiennent à une série de types bizarres. Comme presque partout, les Coléoptères dominent (plus d'un millier d'après Fauvel). Les Coléoptères phytophages sont très nombreux, les Coprophages au contraire et les Carnassiers sont peu riches en espèces et en individus : conséquence directe et visible de l'absence des mammifères et de la rareté des Vertébrés.

Parmi les Orthoptères, les sauterelles sont très abondantes ; trois variétés pullulent au mois de mars, et dans certaines années les criquets sont un véritable fléau. D'après le P. Montrouzier, leurs invasions ne dateraient que de l'arrivée des Européens; des œufs auront sans doute été apportés de l'Australie par les navires.

1. Revue de géologie, 1867, p. 458. Meinicke, t. I, p. 30. Wallace, lsland Life, p. 4*4.

Page 1