‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 220 sur 393 · Fischer, Journ. ConchyL, 1858, p. 329; 1876, p · texte numérisé non relu

Fischer, Journ. ConchyL, 1858, p. 329; 1876, p

C'est donc, comme on pouvait s'y attendre, la faune terrestre seule qui fournit quelque lumière sur le passé de cette grande île. Elle témoigne, comme la flore, de la longue durée des âges pendant lesquels la Calédonie a été séparée de tout grand continent. M. Clarke * estime qu'il faut admettre que la Calédonie a été, dans une période antérieure, unie à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande : voilà pour expliquer les ressemblances. Mais il faut se hâter d'ajouter que cette union a cessé de bonne heure : voilà pour les différences. Les trois faunes, australienne, calédonienne et néo-zélandaise, malgré quelques ressemblances, sont profondément dissemblables. La faune calédonienne parait cependant différer moins de la faune néo-zélandaise que de celle de l'Australie.

On n'a pas à envisager ici l'hypothèse d'une connexion entre l'Australie et l'Amérique du Sud. Wallace * refuse de l'admettre ; il pense que les ressemblances de faune qu'on observe, et particulièrement la distribution actuelle des Marsupiaux et des oiseaux marcheurs, sont dus à la survivance, dans les continents du Sud, de types qui étaient cosmopolites à uïie époque géologique antérieure. Les Marsupiaux américains et australiens tireraient les uns et les autres leur origine des Marsupiaux triasiques et jurassiques d'Europe. Mais on laisse inexpliquée la présence des types sud-américains dans la flore et la faune de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande 8. La découverte par M. Florentino Ameghino 4, dans les formations d'eau douce éocènes de l'Argentine, de Marsupiaux tout à fait semblables à ceux de l'Australie contredit absolument la théorie de Wallace. Il y a d'ailleurs d'autres objections ; Wallace explique la présence de poissons d'eau douce identiques en Nouvelle-Zélande et en Patagonie par le transport des icebergs : « Pourquoi, répond von Jhering 5, les icebergs ont-ils transporté seulement les formes anciennes? »

M. Hedley de son côté 6 nie que la Nouvelle-Zélande ait jamais été

1. Clarke, Remarks on the sedimentary Formations of N. S. W'a/es, p. 10 1.

2. Wallace, Geogr. Distrib. of Animais, t. I, p. 387. Id., Islnnd-Life^. 444.

3. Von Jhering, in Transact. and Proceed. of the New-Zealand Institut* , 1891, p. 431. Hutton, On the Originof the Fauna and Flora of New-Zealand (Ann. and Mag. ofNatur. History, London, 5« série, t. 13 (1884) p. 425 et t. 15 (1885) p. 77.

4. Lydekker, Nature langl.ï, 1892. Revue gènér. se. p. et appliq., 30 juillet 1892.

5. Von Jhering, Transact. and Proceed. of the New-Zealand Institute, 1891, t. XXIV, p. 431.

6. Hedley, The Range of Placostylus : a Study of Ancient Geography (Proceed. Linn. Soc. N. S. Wales, 1892, 2e série, t. Vil, p. 335. Thomson, The Melanesian Plateau (Proceed. Queensl. Br. ofthe R. G. Soc. of Auslralasia, 1892-93, t. VIII, p. 18-26). Hedley, On the Relation of the Fauna and Flora of Australia (Nalural Science, 1893, t. III, p. 187).

unie à l'Australie, se fondant sur les différences de flore et de faune qu'on observe, et surtout sur la distribution du Placostylus. Mais c'est vraiment tomber dans un excès contraire et exagérer l'importance de ce Mollusque. Gomment, avec la théorie de M. Hedley, expliquer la présence des Moas et des Kiwis néo-zélandais fossiles dans les dépôts du Queensland? *

Si la flore et la faune de Nouvelle-Calédonie et de Nouvelle-Zélande présentent de grandes différences avec celles d'Australie, et des différences inattendues, comme celles qu'a fait ressortir M. Brongniart, cela ne tient pas à ce que ces terres n'ont jamais été réunies; l'hypothèse de Wallace (union avec l'Australie Orientale alors séparée de l'Australie Occidentale) n'y suffît pas non plus. Outre l'époque très ancienne qu'il faut assigner à la séparation, il faut bien remarquer que les êtres de ces contrées ne dérivent pas les uns des autres par filiation, mais dérivent plutôt les uns et les autres d'une source commune *, qui paraît être le vieux continent de Gondwana ; enfin le caractère archaïque a été en grande . partie effacé en Australie, surtout pour les plantes et dans l'Australie tropicale, par une immigration plus récente, venue de Nouvelle-Guinée à l'époque tertiaire 3, immigration qui a beaucoup moins atteint la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande.

Les facteurs communs qui relient les faunes et les flores des continents de l'hémisphère austral, indiquent non seulement une relation entre ces diverses contrées, mais aussi leur isolement plus ou moins complet d'avec les continents du Nord. « Dans les plus anciennes périodes mésozoïques, dit Hutton 4, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Inde formaient une seule région biologique avec l'Amérique du Sud. » Lorsqu'on refuse de l'admettre, on se perd dans des contradictions. L'étude géologique conduit, on le sait, à la même conclusion : Neumayr 5 et Suess ont établi l'union des continents de l'hémisphère austral et l'existence d'une grande Méditerranée centrale pendant les temps secondaires. Hors de là, tout est confusion.

Mais (là est le côté juste des théories de M. Hedley), ce continent s'est morcelé de bonne heure : « Il est, dit Hutton 6, postérieur à

t. De Vis, The Moa in Australia (New-Zealand Joum. of Science, 1891, p. 97). Id., Residue of extinct Birds of Queensland as y et detected (Proceed. of the Linn. Soc. N. S. Wales, 2« série, t. VI, p, 448).

2. The relation is not that of mother and daughter, but that of sister (C. Hedley, Natural Science, 1893, t. III. p. 188). Engler (Entwickelunggesschichteder Pflanzenwelt, t. II, p. 55) s'était déjà prononcé dans le môme sens et en termes presque identiques.

3. Hutton, art. cité. C. Hedley, art. cité de Natural Science, p. 189.

4. Hutton, art. cité (Ann. and Mag. of Nat. History). Von Jhering, art. cité (Proceed. New-Zealand Institule). Cf. Trouessart, Géographie zoologique, p. 49-52 et p. 320.

5. V. notamment Neumayr, Erdgeschichle, t. II, p. 416. Cf. G. Steinmann in Berghaus, Physikal. Atlas, Géologie, Vorbemerkungen.

t>. Hutton, On the Origin of the Fauna and Flora of New-Zealand (Ann. and Mag. 0/ Natur. History, London, 5« série, t. 13 (1884) p. 425 et t. 15 (1885) p. 77.

l'apparition des Dicotylédones et antérieur à la faune marine indo-pacifique. » La séparation de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie peut remonter au Crétacé1. La Nouvelle-Calédonie est restée plus longtemps unie à la Nouvelle-Zélande, aux archipels mélanésiens les plus voisins et même à l'île de Lord-Howe, en un mot à ce que M. Hedley appelle le « Plateau Mélanésien. » Mais son isolement est également très ancien. Sa faune, comme sa flore, date en grande partie de l'époque crétacée. Ainsi la biologie conduit, en ce qui concerne l'île Canaque, à des résultats très voisins de ceux qu'avait fournis la géologie.

1 . Hutton, von Jhering, Ameghino, Wall ace, aboutissent sur ce point à une conclusion à peu près identique.

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