Broca, Bull. soc. anthrop., 1872, p
forment le fond de la population, il existe, semble-t-il, dans l'archipel calédonien, des indigènes qui présentent des caractères différents, ou du moins chez lesquels les caractères anthropologiques signalés sont très atténués. Leur crâne ' offre un développement plus considérable des diamètres transverses et surtout de ceux de la partie postérieure ; il est plus court, moins aplati vers les tempes, moins élevé, la face est moins prognathe. Sur le vivant, les pommettes sont moins saillantes, les lèvres plus minces et moins proclives, le nez moins épaté, parfois même mince et effilé. Les yeux sont moins injectés, moins enfoncés dans les orbites. Enfin trois différences extérieures sont, paraît-il, assez notables pour attirer l'attention : la taille est plus élevée, la peau est jaune olivâtre foncé, les cheveux sont peu crépus, parfois même tout à fait lisses.
Les caractères sont souvent contradictoires et entre-croisés. Il arrive * qu'un sujet a une haute stature avec le teint et les traits du Mélanésien. D'autres fois un homme grêle aux traits hébétés et aux lèvres saillantes a la peau plus ou moins cuivrée. Parfois encore des individus ont le teint très noir, et en même temps de beaux traits, le nez aquilin, les cheveux lisses.
On sait que, quand les proportions entre lesquelles se meuvent les diverses mensurations anthropologiques et notamment l'indice céphalique sont trop grandes, l'échelle trop étendue, les anthropologistes estiment qu'on se trouve en présence d'une race hybride. Une grande variation des caractères, des manifestations anatomiques ou morphologiques contradictoires sont regardées comme le signe d'un métissage3. Où finit la variété individuelle? où commence le métissage? On ne saurait le dire, et l'appréciation personnelle joue évidemment ici un grand rôle. On s'accorde cependant en général à conclure, des différences observées entre les Canaques, que les Mélanésiens de l'archipel sont mélangés de Polynésiens dans de certaines proportions et sur certains points4. Mais quelles sont ces proportions? quels sont ces points? Y a-t-il vraiment une variété noire et une variété jaune de Calédoniens? Ici commencent les divergences.
M. Bourgarel paraît avoir fortement exagéré l'influence polynésienne ; c'est lui qui souleva à la société d'Anthropologie, en août 1860, la question de la double origine des Calédoniens, et le mémoire qu'il a consacré à ce sujet contient, semble-t-il, une véritable pétition de principe. M. Bourgarel 5, chirurgien de la marine, fit en Océanie une campagne
1. Bourgarel, mémoire cité. Crania Ethnica, p. 281, 284, 28C.
2. E. B. Souvenirs de Nouvelle-Calédonie, Draguignan, 1876, p. 36. Deplanche, Ethnologie calédonienne, p. 13; et surtout J. Deniker, Bull. Soc. Anthrop., 1893, p. 802.