‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 229 sur 393 · Bourgarel, Mém. soc. anthrop., 1863, t. I, p · texte numérisé non relu

Bourgarel, Mém. soc. anthrop., 1863, t. I, p

de trois ans ; les renseignements anthropologiques directs qu'il recueillit sur les Canaques furent surtout amassés au cours d'une expédition qui traversa la Calédonie entre Canala et Uaraï ; il n'a pas parcouru toute l'île. Il fut frappé de la différence tranchée que présenteraient les deux variétés de Néo-Calédoniens, à la seule inspection des caractères extérieurs. Puis il chercha dans l'étude des crânes une confirmation de ces différences ; on ne saurait s'étonner qu'il l'y ait rencontrée. En effet, répartissant en deux groupes, parmi les crânes qu'il a recueillis, ceux qui lui paraissent présenter les caractères les plus différents, il attribue les uns à la variété noire, les autres à la variété jaune. Puis il dresse un tableau où il range, en 4 colonnes : 1° des têtes de Polynésiens ; 2° des têtes de Calédoniens qu'il attribue à la variété jaune ; 3° les 57 têtes de Calédoniens prises en bloc; 4° les têtes de Calédoniens qu'il attribue à la variété noire. Il n'est pas surprenant dès lors que ces quatre colonnes forment une série parfaitement ordonnée, dont les extrêmes sont d'une part les Polynésiens, d'autre part les Calédoniens de la variété noire. Cela est d'autant plus explicable que les crânes qu'il a recueillis ne sont pas, comme il le pense, « de sources assez variées et représentant une véritable moyenne ». Presque tous proviennent du Pic des Morts de Canala. Presque tous les individus vivants mesurés appartenaient à la tribu de Canala. Or Canala est précisément un des points de l'île où le mélange polynésien paraît s'être le plus fait sentir. D'ailleurs, même par ces procédés, M. Bourgarel n'est pas parvenu à établir entre ses catégories des différences anthropologiques bien sensibles, comme on peut s'en convaincre en jetant un coup d'œil sur ses tableaux. Sa classification est donc arbitraire.

Aussi M. Bertillon ne l'a-t-il pas reproduite; M. Topinard lui en faisait un reproche, et craignait que « en ne distinguant pas les divers groupes d'indigènes, on s'exposât à mêler des caractères opposés appartenant à des races différentes1. » Mais M. Broca * répondit sagement que « M. Bertillon avait fait tout ce qu'il pouvait faire en se contentant de classer les crânes d'après les indications géographiques de provenance. Aller au delà serait imprudent dans l'état actuel de nos connaissances. »

M. Bourgarel estimait 3 qu'à Canala la population se composait d'à peu près 1/5 de race jaune, 2/5 de race noire, 2/5 de métis des deux races. « Les mariages se contractant indifféremment entre les deux races, la variété intermédiaire lui paraissait appelée à devenir la plus nombreuse, à moins que, l'invasion de la race jaune continuant à se faire, la race noire ne disparût complètement un jour. » Et M. Cloquet

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