Bourgarel, Mém. soc. anthrop., 1. 1, 1863, p
regardait comme un fait hors de doute que, « par suite de l'immigration incessante des îles de la Polynésie en Nouvelle-Calédonie, la race indigène serait graduellement remplacée par une race supérieure l. »
Ces théories tout à fait insoutenables tendent à exagérer beaucoup le degré d'influence exercé par les Polynésiens sur les habitants de la Grande-Terre. M. Deplanche en a fait justice : « Bourgarel, dit-il2, n'est resté que quelques mois et n'a fait que passer en guerroyant sur trois ou quatre points de la Nouvelle-Calédonie ; il a jugé beaucoup trop vite. On n'observe à Canala rien de pareil à ce qu'il dit ; de mémoire d'homme on n'a vu sur la Grande-Terre un seul individu appartenant au type polynésien pur. »
Évidemment, on rencontre sur toute la côte orientale, tournée vers les régions polynésiennes, des hommes de couleur claire à la chevelure lisse, particulièrement à Hienghène, Wagap, Touho, Pouébo, Canala 3. Mais bien loin que le type polynésien tende à prédominer, il s'absorbe peu à peu dans la population noire par les métissages répétés \
Si, suivant le conseil de Broca, on groupe les crânes calédoniens par provenances géographiques, on se heurte à une autre difficulté. L'action du métissage polynésien à la côte orientale se manifeste chez un certain nombre de sujets, mais cette action est atténuée dans le calcul des moyennes parla juxtaposition d'autres individus présentant l'aspect Mélanésien le plus accentué. Dans les crânes de la Grande-Terre étudiés par MM. Hamy et de Quatrefages, les diverses parties de l'île sont moins inégalement représentées que dans l'étude de M. Bourgarel, bien qu'il y ait ici encore un très grand nombre de Canalas. Si l'on compare les 51 têtes de la côte orientale aux 71 crânes de la côte ouest, on constate effectivement chez les Canaques de légères différences dans les proportions, qui se traduisent par des changements dans les indices céphaliques. Mais la modification du type est bien faible.
Quand on compare les habitants de la côte orientale à ceux de la côte occidentale, il est d'ailleurs une considération géographique qu'on oublie trop. Sans nier que l'infiltration polynésienne se soit fait sentir sur la côte orientale, il faut tenir compte des différences entre le sol et le climat des deux versants de l'île. Le type peut se modifier beaucoup plus profondément qu'on ne le croit sous l'influence de la richesse du sol et de la nourriture plus abondante. Il y a la même différence qu'entre un cheval bien nourri et un cheval mourant de faim 5. Dans le sud et le sud-ouest où le sol est pauvre, la population est plus foncée, plus