Codrington, The Melanesians, p
Un peuple peut être pêcheur sans être navigateur ou du moins sans s'aventurer au loin, et dans toute TOcéanie on distingue les petites pirogues de pêche des grandes pirogues de voyage. Les pirogues des Calédoniens \ comme celles des Hébridais et des Mélanésiens en général, si Ton excepte les Salomoniens ', sont d'ordinaire assez grossières, lourdes et difficiles à manœuvrer.
Les pirogues simples 3 sont faites d'un tronc d'arbre creusé, avec un balancier fixé à la pirogue par deux perches ; le màt porte une voile triangulaire en nattes de cocotier, les rames sont des pagaies. On se sert pour la construction de bois d'Araucaria ou de Dammara, qu'on taillait autrefois avec les haches en pierre. Le balancier permet de faire de longues traversées sans danger de chavirer, mais on ne peut guère louvoyer, parce qu'on est obligé, à chaque bordée, de transporter le mât de l'avant à l'arrière ou de l'arrière à l'avant. •
Les pirogues doubles \ avec une plate-forme et même une case entre deux, sont rares à la Grande-Terre; elles peuvent porter une vingtaine d'hommes et ont quelquefois deux mâts; la plus grande pirogue double qu'ait vue de Rochas B avait 14m,50 de longueur. Les Canaques de la grande île vont rarement dans les îles satellites; c'est ordinairement l'inverse qui se produit.
Les premiers observateurs avaient trouvé les Canaques peu marins, les derniers les jugent plus favorablement. Il n'est pas douteux qu'ils n'aient subi à cet égard l'ascendant des indigènes des Loyalty, « qui sont, dit de Rochas 6, les Anglais du microcosme calédonien. » A Ouvéa surtout, le lagon a permis le développement d'une véritable flottille. Les gens des Loyalty sont commerçants, en relations suivies avec les habitants de la Grande-Terre et de l'île des Pinsî ils font le trajet d'aller avec l'alizé, et reviennent avec des brises faibles ou inclinant au nord ; ils donnent les plus belles filles de leur île et des pirogues en échange du bois qu'ils reçoivent pour construire ces mêmes pirogues.
Les Canaques sont restés en somme beaucoup moins navigateurs que les Polynésiens, surtout que les habitants des Samoa et des Tonga. Les
1. Cook, t. V, p. 16. Labillardière, Relation, t. II, p. 185.
2. Les Salomoniens ont au contraire d'admirables pirogues (Codrington, p. 291. Meinicke, t. 1, p. 160).
3. J. Garnier, Océanie, p. 69. Glaumont, Revue detlinogr., 1888, p. 107. Opigez Bull. Soc. Gèogr., 1886, p. 431. Meinicke, t. I, p. 227.
4. Bérard, Campagne de CAlcmene, p. 78. De Rochas, Nouvelle-Calédonie, p. 175.