‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 256 sur 393 · De Rochas, Nouvelle-Calédonie, p. 211 et · texte numérisé non relu

De Rochas, Nouvelle-Calédonie, p. 211 et

2. John Martin, Histoire des naturels des Tonga, trad. fr. Paris, 1817, t. 1, p. 91 et 325.

3. Lambert, Les Hypogées de Vile des Pins [Miss, cathol., 1893, p. 20, 120).

Ainsi les Calédoniens sont supérieurs comme agriculteurs, comme pêcheurs, comme potiers; inférieurs en tout ce qui concerne le vêtement, l'habitation, la navigation. En ce qui concerne la vie sociale, ils sont à un des derniers échelons pour l'organisation de la famille, tandis que celle de la tribu est assez compliquée.

La condition des femmes l est des plus dures. Tous les observateurs insistent sur ce point. Le Polynésien voit dans la femme un instrument de plaisir, le Canaque une bête de somme. Elle est réellement esclave, portant les fardeaux, châtiée cruellement pour les fautes les plus légères, n'habitant pas la même case que l'homme, n'ayant pas droit à certains aliments réservés aux guerriers. Le Canaque blesse ou tue sa femme quand il lui plaît. Il est très jaloux, autre trait qui le distingue du Polynésien, généralement fort peu sévère. Aux Loyal ty et à l'île des Pins, les femmes sont moins méprisées, moins maltraitées, plus libres.

Les Canaques de la Grande-Terre ont rarement plus d'une femme, sauf les chefs qui en ont parfois dix ou quinze ; ces derniers seuls étendent leurs alliances en dehors de leur tribu, et épousent volontiers les femmes des Loyalty 2. Le consentement du chef est nécessaire pour le mariage, avec quelques cérémonies de purification dans lesquelles les sorciers jouent un rôle. L'avortement est très pratiqué, et l'infanticide des filles fort en honneur 3. La polygamie est plus fréquente aux Loyalty, parce que l'infanticide l'est moins et que par suite les filles y sont plus nombreuses.

L'allaitement dure trois ans et quelquefois davantage ; Moncelon a vu des enfants qui prenaient alternativement le sein et la pipe de leur mère. Vers l'âge de huit ou dix ans, les enfants subissent, avec un coquillage tranchant, l'opération de la circoncision, qui ne semble pas avoir un caractère religieux4, mais plutôlphysiologique ; elle n'est pas pratiquée aux

1. Brenchley, South-Sea Islands, p. 346. Reoue d'ethnographie, 1883, p. 327. Meinicke, t. I, p. 231. Bourgarel, Mém. Soc. Anthrop., t. II, p. 378. De Rochas, Nouvelle- Calédonie, p. 22G. Patouillet, p. 82. Bourgey, Notice ethnologique, p. 24.

2. D'après de Rochas et Bourgarel, les chefs et les nobles se distinguent par un teint plus clair et un type particulier du reste de la population. Mais ce n'est pas par suite d'une origine polynésienne, comme ils le croient ; il faut sans doute voir dans ce fait, s'il est exact, non une supériorité de race ou une conquête imaginaire, mais un véritable fait de sélection naturelle (Bourgarel, Mém. Soc. anthrop., t. II, p. 398). Ce phénomène est d'ailleurs générai dans les archipels du Pacifique (Voir sur ce point Ratzel, Anthropogeographie, t. II, p. 591).

3. Leconte, Mémoires pittoresques, t. H, p. 528. Bull. Soc. anthrop., 1885, p. 3(0. Bourgey, Notice ethnologique, p. 14. Glaumont, Revue d'ethnogr., 1888, p. 76.

4. De Rochas, p. 299. Codrington, p. 234. Brainne, Nouvelle-Calédonie, p. 249.

Loyalty, non plus qu'aux Salomon; aux Hébrides, elle ne l'est que dans quelques îles.

Les modes de sépulture l et les cérémonies funèbres présentent la plus extrême diversité ; ils varient avec les tribus et la qualité des défunts. Le corps est emporté par des ensevelisseurs spéciaux, et tous ceux qui ont pris part à l'ensevelissement sont considérés comme impurs. On laisse toujours auprès du mort des vivres et des armes : « Ne faut-il pas, disait un indigène à Bourgarel s, que les morts boivent et mangent comme nous? » A côté du cadavre, on met souvent aussi le bâton de bois de fer qui sert à l'agriculture, ou une poterie.

M. Glaumont 3 énumère six modes de sépulture : 1° le corps accroupi; 2° le corps allongé; 3° l'exposition du corps sur les montagnes ou sur les arbres, qui se pratique surtout dans l'intérieur; 4° la momification, procédé appliqué pour les chefs seuls, particulièrement aux îles Bélep (l'usage se retrouve en Nouvelle-Zélande et dans une grande partie de la Polynésie ; aux Nouvelles-Hébrides et auxSalomon,on boucane seulement la tête) ; 5° le corps debout; 6° le corps en pirogue (pour les chefs seulement). L'endroit de la sépulture est toujours soigneusement caché, très difficile à découvrir, très fourré et éloigné de tout sentier. L'accès de ces cimetières est interdit; sur la Grande-Terre, c'est ordinairement un bois sacré, à l'île des Pins on utilise les grottes et les cavernes du corail; ce sont ces hypogées si extraordinaires qu'a récemment décrits le P. Lambert 4.

Les Canaques vivent agglomérés en villages. Les cases sont parfois groupées les unes à côté des autres, ne présentant comme rues que des passages étroits. D'autres villages, et c'est le plus grand nombre, ont leurs maisons espacées, cachées sous des bouquets de cocotiers et de bananiers. D'autres enfin sont répartis autour d'une place centrale comme aux Nouvelles-Hébrides. On ne rencontre pas le même luxe de palissades et de fortifications qu'à Spiritu-Santo des Hébrides B; sauf

1. Labillardière, Relation, t. II, p. 190, 225. De Rochas, Nouvelle-Calédonie, p. 276. Branda. Lettres d'un marin, p. 106, 173. E. B., Souvenirs de Nouvelle-Calédonie, p. 29. Leconte, Mémoires pittoresques, t. II, p. 535. Patouillet, p. 166. Bourgarel, Mém. Soc. anthrop., t. II, p. 413. La Hautière, p. II, 227. Bourgey, Notice ethnologique, p. 54. Opigez, Bull. Soc. Géogr., 1886, p. 438.

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