LA DISPARITION DES CANAQUES
Il est hors de doute que les indigènes de la Nouvelle-Calédonie sont en voie de disparaître, et qu'il faudra bientôt parler d'eux au passé : « Nous ne sommes pas comme nos ancêtres, disait un chef à Brenchley f ; ils étaient nombreux et sages, nous ne sommes ni l'un ni l'autre. » En Nouvelle-Zélande, les insulaires comparent leur destinée à celle des plantes et des animaux indigènes : « Notre rat, disent-ils, est mangé par le rat d'Europe, notre mouche fuit devant la vôtre, et nous-mêmes nous serons remplacés par vous. Comme le trèfle a tué la fougère, les Maoris seront supplantés par les Européens. »
Il est bien difficile de savoir dans quelles proportions le nombre des indigènes de Nouvelle-Calédonie a diminué depuis un siècle. Cook avait émis quelques considérations très judicieuses sur la population : « Si nous en jugeons, dit-il 2, par la quantité d'habitants que nous vîmes journellement, nous pourrions croire qu'elle est très nombreuse ; mais il est probable que notre relâche rassembla les naturels de toutes les parties de l'île. Il ne paraît pas que cette contrée puisse fournir une subsistance suffisante pour une nombreuse population. La nature a été moins libérale ici que sur les autres îles des tropiques que nous connaissons dans cette mer. La plupart des cantons, ou du moins ceux que nous avons examinés, ne consistent guère qu'en montagnes où le roc est à peine couvert d'un peu de terre, que brûle continuellement le soleil ; et les herbes qui y croissent deviennent inutiles pour un peuple qui n'a point de bétail. » M. Moncelon pense 8 que la population a dû être excessivement nombreuse, à en juger par les traces d'anciennes cultures encore apparentes. Mais si l'on songe à la manière de cultiver des Canaques, cette preuve est sans valeur \ Les cultures abandonnées