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De Rochas, Nouvelle-Calédonie, p

d'état social plus ou moins avancé, mais tout simplement un effet des conditions imposées par le sol et le climat *. Fort empêchés d'être nomades par la configuration de l'île et l'absence de troupeaux, les Canaques n'en sont pas moins, cela est évident, dans un état social bien inférieur à celui des nomades de l'Arabie ou du Maghreb.

Si l'on recherche à quelles causes il convient d'attribuer l'extinction des Canaques, ou plutôt par quels modes elle s'effectue, on n'a en quelque sorte que l'embarras du choix. Parmi ces causes, il en est qui existaient avant l'arrivée des Européens ; il est évident que l'état social et le genre de vie des indigènes, tels qu'on les a décrits, sont peu favorables en euxmêmes à l'accroissement de la population. D'abord, le nombre des hommes l'emporte de beaucoup sur celui des femmes : « Non seulement, dit M. Legrand *, en Calédonie la femme ne vit pas, mais elle ne naît pas. » La race s'éteint fatalement de ce seul fait. Les naissances sont en petit nombre, la durée de la vie fort courte. Le libertinage, l'avortement, l'usage d'achever les malades, la durée abusive de l'allaitement, une mauvaise hygiène, une mauvaise nourriture, une alimentation souvent insuffisante pour les enfants et même pour les adultes, des disettes fréquentes : il y a là tout un ensemble de causes préexistantes à l'arrivée des Européens.

Les Européens ont même fait disparaître à peu près complètement l'anthropophagie des chefs, qui, comme dit Montrouzier, diminuaient le nombre de leurs sujets pour augmenter celui de leurs repas, et les guerres de tribus à tribus. Mais ces guerres étaient peu meurtrières ; les luttes qui s'engagent entre indigènes et Européens, et qui sont toujours au désavantage des premiers, sont, avec les armes à feu, un bien autre moyen de destruction. La grande insurrection de 1878 coûta la vie à un millier de Canaques, et 1200 furent déportés ; la région de Bourail et d'Uaraï fut dépeuplée. C'est peu de chose cependant par rapport aux causes chroniques. On a probablement exagéré l'influence destructive de la cruauté des Européens pour le dépeuplement du Pérou et du Mexique ; même une administration bienveillante et paternelle ne parvient pas à sauver les indigènes de la destruction.

1. C'est ce qu'a très bien montré Hahn, Ueber die Kulturfonnen der Erde% Feterm. MitteiL, 1892, p. 8. L'ancienne classification en peuples chasseurs, pasteurs et agriculteurs ne saurait être maintenue; dans la classification que propose M. Hahn, les Canaques seraient à la fois un peuple pêcheur, et un peuple cultivateur sans bestiaux (Hackbau).

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