Arch. méd. nav., 1891, t. LVI, p
3. Deplanche, Ethnologie calédonienne, p. 15. Bourgarel, Mém. Soc, anthrop.t t. Il, 1865, p. 375. Bourgey, Sotice ethnologique, p. 1.
un trajet de 100 milles coupé par de nombreuses rivières, ils gravissent sans peine les montagnes escarpées. La configuration du sol et le genre de vie peuvent avoir contribué à leur donner ces qualités, fréquentes chez tous les peuples sauvages. Ils ont une habileté particulière à se servir des plantes qui les entourent : « Instruments divers 1, cordes, matières à empaqueter, ils trouvent tout sous leurs mains quand l'homme blanc perdrait son temps à chercher vainement. La nature est pour eux un vaste magasin où tout sert à leur usage, et où ils sont certains de trouver tout ce dont ils ont besoin. » Ils déploient dans leur île quelque chose de l'ingéniosité du héros de Daniel de Foë. Ce sont là qualités très importantes dans la vie sauvage, de moindre prix dans la vie civilisée.
Les Canaques sont capables des plus grands efforts et des plus dures fatigues, pourvu que la période d'épreuve n'excède pas un certain nombre de jours. S'ils résistent mal aux travaux prolongés, cela peut tenir à leur mode de nourriture ; il est donc possible d'y remédier. Ceux qu'on emploie comme matelots et qui ont une nourriture européenne ont en général une force remarquable et égale à celle des blancs. Ils ont une force musculaire supérieure à celle des Taïtiens, et sont également moins paresseux.
Au point de vue intellectuel comme au point de vue physique, il faut renoncer à opposer les Mélanésiens aux Polynésiens, les premiers étant regardés comme très dégradés, les derniers comblés d'éloges. L'origine de ce préjugé n'est pas très difficile à saisir : les Polynésiens sont très sociables et très libertins; les voyageurs auxquels ils offrent leurs femmes ne peuvent se dispenser de les en remercier par quelques mots d'éloges. Les Papous au contraire accueillent très mal les Européens, attaquent leurs vaisseaux et sont fort jaloux; aussi leur réputation est-elle détestable. Wallace n'hésite pas à placer les Papous, au point de vue de la capacité de développement, au-dessous des Malais ; leur infériorité tiendrait non pas à une incapacité d'atteindre un degré plus élevé dans l'espèce humaine, mais à l'absence d'influence des races civilisées avec lesquelles les Malais ont été en contact. Ce serait une conséquence des conditions géographiques et de l'extrême isolement.
M. Deplanche ', qui connaissait très bien les Canaques, pense que, sous le rapport de l'intelligence, ils ont une place assez honorable dans la famille humaine. Il ne désespérait pas qu'on pût les amener dans l'avenir à une situation meilleure et les faire progressivement participer à nos travaux, surtout en agissant sur les enfants et non sur les adultes : « Cela est nécessaire, disait-il, pour l'avenir de la colonie. »M. Deplanche convient cependant qu'il est impossible d'en obtenir quelque travail :