‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 271 sur 393 · Les deux autres sont les Samoa et les lies Hervey · texte numérisé non relu

Les deux autres sont les Samoa et les lies Hervey

l'histoire de la découverte, et combien ils ont retardé le périple de l'île.

On a coutume de faire honneur à Cook de la découverte de la Nouvelle-Calédonie : cet honneur est parfaitement mérité. Les Chinois l'avaient-ils atteinte? On a prétendu sans preuves qu'ils connaissaient depuis les temps les plus reculés les Salomon et les îles à nègres au sud de cet archipel1. Rien ne prouve que ni eux ni les Malais se soient jamais aventurés dans ces parages, bien que la chose n'ait rien d'impossible. Les seules visites certaines qu'aient reçues les Canaques à Vépoque historique et avant l'arrivée de Cook sont celles des Polynésiens et des Mélanésiens des autres archipels.

On a prétendu aussi que les Espagnols avaient dû y parvenir. On a même été plus loin : on a voulu connaître le nom de leur navire, le Buen-Aviso, qui aurait abordé en 1543; on est allé jusqu'à parler dune influence sur la race calédonienne et de traces dans les noms de lieux*. Il est inutile d'insister sur ces fantaisies dépourvues de toute valeur et qui ne s'appuient sur aucun témoignage. La Calédonie était fort éloignée des routes que suivaient les Espagnols ; ils ont atteint les Salomon avec Mendana en 1568; Spiritu-Santo, la plus septentrionale des Nouvelles-JIébrides, avec Queiros en 1606, mais non l'île Canaque \ La Calédonie est trop au sud de la voie des galions espagnols, trop à l'est des découvertes hollandaises pour qu'Espagnols ou Hollandais l'aient entrevue. « Les Espagnols, dit l'Introduction au Voyage de Cook*, passaient toujours au nord de l'équateur pour aller aux Moluques. Mendana et Queiros, et avant eux quelques voyageurs ignorés, ayant trouvé plusieurs îles sous le tropique austral, crurent avoir découvert le continent austral. Ces découvertes furent très imparfaites et presque oubliées; la route espagnole d'Acapulco à Manille était seule fréquentée. » On avoue d'ailleurs ne pas bien comprendre quel intérêt on attache parfois à ce genre de recherches historiques ; les seules véritables découvertes sont celles qui ont eu des conséquences, les autres, quand même on les établirait par les textes les plus formels, doivent être regardées comme non avenues. Cook a découvert la Nouvelle-Calédonie comme Colomb a découvert l'Amérique : le reste est livré aux discussions des érudits.

Un Français, Bougainville, doit être regardé, à plus juste titre que

1. Notices illustrées sur les colonies françaises, 1889, Nouvelle-Calédonie ; p. C.

2. M. A. Legrand, Nouvelle-Calédonie, p. 185. L'erreur est si grossière qu'elle doit provenir de quelque confusion avec la découverte de la Nouvelle-Guinée.

3. Codrington, Scott, Geogr. Mag., 1889, p. 113. Cf. Armand Kainaud, Le continent austral, 1893.

4. 5e Voyage de Cook, trad. fr., 1785, Introduction générale, p. 18.

les Espagnols, comme le précurseur de Cook. En 1768, pendant son voyage scientifique autour du monde sur la frégate royale la Boudeuse, Bougainville !, revenant des Salomon et des Hébrides, sç dirigeait vers le sud. Naviguant par le travers de la Nouvelle-Calédonie, dont personne alors ne soupçonnait l'existence, il vit, la mer étant entièrement tranquille, flotter près de son bâtiment des branches, des troncs d'arbres, des cocos et autres débris végétaux. Pendant plusieurs jours, les marins de l'équipage firent les mômes observations; puis on ne vit plus rien. Bougainville jugea que dans la direction d'où venait le courant devait exister une terre d'une assez vaste étendue ; mais soit que l'époque de l'année fût trop avancée, soit que ses instructions ne lui permissent pas d'aller à la découverte, il passa outre. Toutefois il mentionna le fait dans sa relation de voyage 2.

Cook connaissait cette relation; son récit en fait foi et rend justice à son devancier, qui avait si bien pressenti la Nouvelle-Calédonie : « M. de Bougainville, dit-il, passa au nord-ouest de la terre que nous découvrîmes, et que ce navigateur habile et intelligent a conjecturé devoir être dans cette direction 3. » Cook suivit à peu près le trajet indiqué par Bougainville ; dans le but de se placer dans des conditions favorables pour découvrir la terre supposée, il fit route plus à l'ouest, ce qui lui réussit.

On possède sur le second voyage de Cook *, et particulièrement sur son exploration de la Nouvelle-Calédonie, deux ordres de témoignages, ceux de Cook lui-même, et ceux des Forster, naturalistes de l'expédition, témoignages qui ne sont pas toujours concordants. Les Forster, dont le caractère paraît avoir été singulièrement difficile, se plaignent de leurs compagnons de la Résolution et des obstacles mis à leurs recherches « parce que la science et la philosophie ont toujours été méprisées des ignorants 6. » Puis, au retour, ils se brouillèrent avec Cook et voulurent publier leur relation particulière. Forster le père prit cependant, devant l'Amirauté, l'engagement d'y renoncer, mais sa promesse ne liant pas son fils, celui-ci « crut devoir, avec les matériaux qu'il avait

1 . Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate du roi la Boudeuse et la flûte VÉtoile en 1766-69,' 2e édition, Paris, 1772, 3 vol. in-18, t. II, p. 160.

2. Les observations de Bougainville sont en grande partie manuscrites, d'après d'Urville (Rapport à V Académie des Sciences sur le voyage de aVUrville, Zoologie, t. 1,

3. Cook, î* voyage, trad. fr. Cf. Vivien de Saint-Martin, Histoire de la Géographie,

4. Voir la bibliographie relative à Cook dans Bull. Soc. Géogr., 1870, p. 481. On citera, comme précédemment, la traduction française de 1778 du second voyage de Cook : Voyage dans Chémisphère austral et autour du monde fait sur les vaisseaux du roi l'Aventure et la Résolution en 1772-75, écrit par J. Cook, commandant la Résolution, dans lequel on a inséré les relations du capitaine Furneaux et celles de MM. Forster, trad. de l'angl., Paris, 1778, 6 vol. in-8° et 1 vol. de planches in-4*.

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