Cook, trad. fr., t. V, p. 22 et suiv
difficultés se représentèrent. Le 26 on découvrit l'île des Pins, qui dut son nom aux Araucarias déjà vus au promontoire de la Reine-Charlotte, et sur la nature desquels on ne pouvait se mettre d'accord en les voyant du large. Cook, enchanté de trouver les Forster en défaut, n'a pas manqué de conter cette anecdote : « Je supposai, dit-il, que c'était une espèce singulière d'arbres, par la raison qu'ils étaient très nombreux, et que d'ailleurs une grande quantité de fumée sortit tout le jour du milieu de ces objets. Nos philosophes pensaient que c'était la fumée d'un feu interne et perpétuel ; mais ce feu prétendu éternel cessa avant la nuit, et depuis on n'y en aperçut plus. » « Comme on trouve des colonnes de basalte, écrit Forster, en plusieurs parties du monde, il y avait lieu de croire que celles-ci étaient de la môme espèce ; et comme nous avions vu dernièrement plusieurs volcans dans les environs de Tanna, cette opinion nous paraissait encore plus vraisemblable, car les minéralogistes les plus éclairés prétendent que le basalte est une production de volcan. » Mais il fallut bien se rendre à l'évidence : « Chacun finit par tomber d'accord que c'étaient des arbres, et MM. Forster en convinrent eux-mêmes1. »
Après de vaines tentatives pour doubler l'île des Pins, Cook vint mouiller dans le bras de mer qui la sépare de la Grande-Terre, près d'un ilôt sablonneux qu'il appela l'île de la Botanique (île Amère). On y coupa quelques pins colonnaires pour les besoins du navire, et pendant ce temps Cook prit les relèvements des terres qui l'entouraient. La pointe de terre la plus occidentale qu'on apercevait fut appelée cap Prince of Wales; c'était en réalité l'île Ouen. « De cette pointe, la terre court jusqu'au nord-ouest. » Et Cook conjectura qu'elle allait rejoindre les montagnes aperçues de Balade.
Il était las de suivre une côte qu'on ne pouvait reconnaître davantage sans s'exposer à un naufrage et perdre tout le fruit de l'expédition. Il s'était cependant aperçu que les écueils à l'ouest semblaient laisser entre eux divers passages ; mais il craignait, en s'attardant, de manquer la saison favorable pour naviguer dans les mers du sud ; l'été austral approchait, la distance était encore longue à parcourir jusqu'à la Nouvelle-Zélande; le 30 septembre, poussé par des vents violents de sudouest, Cook fit voile pour ce dernier archipel. Comme il le fait remarquer lui-môme, c'est le seul cas où il ait abandonné une découverte sans l'avoir achevée. La nécessité de ne pas se laisser détourner du but de son voyage en fut la principale cause ; mais la difficulté d'accès de la Nouvelle-Calédonie y contribua incontestablement.
« C'est peut-être, dit Cook, la Nouvelle-Zélande exceptée, la plus grande île de la mer Pacifique ; son gisement est presque N.-W. 1/2 W.
1. Kn 1851, Moore, jardinier en chef du jardin botanique de Sydney, crut avoir retrouvé en pleine vigueur un des arbres mentionnés par Cook .
et S.-E. 1/2 E. Elle a environ 87 lieues dans cette direction; mais sa largeur n'est pas considérable, et rarement elle excède 10 lieues. C'est une contrée toute entrecoupée de montagnes de différentes hauteurs, qui laissent entre elles des vallées plus ou moins profondes. De ces montagnes, s'il est permis de juger du tout par les parties que nous avons vues, sortent une infinité de sources dont les eaux, qui serpentent dans les plaines, portent partout la fertilité et fournissent aux besoins des habitants. Les sommets de la plupart des montagnes semblent stériles, quoique les flancs soient couverts de bois par-ci par-là, comme le fond des vallées et les plaines. La terre étant ainsi coupée de montagnes, plusieurs parties de la côte, vues dans l'éloignement, paraissent dentelées, on croirait qu'il y a de grandes ouvertures entre les montagnes ; mais, en serrant le rivage, nous avons toujours trouvé que la terre est continue, mais basse, et forme une lisière qui règne le long de la côte entre le rivage et le pied des montagnes. Je la crois entièrement ou pour la plus grande partie défendue par des récifs, des basses ou des brisants, qui en rendent l'accès très difficile et très périlleux, mais qui servent à la mettre à l'abri de la violence des vents et de la fureur des flots, à assurer aux pirogues une navigation aisée et une pêche abondante, et à former probablement de bons ports pour le mouillage des vaisseaux. »
11 restait à compléter l'exploration de Cook. C'était le but de l'expédition française de La Pérouse *. Louis XVI, qui, comme on sait, s'intéressait personnellement à la géographie, en avait tracé le plan de concert avec le chevalier de Fleurieu, ministre de la marine : « En quittant les îles des Amis, disaient les Instructions *, M. de La Pérouse viendra se mettre par la latitude de l'île des Pins, située à la pointe S.-W. de la Nouvelle-Calédonie ; après l'avoir reconnue, il longera la côte occidentale, qui n'a pas encore été visitée, et il s'assurera si cette terre n'est qu'une seule île ou si elle est formée de plusieurs... Dans la visite qu'il fera de la Nouvelle-Calédonie et des autres îles, il examinera soigneusement les productions de ces contrées, qui, étant situées sous la zone torride et par la même latitude que le Pérou, peuvent ouvrir un nouveau champ aux spéculations du commerce. » Les dernières nouvelles qu'on eut de La Pérouse, datées de Botany-Bay le 7 février 1788, manifestaient l'intention de visiter la Calédonie 3. Y passa-t-il effective-
• 1. Bull: Soc. Géogr., 1888, 2« trimestre (bibliographie des ouvrages relatifs à La Pérouse, p. 325 et suiv.)