‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 278 sur 393 · De Rossel, Voyage de d'Entrecasteaux, t. I, p · texte numérisé non relu

De Rossel, Voyage de d'Entrecasteaux, t. I, p

5. Vonage de d'Entrecasteaux envoyé à la recherche de la Pérouse, publié par ordre de S. M. Cempereur et roi, rédigé par M. de Rossel, ancien capitaine de vaisseau, Paris, 1808, 2 vol. in-4°.

6. Relation du voyag: à la recherche de la Pérouse, fait par ordre de f Assemblée constituante pendant tes années 4791-92 et pendant la 1re et £8 année de la Hépublique française, par le citoyen Labillardière, 2 v. in-4°, Paris, an VIII.

7. Atlas du voyage de d'Entrecasteaux, Paris, an VIII, in-fol. V. de Rossel, t. I, p. 591, méthode pour les cartes et plans.

d'une côte, prises de points de vue différents dont on a évalué la distance, permettent de construire un plan de cette côte *.

Si le voyage fut profitable aux sciences en général, la connaissance de la Nouvelle-Calédonie n'en retira pas, somme toute, grand bénéfice ; ou n'ajouta guère aux renseignements donnés par Cook. On n'osa pas aborder ailleurs qu'au point où il avait lui-même débarqué ; le peu de hardiesse et d'habileté dont on fit preuve contraste avec le jugement si sûr du navigateur anglais *.

Les deux navires 3 arrivèrent en vue de l'île des Pins le 16 juin 1792; jusqu'au 2 juillet, ils longèrent, sur une longueur de plus de 300 milles, les récifs de la côte occidentale, pendant que Beautemps- Beaupré dressait sous voiles la carte de l'île. Ils n'osèrent pas accoster, ni s'engager dans les passes. « En supposant même, dit Rossel, qu'il y eût une issue, on ne pouvait s'y engager, parce qu'on ne saurait pas s'il y a une interruption correspondante à l'est. » La Recherche faillit néanmoins se perdre sur les récifs, de Rossel étant de quart. Le 21 juin, on crut voir une ouverture : c'était le port Saint- Vincent, mais d'Eritrecasteaux l'appela le Havre-Trompeur, n'ayant pu découvrir la passe. « Des collines presque entièrement dénuées de végétaux, dit Labillardière, s'élevaient en amphithéâtre jusqu'à la chaîne principale, qui paraissait avoir 1800 mètres au moins d'élévation perpendiculaire, et dont la direction était toujours vers le N.-W. On y reconnaissait trois rangs de montagnes de différents degrés d'élévation, et on remarquait, dans toute la hauteur des monts les plus arides, des ravins qui semblaient être formés par la chute des pluies. Derrière ces hautes montagnes, on en voyait une à 4 ou 5 myriamètres dans les terres, qui, s'élevant beaucoup au-dessus de toutes les autres, paraissait avoir 2400 mètres d'élévation perpendiculaire. » Le 28, on 'aperçut, à la pointe Tonnerre, l'extrémité septentrionale de la Nouvelle-Calédonie, mais non celle des récifs. D'Entrecasteaux découvrit plusieurs des îlots du Grand- Récif (Surprise, Huon), et atteignit enfin, avec les brisants qui portent son nom, l'extrémité de la longue barrière, à 60 lieues au nord de la Nouvelle-Calédonie.

Divers motifs avaient empêché l'exploration d'être plus fructueuse. C'étaient avant tout les récifs : « Le danger qu'ils présentent, dit Labil-

1. On peut y voir le germe de l'application de la photographie à la construction des cartes topographiques en général (Laussedat, Revue scientifique, 1892, p. 579 et 744). Beautemps-Beaupré, mort en 1853, laissait plus de 500 cartons de papiers et notes inédites. Il doit s'y trouver des documents intéressant la Nouvelle-Calédonie (Brainne, La Nouvelle-Calédonie, p. 27).

2. Cf. une appréciation différente dans C. R. Soc. Géogr., 1893, p. 406 : « La reconnaissance de la Nouvelle-Calédonie est un pur chef-d'œuvre. »»

3. Labillardière, Relation, t. I, p. 197 et suiv. Rossel, Voyage de d'Entrecasteaux, t. 1, p. 102, 114.

lardière, est d'autant plus à craindre qu'ils ne peuvent être aperçus qu'à petite distance : si le calme survient et que le vaisseau y soit porté par les courants, sa perte est presque inévitable ; on chercherait en vain à se sauver en jetant l'ancre, puisqu'elle n'atteindrait pas le fond, même tout près de ces murs de corail élevés perpendiculairement du fond des eaux. » C'étaient aussi les vents de sud-ouest, qui régnèrent presque constamment, et qui « contrarièrent singulièrement la reconnaissance. » C'était enfin le désir de gagner sans plus attendre les îles de l'Amirauté, où certains indices recueillis au Cap plaçaient le naufrage de La Pérouse : c'est ce dernier motif qui empêcha d'Entrecasteaux de contourner l'extrémité du récif pour rejoindre le point où Cook s'était arrêté.

Après avoir visité les archipels à l'ouest et au nord de la Nouvelle- Guinée et parcouru le Pacifique sans trouver de traces de La Pérouse, l'expédition revint à la Nouvelle-Calédonie !, et mouilla le 17 avril 1793 à Balade, où elle passa trois semaines. Ce fut pendant cette relâche que mourut le capitaine Huon de Kermadec, qu'on enterra sur l'îlot Poudioué. Labiliardière fit à peu près les mêmes excursions que Forster ; il recueillit 80 plantes % dont 69 nouvelles, les autres étant déjà comprises dans les énumérations de Forster.

11 nous apprend peu de choses neuves sur le pays et les indigènes. Les rapports avec ceux-ci furent des plus mauvais, et les divergences sont si grandes entre le récit de Forster et celui de Labiliardière, qu'on a été jusqu'à prétendre que, dans l'intervalle des deux expéditions, la Calédonie aurait été conquise par des anthropophages, et que les Mélanésiens s'y seraient substitués aux Polynésiens. Rien n'autorise une pareille supposition, que Rossel avait d'avance écartée 3. Il est à peine besoin de dire que la différence du tempérament des observateurs, le séjour un peu plus prolongé de Labiliardière, suffisent à expliquer les différences d'appréciations; on peut ajouter que ce dernier arriva à Balade après une guerre, suivie d'une famine : de là les nombreuses scènes de cannibalisme auxquelles il assista et qu'il décrit. Les indigènes voulurent faire manger de la chair humaine au dessinateur Piron, et tàtaient avec désir les mollets des matelots en faisant claquer leur langue, « ce qui, dit Labiliardière, n'était pas trop rassurant. » Ils jouèrent toutes sortes de tours aux Européens, arrosèrent avec de l'eau salée de jeunes pieds d'arbres à pain rapportés des îles des Amis par le naturaliste, volèrent à plusieurs reprises, et essayèrent même d'atta-

1. Labiliardière, Relation, t. II, p. 180. Rossel, Voyage de a'Enlrecasteaux, t. I, p. 326-361.

2. Décrites et figurées dans Labiliardière, Sertum awtro-caledonicum, Parisiis, 1824» 2 v. in-4°.

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