Bérard, Campagne de VAlcmene, p
règne seule en Océanie. Sans doute, l'Australie deviendra un empire libre : mais qu'importe à l'Angleterre? son esprit régnera sur elle, et longtemps encore elle y trouvera des débouchés pour ses produits. Placée à quelques jours des établissements anglais, sur la route de l'Inde, sa position géographique fait de la Nouvelle-Calédonie un poste militaire de première importance. Défendue par soir récif, elle offre d'excellents abris et un ravitaillement assuré pour une flotte. » En ce qui concerne la colonisation, elle produirait toutes les denrées coloniales que llnde importe en Océanie, et lui enlèverait ce commerce. On s'occuperait au début du trépang et du bois de sandal, puis de l'exploitation des minerais. Les débouchés et les approvisionnements seraient assurée. Pour la colonisation pénale, l'île des Pins conviendrait particulièrement bien.
Le massacre de Yenghiébané et le rapport de Bérard décidèrent un établissement qu'on projetait depuis 1843. Les missionnaires s'étaient d'ailleurs de nouveau établis sur la Grande-Terre, à Balade et à Pouébo, au mois de mai 1851. L'évêque Douarre était mort le 27 avril 1853, quelques mois avant de voir réalisée la prise de possession qu'il avait souhaitée et provoquée.
Le contre-amiral Febvrier-Despointes, commandant la station du Pacifique, à bord de la corvette à vapeur le Phoque, arbora le pavillon français à Balade le 24 septembre 1853 et à l'île des Pins le 27. L'événement l fut préparé avec un certain mystère, de peur qu'on ne fût*, comme en Nouvelle-Zélande, devancé par l'Angleterre. Il s'en fallut de peu que l'on n'arrivât trop tard ; les instructions de l'amiral lui prescrivaient de ne prendre possession qu'après avoir constaté que l'Angleterre n'avait rien tenté avant lui *. Le commodore anglais préposé à la station navale d'Australie gardait en poche depuis un an Tordre de son gouvernement de s'emparer de la Calédonie 8, et, à l'île des Pins, quelques heures de retard eussent tout perdu. Le P. Montrouzier apprit l'arrivée du navire anglais Herald en recevant une lettre d'un naturaliste de Sydney, qui lui annonçait l'envoi d'une caisse d'insectes et de plantes, et en prévint l'amiral \ Celui-ci trouva le Herald à l'île des Pins, mais le chef, sur le conseil des missionnaires, avait refusé de traiter avec le navire anglais.
1. V. les nombreux détails donnés par de Salinis, Marins et Missionnaires : conquête de la Nouvelle-Calédonie (Paris, 1892;. C'est un récit détaillé de la prise de possession, d'après des documents fournis par le commandant Candeau, chef d'étatmajor de l'amiral, par le comte de Marcé, son aide de camp, et par le P. Montrouzier. Cf. Vieillard et Deplanche, Revue mar. et col., sept. 1862. Brainne, p. 297. Cordeil, p. 252 (procès-verbaux dans Brainne, p. 299).