Salinis, p
De l'île des Pins, l'amiral revint à Balade, où il construisit un blockhaus; il y fut rejoint par le Prony, puis par \eCatinat. En janvier 1854, il fut remplacé par le commandant Tardy de Montravel, commandant la Constantine. Montravel ' parcourut la côte orientale, allant de tribu en tribu et recevant l'hommage des chefs. Ses premiers rapports indiquent les avantages présentés selon lui par la colonie ; les ports qu'il juge destinés à devenir les centres maritimes de la Calédonie sont Kouaoua et Canala « abri aussi sûr que la rade de Toulon, » sur la côte orientale, Saint-Vincent sur la côte occidentale. Comme on pensait devoir créer un chef-lieu plus rapproché de Sydney que Balade, et que Saint- Vincent, encombré par les alluvions, ne paraissait pas convenir, Montravel jeta son dévolu sur la baie de Nouméa, où il commença le 25 juin des travaux d'établissement. La sécurité du port, la facilité à le défendre, firent choisir Nouméa pour chef-lieu malgré le manque d'eau et l'infertilité du territoire environnant. D'après Montravel, le port commercial devait être à Boulari, et le port militaire à Nouméa.
« On n'a jamais connu, dit Meinicke *, les causes qui ont déterminé la prise de possession delà Nouvelle-Calédonie. Il faut l'attribuer en partie aux efforts des missionnaires catholiques, en partie au développement si brillant des colonies australiennes, à la jalousie, et au désir d'arrêter l'expansion des Anglais dans ces contrées. » En réalité, cet événement fut assez longuement préparé, et la jalousie n'en fut pas le seul mobile : « La prise de possession, disait le Moniteur 8, a eu pour but d'assurer à la France dans le Pacifique la position que réclamaient les intérêts de la marine militaire et commerciale, et les vues du gouvernement sur le régime pénitentiaire ; position que ne lui donnait ni l'occupation du petit archipel des Marquises, ni le protectorat des îles de la Société. Les Marquises, désignées par la loi du 8 juin 1850 comme lieu de déportation politique, n'ont ni l'étendue, ni la fertilité, ni la situation géographique d'un grand établissement maritime et colonial. La Nouvelle-Calédonie est un excellent point d'appui ; mais on ne connaît pas encore assez sa valeur pour tirer parti de ses ressources agricoles et minérales, ou y jeter les premiers fondements d'un pénitencier. » La Nouvelle-Calédonie était donc surtout acquise en vue d'un établissement pénitentiaire ; on venait précisément de discuter à la Chambre sur l'emplacement à choisir dans ce but.
Les espérances des missionnaires allaient plus loin : « La Nouvelle- Calédonie, disait le P. Verguet \ située entre l'Asie et l'Amérique,
1. Cordeil, p. 2944. V. les rapports de Tardy de Montravel dans Revue coloniale, 2« série, t. XIII, p. 185 et 455; et Nouv. Ann. des voy., 1854, t. XL, p. 92, 1855, t. I, p. 319.