L'ACCLIMATEMENT
Lorsqu'il s'agit d'une colonie, la question primordiale paraît bien être celle de l'acclimatement l : primum vivere. Comment le Français se comporte-t-il vis-à-vis du climat del'ile Canaque? Peut-il y vivre, y travailler, y faire souche de colons? C'est là ce qu'il faut se demander tout d'abord, car de la solution donnée dépend tout le reste.
Or il n'y a à cet égard qu'une opinion : le climat calédonien est pour l'immigrant européen d'une salubrité des plus remarquables. Des laboureurs et des terrassiers blancs peuvent y travailler le sol, et cela même dans les endroits marécageux, sans que leur santé ait à en souffrir : « Par ce que j'ai vu, disait dès le début de l'occupation Febvrier-Despointes, par les travaux forcés quej 'ai exécutés et qui ne m'ont pas donné un seul malade, je ne puis douter que le pays ne soit très sain1. » Non seulement la salubrité d'une manière absolue est pour l'Européen aussi grande au moins que dans son propre pays, mais la race blanche peut s'y livrer sans préjudice aurun à tous les travaux du sol, pendant les mois les plus chauds.
L'Européen peut s'acclimater en Calédonie 3, en donnant à l'expression d'acclimatement sa plus large acception : « Malgré une vie active, fatigante même, un grand nombre d'habitants n'ont jamais connu l'anémie, qui n'est pas ici obligatoire comme en tant d'autres colonies, et,
1 . Les médecins de la marine ont coutume de distinguer l'acclimatement et l'acclimatation. L'acclimatation est pour eux l'art d'acclimater, d'obtenir l'acclimatement . « Il existe entre les deux termes, dit M. Treille, la différence qui sépare l'anthropologie de l'hygiène. » Mais le mot acclimatement lui-même est assez mal défini, désignant tantôt l'ensemble des modifications que subit l'organisme pour s'adapter à un nouveau climat, tantôt l'adaptation elle-même, en tant que spontanée et naturelle. On emploiera donc le mot acclimatement, pour se conformer à l'usage ; on lui donnera un sens très général, et on entendra par là l'adaptation de l'individu ou de la race à un climat différent de celui de son pays natal ^V. sur ce point : Treille, De V acclimatation des Européens dans les pays chauds, p. 2. Nielly, Hygiène des Européens dans les pays inter tropicaux, p. 109 et 233. Jousset, Arch. Méd. nav., 1883, t. XL, p. 24).