M. A. Legrand, p
géographe ne saurait se placer uniquement au point de vue des indications du thermomètre ; il doit rechercher soigneusement, s'il y a lieu, les circonstances qui mettent cet instrument en contradiction avec les impressions physiologiques. 11 doit faire grand cas des témoignages, même assez vagues et conçus en termes peu scientifiques, qui dépeignent la manière dont un climat affecte ceux qui le subissent.
Or les faits de cet ordre sont particulièrement remarquables en Calédonie: « Même dans la saison des plus hautes températures, dit M. Lou vet * , les chaleurs sont assez facilement supportables à Nouméa. J'évalue à une quinzaine environ le nombre de journées, nuits comprises, où, pendant la saison chaude, l'Européen souffre véritablement ici de ces chaleurs suffocantes qui énerventles plus robustes constitutions. A vrai dire, c'est peu pour un pays situé sous le tropique; et le climat de Nouvelle-Calédonie mérite décidément sa réputation d'être un des moins, sinon le moins fatigant de tous ceux de la zone dite torride. » « On ne souffre nulle part de la chaleur, disent les Notices illustrées *, sauf dans quelques rares localités abritées, comme Nouméa, dont les collines interceptent la brise. En somme, à part Nouméa, le climat de l'île est un printemps perpétuel. Le climat de l'île des Pins est tellement agréable qu'aucune contrée du monde peut-être, sauf la Nouvelle- Zélande, n'en a un semblable. »
On a insisté, dans un précédent chapitre, sur la variabilité du climat calédonien : c'est que l'influence déprimante du climat des tropiques tient en grande partie à sa faible variabilité. La chaleur agit bien plus par sa continuité que par son intensité3; l'Européen peut supporter passagèrement des températures très élevées ; c'est la continuité qui est fatale à son organisme. La chaleur continue produit chez lui le ralentissement de l'activité nutritive des tissus, et en même temps des modifications dans la composition du sang, d'où résulte la diminution lente, mais graduelle, de la vigueur physique et intellectuelle, de l'aptitude au travail musculaire et cérébral. Cet état de déchéance physiologique progressive a pour effet d'amoindrir de plus en plus sa résistance vitale à toutes les causes pathogènes, et particulièrement à la fièvre paludéenne. Or la chaleur n'est pas continue en Nouvelle-Calédonie. L'hiver calédonien est une saison vraiment fraîche4. D'après Rochas6, les sens n'interviennent que postérieurement aux indications thermométriques pour indiquer une recrudescence de calorique. On ne commence à souffrir de la