‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 31 sur 393 · F. G. Hahn, Insel-Studien, p. 10 et suiv., Leipzig · texte numérisé non relu

F. G. Hahn, Insel-Studien, p. 10 et suiv., Leipzig

3. Natural Science, II, p. 188 (1893). Voir aussi 0. Drude, Manuel de géographie botanique, trad. fr. par G. Poirault, 1894, p. 108 et suiv.

considérable des continents, elle serait réduite à la condition d'île océanique. Mais un pareil phénomène ne paraît pas s'être jamais produit, car il n'y a pas une seule île sur le globe qui ait les caractères physiques et géologiques d'une île continentale, avec les caractères zoologiques d'une lie océanique. »

Reprenant les critiques de Kirchhoff, et donnant des exemples, ce que celui-ci avait négligé de faire, M. Jukes-Browne prétend établir qu'il existe parfaitement des îles continentales par la géologie, océaniques par la faune : on pouvait le présumer d'après les changements de niveau nombreux et considérables qui se sont produits sur les bords des surfaces continentales depuis le début des temps tertiaires. Les Barbades, les Seychelles, seraient, selon M. Jukes-Browne, des exemples d'îles où les résultats de la zoologie sont en contradiction avec ceux de la géologie. Il nie qu'on puisse considérer comme îles continentales toutes celles où se rencontrent des roches stratifiées, comme îles océaniques toutes celles qui n'ont pas d'animaux terrestres à sang chaud. « En fait, conclut-il, il n'y a pas de distinction rigoureuse entre les îles océaniques et les îles continentales. »

M. Kirchhoff déclare qu'il est impossible de juger de l'origine d'une île par les différences plus ou moins grandes que présente sa faune avec celle du continent voisin. Car une faune insulaire est dans des conditions de développement spéciales, surtout s'il y a des différences de climat avec le continent. Les considérations biologiques ne permettent pas de distinguer une ancienne île continentale d'une ancienne île originelle : « L'endémisme prouve seulement que l'isolement de l'île est très ancien. Les plantes et les animaux émigrés du continent y persistent, de même que dans un trésor l'effigie des monnaies se conserve. »

Enfin on a objecté à la méthode biologique les nombreux exemples de modifications très rapides dans les flores et les faunes insulaires; des faits semblables ont dû se produire dans le passé, qui échappent à tout contrôle. D'ailleurs l'uniformité qui tend à se répandre sur toute la surface de la terre rendra bientôt impossibles les classifications biologiques.

On ne saurait examiner en détail ces objections ; quelques-unes sont sans valeur, notamment la dernière, qui ne va à rien moins qu'à nier absolument la géographie botanique et zoologique. La plupart des changements constatés dans les flores et les faunes insulaires sont imputables à Yhomo Europceus ; or, il y a dans son mode d'expansion, dans la facilité actuelle des communications et des mélanges, quelque chose de tout à fait nouveau, auquel rien dans le passé n'est comparable. Il n'est d'ailleurs pas toujours impossible de déterminer les changements produits avant l'arrivée des Européens, dûs par exemple dans

les îles du Pacifique aux migrations polynésiennes, et ces changements sont d'ordinaire assez faibles. Si l'originalité des îles s'efface actuellement avec une grande rapidité, raison de plus pour se hâter de les étudier.

Wallace répond avec assez de raison * que plusieurs des critiques qu'on lui oppose sont des querelles de mots et de définitions. La classification n'a rien d'absolu et doit être entendue d'une manière large. Les objections sont plus spécieuses que justes; exactes au point de vue théorique, elles ont peu de portée pratique. Elles montrent seulement ce qu'il y a d'excessif dans les affirmations de Wallace, et les précautions qu'il faut prendre pour affirmer quelque chose en ce qui concerne l'âge et l'histoire d'une île. Que la faune d'une île ne prouve pas toujours si elle a ou non fait partie d'un continent, c'est ce dont il faut convenir ; mais elle donne de précieuses indications, qui, combinées avec celles que fournit la géologie, aident à reconstruire son passé. Il est évident que la richesse plus ou moins grande d'une île en espèces qui lui sont propres, de quelque manière d'ailleurs qu'on explique l'endémisme insulaire, aide à reconnaître son origine et l'époque de sa séparation. Ainsi le peu d'ancienneté de l'isolement des Iles-Britanniques nous est indiqué par la faible profondeur de la mer et l'identité géologique des deux rives de la Manche ; il nous est confirmé par l'identité complète des flores et des faunes des deux côtés du détroit. Les îles présentent, quant à la distribution des organismes, un intérêt trop considérable, pour qu'il soit possible de négliger ce moyen d'information.

« L'étude du monde organique des îles, dit Richthofen*, aide à comprendre l'histoire de la formation non seulement des îles mêmes, mais encore des continents voisins. La connaissance du développement des continents dans les époques géologiques antérieures en tire un puissant appui. »

On ne voit donc pas l'utilité d'opposer l'une à l'autre la méthode géologique et la méthode biologique comme l'a fait M. Hahn. Le rôle du géographe est précisément de les employer simultanément, de les concilier, de les vérifier l'une par l'autre 3. 11 faut des résultats précis et concordants pour permettre d'édifier des hypothèses sur l'origine des îles 4. Reconstruire les continents du passé sur des indices comme la présence ou l'absence d'une formation géologique, parfois même d'un

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