Levât, Ann. des Mines, 1892, p
3. De Launay, Statistique des gîtes métallifères, p. 41. Levât, Ann. des mines, 1892*
4. Pelatan, p. 53-54. Notices coloniales pour l'Exposition d'Anvers, t. II, p 152.
Vincent, Bourail et Gomen. Mais la question véritablement importante est celle de savoir si la houille est susceptible d'être exploitée en Calédonie.
On pensait déjà, lors de la prise de possession, que l'archipel renfermait des gisements de charbon !. Dès 1846, le P. Montrouzier avait signalé l'existence de plusieurs de ces gisements, et même, en 1852, le commandant de l'aviso le Prony avait pu extraire à la surface du sol, sur un des îlots de la baie de Boulari, un peu de combustible, qui avait brôlé dans ses chaudières d'une façon assez satisfaisante. Cependant, durant les dix premières années de l'occupation, aucune tentative ne fut faite pour tirer parti de ces ressources. C'est seulement en 1864 que M. J. Garnier lit exécuter quelques recherches préliminaires aux environs de Nouméa. Les résultats ne furent pas brillants, et M. Garnier en tira cette conclusion à la fois pessimiste et prématurée, qu'il fallait désormais renoncer à l'espoir de trouver en Calédonie de la houille exploitable2.
On ne pouvait cependant condamner une formation recouvrant plus de 1200KQ sur l'examen sommaire de quelques centaines d'hectares. En 1873, M. Heurteau reprit à nouveau la question, s'aperçut que les terrains charbonneux occupaient sur la côte occidentale une étendue beaucoup plus considérable qu'on ne le croyait, puis explora tout un système houiller autour du centre de Moindou. Aussi, sans pouvoir affirmer qu'il existât des bassins houillers exploitables, il put du moins déclarer que la Calédonie renfermait des gisements de charbon étendus.
Mais des mines de charbon ne peuvent être ouvertes et mises en exploitation avec les dépenses restreintes qui suffisent pour certaines mines de cobalt et de nickel, qui sont à fleur de terre. De gros capitaux étaient indispensables, et l'on sait que les colons français émigrent d'ordinaire précisément parce que les capitaux leur font défaut. La question tomba dans une nouvelle période de léthargie. En 1885 pourtant, l'administration locale, préoccupée de l'approvisionnement en combustible des navires de l'État, institua une Commission de recherche des gisements houillers. Des fouilles importantes, présidées par M. Pelatan, et dont M. Porte a rendu compte, furent exécutées; mais on n'aboutit pas encore.
C'est seulement à une époque plus récente que le problème du charbon paraît avoir été repris. L'initiative privée s'est emparée de la question, a fait les frais des recherches nécessaires, et est parvenue à
1. E. Heurteau, Rapport, p. 179-20C. A. M. Porte, Essai sur les recherches de houille m Nouvelle-Calédo>iie, Nouméa, 1887. Pelatan, Les mines de la Nouvelte-Caltfdonie, p. 57 à 84. Ce dernier indique tout ce qu'on peut savoir actuellement de cette question.
2. M. J. Garnier maintient d'ailleurs cette opinion. Y. Bull. Soc. Géogr. comm. , 1887, p. 471.
grouper des renseignements nombreux, au moins sur les deux grands bassins houillers de Nouméa et de Moindou. M. Pelatan a exposé très clairement et avec des coupes très démonstratives ce que Ton peut aujourd'hui savoir de ces deux bassins.
La superficie du bassin houiller de Nouméa1 peut être évaluée à 25 000 hectares. Nombre de couches de charbon intéressantes y ont déjà été découvertes; les faisceaux houillers les plus remarquables sont jusqu'à présent ceux qu'on a reconnus, l'un tout au sud du bassin, dans la concession « Bulli », l'autre vers le nord, sur la rive droite de la Dombéa, dans la concession « Conseil de guerre ». Ce dernier surtout semble devoir être d'une importance exceptionnelle, et mérite de fixer l'attention, tant par le nombre et la puissance utile des veines qui le constituent que par la régularité relative de la stratification. Les deux faisceaux du mont Dore et de la Dombéa sont aussi ceux qui ont eu le moins à souffrir des manifestations éruptives si fréquentes en certains endroits de la formation carbonifère calédonienne. Par contre, les veines de charbon qu'on rencontre un peu partout dans le massif des collines accidentées séparant la vallée de la Dombéa de la vallée de Boulari sont toutes plus ou moins bouleversées par des roches porphyriques ou mélaphyriques.
Plus grand que le bassin de Nouméa, dans le prolongement duquel il s'allonge vers le nord-ouest, le bassin houiller de Moindou* a une superficie d'environ 40000 hectares. Il est beaucoup moins connu, et on ne possède de données un peu sérieuses que sur un petit nombre de points situés à proximité des centres de colonisation. C'est surtout au nord du port de Téremba qu'ont été poussées les investigations ; elles ont donné des résultats intéressants. En cet endroit, la formation carbonifère s'appuie au sud et à l'ouest sur les terrains du Trias, et réunit les deux vallées de Moindou et de la Foa, en passant successivement par les centres agricoles de Moindou, de Fonwhary et de la Foa.
Les charbons de Calédonie 8 sont très variés à la fois comme aspect et comme composition; tantôt riches en matières volatiles, tantôt maigres ou anthraciteux. Ils sont le plus ordinairement friables, mais cela paraît tenir surtout à ce que, jusqu'à présent, on n'a guère pu se procurer que des échantillons provenant d'affleurements déjà altérés par les agents atmosphériques. En somme, les charbons calédoniens, ceux du moins qui proviennent des deux bassins de Nouméa et de Moindou, paraissent, tant par leur composition que par leurs propriétés physiques, avoir une réelle valeur. Cela résulte non seulement d'analyses de laboratoire, mais encore et surtout d'essais