‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 317 sur 393 · De Rochas, Nouvelle-Calédonie, p · texte numérisé non relu

De Rochas, Nouvelle-Calédonie, p

par les Européens, parfois même par les hommes quels qu'ils soient. Il est des contrées où la toute puissante Selva tue le blanc, tue le nègre, tue les cultures, et où l'excès des pluies produit le désert, au point de vue de l'humanité et de la civilisation, comme leur rareté l'engendre ailleurs.

Le sol de la Calédonie est partout plus ou moins argileux ; même dans la plus grande partie des régions sédimentaires de la côte ouest, les terrains calcaires font à peu près défaut1. Il est vrai que l'amendement n'est pas loin ; les indigènes l'avaient déjà pressenti, s'il est vrai, comme on l'a prétendu, qu'ils chaulaient leurs terres avec des coquilles. La chaux, obtenue en faisant cuire le corail, a certainement un rôle à jouer dans l'agriculture *. Les fumiers, les engrais divers, peuvent aussi donner beaucoup plus de profit en Calédonie que dans les climats tropicaux très pluvieux 3, et remédier à l'épuisement très rapide des sols vierges *. Mais la plus grande partie des terrains serpentineux ne produira jamais autre chose que du nickel, du chrome et du fer. Cela est vrai surtout de ces amas de fer du Sud, aussi rouges qu'un brasier, qui s'échauffent sous les rayons du soleil comme une plaque de métal 5 et sont hostiles à toute culture. Une bonne partie des terrains primitifs du nord de l'île demeurera toujours également d'une fertilité plus que douteuse. Boisées ou dénudées, les régions hautes de l'île sont aussi interdites à la culture ; il serait extrêmement dangereux de priver les sommets de leur chevelure forestière : on déchaînerait sur l'île des désastres incalculables; on modifierait d'une manière désavantageuse le régime déjà si irrégulier des pluies, on aggraverait surtout les inondations et la stérilité. On a souvent accusé le déboisement de méfaits dont il n'est nullement responsable ; mais il est certain que nul pays au monde n'a autant besoin que la Calédonie de conserver sa parure de forêts : en la lui enlevant, on créerait le désert. Bien loin de déboiser, il faut reboiser partout où on le peut.

Seuls les flancs des coteaux, les mamelons les moins escarpés se prêtent à la mise en valeur 6. Encore les terres réellement fertiles ne se

1 . Composition des sols schisteux de la côte occidentale (Koé, Fonwhari, Bourail) d'après Journ. Soc. Statist., 1889, t. XXX, p. 360 :

Argile 56,7

Sable 34,3

Chaux et magnésie 1,0

Matières organiques 8,0

2. Jeanneney, La Nouvelle-Calédonie agricole, Paris, 1894, p. 311.

3. Jeanneney, ouvr. cité, p. 149. Sagot et Raoul, Manuel des cultures tropicales

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