Notices iUustrées,Nouvelle-Calédonie. p
rencontrent-elles que dams les riches alluvions qui occupent le fond des vallées, c'est-à-dire sur une surface bien réduite par rapport à celle de la grande île. Les terres cultivables sont souvent des parcelles, des bandes longues et étroites, séparées les unes des autres par des montagnes abruptes ou des coteaux arides; et ces vastes étendues,, stériles en elles-mêmes, nuisent aussi aux communications de ces parcelles les unes avec les autres.
Les principaux traits du climat, tels qu'on lésa définis, présentent pour l'agriculture des dangers sur lesquels il n'est pas nécessaire d'insister. Les alternatives d'années et de périodes de pluies persistantes et de sécheresses prolongées, les unes et les autres irrégulières et inattendues, découragent bien souvent les agriculteurs. C'est dans un pays subtropical qu'est né l'apologue des sept vaches grasses et des sept vaches maigres. Les vallées calédoniennes sont fréquemment inondées ; beaucoup de plaines sont insuffisamment colmatées ; souvent la rivière se déplace à leur surface, et, dans les crues, établit son courant principal alternativement au pied de l'un ou l'autre des coteaux qui l'encaissent. Pour la Nouvelle-Calédonie comme pour laCalifornie, comme pour les pays méditerranéens, comme pour la partie cultivable de l'Australie, la question de l'aménagement des eaux courantes et de l'irrigation est la question capitale. Ces eaux qui descendent à la mer en ruinant tout sur leur passage, il faut les retenir et les emmagasiner pour la saison sèche. Un des premiers travaux que l'on conseille aux colons arrivants est de « ralentir l'écoulement des eaux par des trous et des rigoles 1. » Enfin l'irrigation a entre autres avantages, comme on sait, celui de retenir l'humus et les matières fertilisantes '. Les admirables travaux d'irrigation qu'avaient faits les Canaques doivent donc servir d'exemple à ceux qui leur ont succédé. Quant aux autres accidents, violence des vents, bourrasques, cyclones, invasions de sauterelles 3, il y aura lieu d'en tenir compte pour le choix et l'aménagement des cultures ; mais c'est aux inconvénients permanents qui résultent de la surabondance et de l'insuffisance successives des pluies qu'il faut chercher à remédier, beaucoup plus qu'à ces accidents imprévus et moins fréquents.
« La Nouvelle-Calédonie, disait Balansa, commence à être assez connue pour qu'on puisse en dresser une carte agronomique. Nul travail ne serait plus utile. Les terrains, au point de vue de leur fertilité, une fois classés, on verrait peut-être quel est le système de colonisation le mieux
1. Jeanneney, La Nouvelle-Calédonie agricole, p. 155-156 et p. 227. « On ne saurait trop le répéter, Teau en Calédonie est précieuse . Il ne faut pas la laisser perdre. »
2. La brochure de M. Hilgard, Ueber den Einfluss des K limas au f die Bildung und Zuwmmenselzung des Bodens, Heidelberg, 1893, est en grande partie consacrée à étudier ce point. V. aussi Sagot, Manuel des cultures tropicales, p. 20.
:». Gallet, Notice, p. 19. Bull. Soc. Géogr., 1872, p. 234. Ann. Soc. entomol., 1859, p. 145.
approprié au pays. » Cette carte n'a pas été dressée, et les documente font défaut pour le faire. D'ailleurs le sol de la Calédonieest si morcelé, les variations à courte distance sont si fréquentes, qu'une cartes môme à grande échelle, n'en rendrait pas compte. Souvent un terrain en majeure partie stérile, comme la grande formation serpentineuse du Sud, est coupé de petits bouquets de bois ou même de véritables forêts exploitables. Souvent un coin de terre fertile, le long d'un ruisseau ou près d'une source, s'intercale entre les cônes stériles de serpentine. Une statistique rend mieux compte de la proportion relative des terres utilisables pour la culture.
On peut classer les terres de Nouvelle-Calédonie en six catégories * : 1° Un peu plus de la moitié de la surface (environ un million d'hectares) se compose de terrains improductifs, mais dont une partie cependant pourrait peut-être se reboiser. 2° 120 000 hectares à peu près se composent de forêts exploitables. 3° 400000 hectares pourraient convenir aux pâturages. 4° 100 000 hectares de terrains sédimentaires de qualité inférieure pourraient être utilisés pour les cultures les plus rustiques (manioc, haricots, céréales). 5° Près de 250 000 hectares pourraient, en outre des terrains de la catégorie précédente, servir surtout à des plantations arbustives (oliviers, vigne (?) caféiers, arbres à fruits, mûriers, etc.). 6° Enfin 45000 hectares de terres d'aliuvions sont aptes à recevoir la charrue et peuvent produire toutes les plantes dont la culture est possible dans l'île. La colonie, on le voit, se trouve placée dans des conditions très particulières, et l'absence de fertilité naturelle explique l'échec de beaucoup des expériences qui y ont été tentées.
Les forêts semblent destinées à devenir une des richesses de la Calédonie. Avant la prise de possession, l'attention avait déjà été attirée sur les productions forestières par les botanistes des premières explorations, Forster et Labillardière *. Les récits des missionnaires et les rapports des marins fournissaient aussi des indications : le commerce du bois de sandal était, avec celui de la « biche de mer », la cause de la visite des caboteurs anglais à la grande île ou à. ses dépendances. En 1854, le rapport deTardy de Montravel exagérait même les ressources forestières du
1. Notices illustrées sur les colonies françaises, La Nouvelle-Calédonie, p. 79 (ces renseignements ont été fournis par M. Raoul). Cf. la statistique de M. de Lanessan, L'expansion coloniale, p. 660 le classement de M. Jeanneney, Nouvelle-Calédonie agricole, p. 134, la Notice géographique sur les 4* et 5e arrondissements, V Annuaire de la Nouvelle-Calédonie pour 1893, p. 284.
2. Cook, Voyage, t. V, p. 57-61. Sébert, Notice sur les bois de la Nouvelle-Calédonie, Paris, s. d., (1874), p. G.
nord de l'île. Cependant en 1866, les services de la colonie s'approvisionnaient encore de bois, payé des prix exorbitants, en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis1.
Il fallut les efforts persévérants de M. Sébert, alors directeur de l'ar* tillerie, pour obtenir, en 1857, la permission d'exploiter les forêts du Prony. Ces forêts sont encore à l'heure actuelle les seules dont on ait cherché à tirer parti, et les résultats ont d'ailleurs été médiocres s. Les autres n'ont même pas été reconnues, le service forestier n'existant pas dans la colonie ; distinguer la vraie forêt de ce qui est brousse ou savane serait pourtant indispensable.
Il est de toute évidence que la Calédonie est mieux partagée, à ce point de vue, que les îles polynésiennes a. La baie du Prony n'avait été choisie qu'à cause du voisinage de Nouméa *. C'est dans les hautes montagnes du nord de l'île qu'il faut chercher les plus belles forêts5; elles occupent surtout les terrains primitifs, notamment la chaîne du Panié et la rive droite du Diahot 6. Du massif du Panié jusqu'au delà du mont Ignambi, sur plus de 30 kilomètres, toute la chaîne est couronnée d'épaisses forêts 7. Le 5e et le 4e arrondissement ont leurs massifs montagneux bien boisés « quand les pentes sont assez faibles pour retarder l'écoulement des eaux et empêcher l'entraînement des terres*. » Au sud d'une ligne reliant Houaïlou à Bourail, les fprêts sont beaucoup plus rares. Le groupe des Loyalty, surtout Lifou, est bien boisé, malgré l'absence presque complète de terre végétale 9.
Le climat ne s'oppose pas à la mise en valeur des forêts calédoniennes comme à celle de tant de forêts vierges de la zone tropicale. Le voisinage de la mer, les chutes d'eau si nombreuses qui fournissent la force motrice, sont des conditions favorables. Quelle est la valeur des essences forestières de Calédonie? M. Sébert, M. Jeanneney, d'autres encore, ont fourni un certain nombre de renseignements à cet égard 10. Il faudrait un volume pour dresser la liste complète des bois calédoniens et des divers usages auxquels on les a trouvés ou crus propres, des produits divers qu'on peut en extraire.
Forestières ou non, quantité d'espèces végétales de Nouvelle-Calé-
1. Il en est toujours ainsi, d'après M. A. Legrand, Nouvelle-Calédonie, p. 181-182.