De Kochas, Xouvelle-Calédonie, p
3. Haho, Ueber der Wirtschaftsformen der Erie, Peterm. Mitteil., 1892, p. 8.
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mode de culture : le bœuf, la charrue, le blé, rien de mieux. Mais la chose est rarement possible dans les pays tropicaux. En ce cas, on ne voit pas pourquoi l'Européen, qui s'étonne que le sauvage ne modifie pas son genre de vie et son alimentation, se montrerait lui-même incapable d'adopter d'autres substances alimentaires que le blé, notamment les ignames, le manioc, le mats, les bananes, dont se nourrissent les Brésiliens1.
Quant aux cultures dites industrielles, aux plantations, aux denrées coloniales, il faut créer pour l'exportation des produits d'une valeur assez élevée par unité de poids et de volume, pour compenser le surcroît de frais résultant de la distance et de l'isolement *. Il faut éviter de se consacrer exclusivement à une seule culture, comme on l'a fait à la Réunion pour le sucre, comme on le fait actuellement au Brésil pour le café, en Algérie même pour la vigne. Il faut enfin, pendant quelques années du moins et jusqu'à ce que certaines colonies françaises d'Afrique soient mises en valeur, porter son attention sur le café 3, qui convient mieux au climat de l'île que la canne à sucre, d'ailleurs en décadence presque partout, et qui présente en outre sur cette dernière culture des avantages sociaux très remarquables 4.
« Le sol de la Nouvelle-Calédonie, dit sagement M. Jeanneney 5T n'est pas d'une remarquable fertilité. On n'en tire de bonnes récoltes qu'avec beaucoup de labeurs. Le colon cultivateur ne doit pas compter sur une fortune rapide, mais sur une aisance qu'il acquerra par le travail. » Si l'on essaie de résumer les conditions naturelles que l'agriculture y rencontre, on voit qu'elle doit être essentiellement un pays de petite culture, un pays de petits paysans propriétaires 6. Sa conformation même et ses bassins multiples en ont décidé ainsi. On n'y trouve qu'exceptionnellement de grandes étendues de terres cultivables, réclamant des capitaux importants, mais on y voit de nombreux terrains de superficie mo-
1. Reclus, Géographie universelle, t. XIX, p. 454. î. Journ. Soc. stalisL, 1889, t. XXX., p. 360.
3. « C'est, dit Jeanneney, la seule culture qui permette d'espérer un produit d'exportation rémunérateur. » {Nouvelle-Calédonie agricole, p. 218). On peut aussi espérer profiter pendant quelques années de l'espèce de guerre de sécession qui sévit au Brésil.
4. C'est ce qu'a très bien dit M. de Varigny («. D. M.t \*r janvier 189 i, p. 173) : « La canne à sucre exige de grands capitaux, de grands espaces, d'importantes constructions et des machines dispendieuses ; le café se contente d'une superficie restreinte, proportionnelle aux ressources de celui qui l'entreprend ; il se combine avec la production des fruits et des liqueurs, et la récolte, répartie sur une saison plus longue, ne réclame pas le labeur excessif et l'accroissement de main-d'œuvre qui sont nécessaires pendant la courte période où l'on roule la canne. La culture du café peut être entreprise par les blancs sans le concours des nègres. »
5. Journal officiel, 5 janvier 1891. La Nouvelle-Calédonie agricole, p. 133.
6. Notices illustrées, La Nouvelle-Calédonie, p. 8n. Moriceau, Bull, Soc. Géogr. comm., 1889, p. 4()6. Amouroux et Place, L'administration et les maristes, p. 133. Jeanneney, Nouvelle-Calédonie agricole, p. 142 et 189.
deste, pouvant recevoir une grande quantité de familles, abritées dans les petites vallées. On a donc fait absolument fausse route en développant l'élevage outre mesure. « On parle toujours des exploitations agricoles de l'Australie, où d'immenses steppes permettent la grande culture et l'élevage. Mais il ne faut pas oublier que la Calédonie, morcelée à l'infini, appelle le colon laborieux et non l'entrepreneur de culture. » Le bétail ne devait venir que comme appoint, pour les parties de l'île où le pacage seul est possible. On aurait ainsi évité d'avoir, en outre des crises du nickel, les crises de l'élevage.
Quel est donc l'avenir de la Calédonie? « Peut-être, dit Balansa1, l'avenir réservé à certains peuples qui ne sont devenus grands que par eux-mêmes, qui n'ont habité qu'un pays souvent ingrat, qui, par leurs institutions, ont fini par étendre au loin leur influence. Ne jugeons pas de l'importance d'une colonie par le nombre de balles de café ou de sucre qu'elle peut produire. On peut devenir prospère par d'autres voies. Par sa position, par son climat, par son incomparable salubrité, par plusieurs de ses vallées d'une fertilité remarquable, la Calédonie est destinée certainement à jouer un grand rôle dans le Pacifique. Qu'on favorise la petite culture ; qu'en émiettant intelligemment le sol, on y attire une race énergique, intelligente, laborieuse : on aura assez fait pour l'avenir du pays, pour la grandeur de la France si fortement attachée à sa prospérité coloniale. »