CHAPITRE VIII
Si Ton passe en revue les statistiques commerciales qui concernent la Nouvelle-Calédonie et qu'on essaie d'analyser ces chiffres, deux points de vue sont à considérer : 1° l'importance totale de ce commerce; 2° la part qu'y prend la métropole et le bénéfice qu'elle en retire. La figure ci-jointe montre, pour la période 1862-1892, année par année, le chiffre des importations totales, des exportations totales, des importations de France et des exportations pour la France.
On voit que le commerce a été pendant longtemps faible, et qu'il s'est accru avec lenteur, lesimportations l'emportant de beaucoup sur les exportations. Les statistiques montrent surtout des inégalités, des à-coup, correspondant à des arrêts de la production minière ou d'une culture : pas de progression continue, comme il serait désirable. De plus, tel article qui avait eu un instant une grande importance et contribué pour une forte part au mouvement commercial, disparaît tout à coup. C'est l'écho des échecs et de l'incohérence qu'on a constatés dans l'exploitation économique, qu'il s'agisse des mines, de la canne, du bétail, ou de tout autre produit. Le marché local est si limité, pour l'achat comme pour la vente, qu'il n'y a pas de prix, ou plutôt pas de sécurité dans les prix '. Si l'on met à part le nickel, la colonie a peu de produits marchands et livrables; quand on énumère complaisamment ses richesses, on oublie parfois d'ajouter que la plupart ji 'existent encore qu'à l'état latent, et que telle production agricole n'est obtenue que par un seul colon sans rival et sans élèves.
Tous ces phénomènes économiques, indiquant que la Calédonie n'est pas mise en valeur comme elle devrait l'être, s'atténuent beaucoup dans ces dernières années et tendent même à disparaître. Entre 1887 et 1892, le commerce d'importation a passé de 8 millions à 14 millions de francs, le commerce d'exportation de 2 millions et demi à 7 millions et demi.