‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 337 sur 393 · Monit. offic. du comm., 1890, t. XV, p · texte numérisé non relu

Monit. offic. du comm., 1890, t. XV, p

8. « L'art de coloniser, a-t-on dit, consiste pour une nation à mettre à la portée des colons la libre disposition des forces naturelles, dont les principales sont le sol, les eaux, les forêts, les mines. »> Des travaux préparatoires sont indispensables; M. Leroy-Beaulieu les ramène à trois : viabilité, arpentage, délimitation des lots de terrain {Colonisât, chez les peuples modernes, 3e édition, p. 684 et suiv.). « Les peuples les plus experts dans l'art de coloniser n'ont garde, comme font les Français, de dépenser leur argent en créations de villages et de villes ; ils décrètent des chemins, et le long de ces axes, servant d'artères vitales, les centres s'agglomèrent spontanément. » (Jules Duval, Les colonies et la politique coloniale, p. 458.)

Europe aussi bien qu'en Australie. Divers expédients ont été imaginés et essayés pour y remédier 4. Si on laisse de côté la main-d'œuvre pénale, on voit que ces expédients, employés successivement ou simultanément, consistent dans l'emploi de la main-d'œuvre : 1° des indigènes Calédoniens; 2° des indigènes Néo-Hébridais ; 3° des Indo-Chinois; 4° des Chinois.

On a essayé, sans grand succès, d'employer les Canaques de la Grande- Terre pour la culture ; ils aiment mieux cultiver pour leur compte le maïs, le manioc ou le taro, et jouer d'une sorte de flûte qui encourage, disent-ils, les plantes à germer et les fruits à mûrir, que de peiner dans les grandes plantations des blancs 2. Ils ne travaillent que par boutades, détestent le travail régulier et sédentaire, s'éloignent sitôt les premiers besoins assurés8. Peut-être quelques-uns pourront-ils être associés à la culture du café, qui convient assez bien à leur genre de vie, mais en somme il ne faut guère compter sur eux. Les indigènes des Loyalty, plus constants, plus actifs, plus intelligents, consentent à être domestiques ou matelots 4 ; mais il faut chercher ailleurs pour la culture et les mines. On a eu recours aux Mélanésiens des Hébrides B; les Anglais ont donné l'exemple, tirant de cet archipel et des Salomon la plus grande partie de leurs travailleurs du Queensland et des Fidji. En Nouvelle- Calédonie, l'immigration des Néo-Hébridais, suspendue en 4882, reprise en 1883, interdite de nouveau en 1885, a été finalement rétablie en 1889. Français et Anglais se renvoient réciproquement le reproche de faire, sous couleur d'introduction de travailleurs, une traite déguisée. Peutêtre ce reproche n'est-il pas absolument immérité, ni pour les uns, ni pour les autres. Si l'on va au fond des choses, on est en présence d'une variété de l'esclavage. 11 est inutile d'insister sur les inconvénients inévitables de ce trafic, bien que la sensiblerie exagérée des uns, l'hypocrisie intéressée des autres les aient peut-être grossis. Actuellement on a institué une surveillance officielle qui paraît de nature à faire cesser quelques-uns des abus. L'introduction de travailleurs 6 se fait sur des navires déterminés, à des prix déterminés, avec un médecin de la marine commissaire du gouvernement à bord. Les colons français ne peuvent se priver entièrement de cette ressource, alors que leurs rivaux

J. Jeanneney, Nouvelle-Calédonie agricole, p. 140-141. ?. E. Reclus, t. XIV, p. 701.

Page 1