Bull. Soc. Géogr. comm., 1887, p
5. V. le texte de la convention dans. Notices illustr., Nouvelles-Hébrides, p. 17.
6. Lanjus, in Pelerm. Mitteil., 1893, p. 144. Journ. Débats, 28 nov. 1893.
Pour juger sainement la colonisation française dans l'archipel Canaque, il faut d'abord se garder de surfaire la valeur de la colonie. Les réclames exagérées ont le double inconvénient de préparer une déception aux colons, et de prêter aux critiques des étrangers. On doit s'efforcer d'éviter cet écueil. Lorsqu'on va répétant avec le comte de Beauvoir * que « la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Galles du Sud semblent placées face à face pour faire ressortir davantage, d'une part l'état d'enfance où est la première, de l'autre le magnifique développement de prospérité qu'a atteint la seconde », lorsque Meinicke * constate que « la Nouvelle-Calédonie est incroyablement en arrière par rapport à la Nouvelle-Zélande », c'est comparer des colonies qui ne sont pas comparables et oublier la différence des conditions géographiques. C est ainsi sans doute que, dans quelque cinquante ans, on nous reprochera de tirer moins bon parti du Sahara que les Anglais des rives de la Bénoué. Aux Fidji, le peuplement n'a marché ni bien vite, ni bien régulièrement 3. La Nouvelle-Calédonie est surtout riche en mines, qu'il fallait un certain temps pour connaître. La nature et le relief du sol ne laissent que des espaces limités à l'agriculture, et il faut se garder de parler, comme certains enthousiastes, de son « étonnante fertilité ». Enfin elle a souffert de son grand isolement géographique, que pouvait seul faire cesser peu à peu le développement des communications intérieures et extérieures.
M. J. Garnier avait estimé à un million le nombre d'habitants que pourrait et devrait nourrir l'archipel Canaque, et M. A. Legrand * arrive au môme chiffre. S'il s'agit de la seule population agricole, ce chiffre paraît exagéré ; quant au nombre d'habitants nécessaire à la Calédonie si elle devenait un pays industriel et manufacturier, ou même par suite du développement des mines, nul ne peut le calculer. Même en réduisant l'évaluation de M. Legrand, il est certain que la Calédonie, avec ses 6 000 à 7 000 colons libres, est actuellement pour ainsi dire inhabitée. « Comme toutes les régions où la population blanche peut vivre et se reproduire, elle est tôt ou tard destinée à être peuplée et peuplée outre mesure... Il faut donc nous efforcer de précipiter le mouvement d'immigration, pour nous attacher de plus en plus à notre possession par des liens nombreux et solides. Cherchons par tous les moyens à attirer dans la colonie des industriels et des ouvriers, des agriculteurs et des commerçants. »
Est-il impossible d'y parvenir? Quelques écrivains le prétendent. « L'impuissance des Français à coloniser, lit- on dans le Voyage de la
1. De Beauvoir, Voyage autour du monde, Australie, 1868 (épigraphe de l'ouvrage de M. A. Legrand).