LA COLONISATION PÉNALE
La prise de possession de la Nouvelle-Calédonie avait eu pour but et pour objectif de fournir un territoire propre à un essai de colonisation pénale. Cette colonie a été, est encore essentiellement un bagne, et la question de la colonisation pénale est évidemment pour elle la question capitale : de la manière dont elle sera résolue dépend tout le reste. Il convient donc de retracer en détail l'essai de colonisation pénitentiaire dont la Calédonie a été le théâtre, d'indiquer les diverses phases par lesquelles elle a passé et les résultats finalement obtenus. Cette question en sous-entend une autre d'un intérêt plus général encore, celle de savoir si la main-d'œuvre pénitentiaire peut être utilisée pour les colonies françaises, et de quelle manière elle peut l'être.
Des trois grandes catégories de « colons forcés » qu'on a débarqués en Nouvelle-Calédonie, déportés politiques, relégués-récidivistes, transportés, il convient tout d'abord d'examiner à part les deux premières, dont le rôle et la manière d'être sont, on le comprend, très différents de ceux des véritables forçats.
La loi du 23 mars 1872 l déclarait que les condamnés de la Commune subiraient leur peine dans l'archipel Calédonien. On avait d'abord pensé aux Saintes pour la déportation en enceinte fortifiée, mais on fit remarquer qu'il valait mieux réunir les deux genres de déportation dans la même colonie, que la Calédonie était déjà un établissement pénitentiaire, qu'enfin le climat des Saintes était réputé pernicieux *. On choisit l'île des Pins pour la déportation simple, la presqu'île Ducos pour la déportation dans une enceinte fortifiée. À partir du 29 septembre 1872, date d'arrivée du premier convoi, 3900 déportés politiques
1. Gabriel Marcel, Journal des Économistes, 1875, p. 109. M. A. Legrand, Nouvelle- Calédonie, p. 20.