‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 351 sur 393 · Notice sur la déportation, Paris, 1874, p · texte numérisé non relu

Notice sur la déportation, Paris, 1874, p

furent débarqués en Nouvelle-Calédonie â. « L'extension donnée récemment à la déportation des communistes, écrivait un observateur anglais*, pourrait très bien constituer le germe d'une colonisation vigoureuse. Quoi qu'on pense de leurs vues politiques et sociales, ils représentent l'habileté mécanique et industrielle de leur patrie. Mais peut-être seront-ils rappelés par suite des vicissitudes de la politique; ils attendent le signal du retour dans la capitale, et on ne peut savoir quel avantage la Calédonie retirera de ces exilés. »

Les déportés politiques considérèrent toujours leur séjour comme provisoire, et leur présence ne profita guère à la colonisation. « Les précédents de 1848 et de 1852, la déportation actuelle, l'ont prouvé et le prouvent 3 : les émigrants de toute provenance, les soldats, les condamnés peuvent à la rigueur faire des colons ; seul le déporté politique est inapte à le devenir. C'est que celui-là seul est un colon sérieux qui a quitté sa patrie avec la ferme résolution de n'y plus revenir..., la moindre apparence de réussite l'attache pour toujours à sa nouvelle patrie. Le déporté politique au contraire, du jour de son arrivée dans la colonie jusqu'à l'heure du rappel, jusqu'à son lit de mort s'il vient à succomber, n'a qu'une préoccupation, qu'une idée fixe, le retour. Vivrait-il cent ans sur la terre d'exil, le dernier soir comme le premier il ne manquerait jamais de se dire en se couchant : « Ce sera pour demain ». Quand vous lui parlerez d'établissement définitif, de maison à bâtir, de champ à ensemencer, il vous répondra qu'il serait bien fou de s'établir, quand le vaisseau qui doit venir le chercher est peut-être déjà en route. »

On peut d'ailleurs entendre sur ce point les impressions des déportés eux-mêmes, dont quelques-uns étaient lettrés : « Je ne suis pas bien convaincu, écrivait l'un d'eux 4, qu'on espère grand'chose de la déportation au point de vue colonial. Si cela était, on se tromperait ; on ne fera rien ici et il n'y a rien à faire. » Suivait un tableau, tracé d'une plume fort aiguisée, de l'impuissance et du dénuement de la colonie, « une pauvre lande à dix jours de Sydney, avec lequel elle n'a de rapports qu'une fois par mois, en payant 40000 francs par an pour le transport de 12 paquets de dépêches. La colonie est « sans passé, sans présent et sans avenir; » Nouméa est « une bourgade construite en caisses d'emballage. » Tout le fcommerce de la presqu'île Ducos « est représenté par deux mercantis qui vendent horriblement cher des vins frelatés, des conserves alimentaires qui ont fait plusieurs fois le tour du monde, et des légumes secs comme des balais. »

1. Et non 4500, chiffre donné par E. Reclus. V. les Notices sur la déportation. 3344 déportés étaient arrivés dès la fin de 1873, les autres arrivèrent entre 1874 et 1877.

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