Mimande, art. cité, p
4. Notice sur la relégation, p. 13 et 35. Cf. Bull. Soc. génér. des prisons, 1889, p. 411 ; 1800, p. 690. Nicomède, La relégation à Vile des Pins (Rochefort, 1889).
mer qu'il n'existe pas au départ de France plus de 5 p. 100 d'ouvriers pouvant être sérieusement utilisés au moment de leur arrivée dans nos colonies pénitentiaires. » Sauf de rares exceptions, le récidiviste n'a appris, dans les prisons où il a passé une grande partie de son existence, que des métiers tout à fait inutilisables aux colonies : trier des chiffons, casser des noix, découper des boutons, confectionner des chaussons.
Au dépôt de l'île des Pins, on ne rencontre pas les visages effrontés, insolents et gouailleurs qu'on s'attendrait à y voir : « Ce qui grouille, c'est le vieux gibier de prison, sale, morne, l'air piteux '. Quand on parcourt les ateliers de l'île des Pins, après avoir vu en détail ceux de l'île Nou, on s'aperçoit bien vite qu'on a affaire à deux espèces de criminels qui n'ont rien de commun. » On peut dire que le forçat et le récidiviste sont arrivés presque au même point en suivant des chemins fort différents : l'homme de la cour d'assises arrive au bagne avec toute sa force, toute son énergie, tout son caractère, dans lequel le pire n'est pas sans parfois un alliage de bon, tandis que l'homme de la correctionnelle n'a plus depuis longtemps ni ressort ni courage.
La relégation pullule de déclassés de toutes espèces : « Dans le bureau d'un magasinier très peu ferré sur l'orthographe, j'ai vu, raconte M. Mimande ', un docteur ès-lettres de la Faculté de Paris : ses yeux boursouflés et son nez rouge expliquaient tout. On me dit que son casier judiciaire était chargé de plus de trente condamnations pour vagabondage et mendicité. A peine débarqué, il s'empressa d'envoyer une pièce de vers laudative à un haut fonctionnaire de la colonie, qui, charmé d'être célébré dans la langue des dieux par un docteur, répondit en lui obtenant un emploi chez un des principaux commerçants de Nouméa. Le premier jour, le docteur se grisa abominablement et fit de même les jours suivants, si bien qu'on le remit à la disposition du haut fonctionnaire. Ce dernier voulait renouveler l'expérience, mais le docteur luimême l'en détourna : « Je suis incapable, dit-il, de me conduire dans la vie, et je demande à retourner dans le bureau du magasinier : il ne sait pas bien sa langue, mais il m'empêche de me griser et d'aller en prison. »
En somme, on s'est borné à vider les prisons et les dépôts de mendicité sans se préoccuper de savoir ce que les colonies pourraient faire de ces éléments. Si l'on n'en a rien tiré, la faute n'en est pas au choix de la Nouvelle-Calédonie. La loi sur la relégation est une expérience qui n'a pas réussi, un édifice à démolir. Le nombre des relégués diminue d'ailleurs beaucoup, par suite de la répugnance des tribunaux à prononcer cette peine3.