‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 358 sur 393 · CC · texte numérisé non relu

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NOMBRE DES TRANSPORTÉS (LIBÉRÉS COMPRIS), ET NOMBRE DBS LIBÉRÉS ASTREINTS A LA RÉSIDENCE PRÉSENTS EN NOUVELLE-CALÉDONIE.

ment et dirige les autres sur la Guyane (dans la proportion de 75 p. 100 en 1890-91). On peut estimer que, depuis le début, environ 18 000 forçats ont été transportés en Calédonie; la figure ci-jointe montre, année par année, le nombre de transportés et de libérés présents dans cette colonie.

Par la création delà transportation, « c'était une réforme pénale que

Ton voulait réaliser, une colonisation à l'instar de celle qu'avait fondée l'Angleterre ; une sorte d'évolution du droit criminel où l'on espérait trouver le double avantage de donner à la sécurité publique des garanties plus sérieuses, et de rendre la répression plus humaine; de la moraliser en l'utilisant au profit de la colonisation française. » La transportation, ajoutait-on, est une transformation plutôt qu'une modification de la peine des travaux forcés. La chaîne, l'accouplement, le costume, qui étaient, pour ainsi dire, les insignes de l'infamie, disparaissent du régime habituel et ne restent que comme moyens d'intimidation et de discipline. Si le pouvoir de contenir et de punir la révolte n'est pas affaibli, à côté de lui vient prendre place un pouvoir nouveau, celui d'arracher au mal, de retirer de l'abîme les hommes de bonne volonté.

La société métropolitaine purgée d'éléments dangereux et menaçants, le repentir du coupable encouragé et récompensé, tels sont les effetsqui dans un avenir plus ou moins prochain devaient sortir de la transportation. La loi de 1854 se proposait donc un triple but: 1° éloigner de la métropole un élément dangereux ; 2° faciliter aux condamnés qui vaudraient se réhabiliter les moyens de se créer une nouvelle existence ; 3° faire progresser la colonisation de nos possessions d'outre-mer, eu préparant le terrain à la venue ultérieure d'une nombreuse population libre. Il faut examiner si ce dernier but, le seul dont on ait à s'occuper ici, a été atteint en Nouvelle-Calédonie, et comment la main-d'œuvre pénale y a été utilisée *.

L'administration pénitentiaire a fait connaître les résultats des expériences auxquelles elle s'est livrée, dans des notices officielles, publiées d'abord tous les deux ou trois, puis tous les ans 2. Ces documents officiels, malgré une clarté apparente, sont parfois confus et il est bien difficile d'en dégager nettement les résultats ; ils visent à établir les qualités du système de colonisation pénale : si on les examine de près, ils en sont la plus sévère condamnation. Les essais les plus divers, les plus opposés, ont été tentés successivement ou concurremment. Depuis le phalanstère de Yaté jusqu'aux « garçons de famille », en passant par les forçats-musiciens, les systèmes les plus étranges ont été pratiqués.

La Calédonie, au début, accueillit très volontiers les transportés. Elle

1. « Dans la- transportation pénale, dit très bien M. Leveillé, ce n'est pas le côté métropolitain, si intéressant qu'il soit, c'est le côté colonial du problème qui doit fixer l'attention, car c'est là que réside la vraie difficulté de l'œuvre. » (Leveillé, Ia Guyane et la question pénitentiaire coloniale, p. 12).

2. il a été publié, par les soins du ministère de la Marine, 11 volumes de Notices sur la transportation à la Guyane française et en Nouvelle-Calédonie, qui correspondent aux années 1865 à 1885 (Paris, Impr. nat., 1867 à 1889). A partir de 1889, on a interrompu cette publication, qui doit être reprise prochainement. V. aussi le résumé donné dans Notices pour l Exposition d'Anvers, t. Il, p. 190 et suiv.

voyait dans cette armée de travailleurs forcés * un outil gigantesque dont la métropole la gratifiait, pour lui permettre de mettre en œuvre ses forces vives, de se donner des routes, des travaux publics de toutes sortes. Le gouverneur Guillain promettait sa bienveillance auxtranspor tés de bonne conduite, l'administration pénitentiaire se montrait l'auxiliaire de la colonisation libre, et pendant cinq ou six ans, le bagne rendit de très réels services ; mais peu à peu, l'administration, dont le personnel augmentait sans cesse, acquérait partout des terres, installait à travers toute l'île des chantiers, des ateliers de fabrication et de réparation, des pénitenciers agricoles.

Véritablement indépendante de l'administration locale, la « Pénitentiaire » a pris pied partout dans la colonie et Ta envahie tout entière. Du but primitif, surtout pendant certaines périodes, il n'a plus guère été question : préparer la venue des colons libres, aider les colons libres, employer les forçats aux travaux les plus pénibles de la colonisation, c'est un programme dont on ne s'est plus souvenu, entraîné dans des expériences coûteuses, et le plus souvent, on le verra, infructueuses. Développer outre mesure les rouages administratifs pour employer le forçat à faire mouvoir ces rouages en quelque sorte à vide ; multiplier les bâtisses administratives, et employer le forçat à les construire ou à les réparer, tel a été trop souvent le système pratiqué en Calédonie. Enfin, dans une période récente, depuis 1887 environ, on a renoncé à pratiquer plus longtemps cette méthode, on a liquidé fermes et usines, et on s'est efforcé d'obtenir du travail du forçat tout ce qu'il peut produire.

Les mêmes points de la Nouvelle-Calédonie ont contenu tour à tour ou simultanément toutes les catégories de transportés et d'établissements pénitentiaires. Il n'est pas un centre pénitentiaire qui ne compte à la fois des forçats proprement dits et des concessionnaires ; il n'y a pas des localité^ exclusivement occupées par les concessionnaires, d'autres par les libérés; aussi est-ce à grand peine qu'on parvient à distinguer, dans les Notices, ce qui concerne les uns et les autres. Là est la faute la plus grave de l'administration.

On passera successivement en revue les pénitenciers-dépôts, camps, chantiers, fermes pénitentiaires, etc ; à ce système d'emploi de la maind'œuvre par l'administration elle-même et presque toujours à son seul profit, on opposera le système de la mise à la disposition des services coloniaux ou des colons. Puis on examinera la situation des concessionnaires et celle des libérés *.

2. Notices pour l'Exposition d'Anvers, t. II, p. 190 et suiv. Notices illustrées, Nouvelle-Calédonie, p. 55 et suiv.

Tout un groupe de pénitenciers entoure Nouméa; il comprend le camp de Montravel, l'île Nou, et la presqu'île Ducos !.

Le camp de Montravel, établi à quelques kilomètres de Nouméa, se compose de neuf bâtiments, entourés d'un mur d'enceinte avec tourelles de surveillance. 600 condamnés peuvent y être internés. C'est là que sont conduits, depuis 1881, les transportés à leur arrivée de France, et que s'effectue le classement par catégories, tant d'après leurs aptitudes professionnelles que d'après leursituationpénale, classement qui s'effectuait autrefois à l'île Nou. Une plaine qui s'étend devant le camp a été défrichée ; on y a planté un peu de maïs et de luzerne, quelques légumes, dix pieds de vigne, et installé un haras pour la formation d'une race de mulets. Enfin il existe à Montravel un atelier de presses autographiques « où sont composés les circulaires, imprimés, brochures et reliures de l'administration pénitentiaire * ».

L'île Nou 8, anciennement île du Bouzet, est le domaine exclusif de la transportation. C'est aussi le berceau de l'administration pénitentiaire en Calédonie. Dès le début, cette île fut choisie comme dépôt général. Située en face de la rade de Nouméa et à une distance assez courte pour permettre les communications fréquentes et rapides, elle avait l'avantage d'assurer la garde et la surveillance des hommes en même temps que la sécurité de la population libre de la ville. On avait en outre la main-d'œuvre à sa portée pour les travaux à effectuer à Nouméa.

A voir, surtout de la mer, l'ensemble des constructions de l'île Nou, on croirait trouver une petite ville. En effet, l'administration y a peu h peu accumulé les grands bâtiments, casernes, magasins, ateliers, fermes, etc. C'est à l'île Nou que sont internés, après un premier classement fait à Montravel, les transportés qui ont exercé des professions industrielles, ainsi que ceux qui sont réputés particulièrement dangereux. A certaines dates, plus de 2 800 condamnés ont été internés au pénitencierdépôt, ou au camp Est, son annexe 4.

C est à l'île Nou que sont centralisés les différents ateliers de travaux, confections, réparations, fabrications. Des travaux industriels très variés y sont effectués pour l'administration, qui consomme les produits. Tous les corps de métiers sont représentés à l'île Nou. Une fonderie,

1. Notices pour V Exposition d'Anvers, t. II, p. 197 et suiv.

2. Notice pour 1884 (Paris, 1888), p. 73. Notice pour 1885 (Paris, 1889) p. 85.

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