M. A. Legrand, loc. cit
4. Beaucoup de transportés, soit en raison de leur état de santé, soit en raison d'infirmités, viennent dès leur débarquement grossir la classe si nombreuse des invalides et des impotents. 11 semblerait naturel de ne pas les envoyer aux colonies : mais la loi de 1854 n'a pas prévu le cas, l'expatriation est obligatoire, et l'invalidité des condamnés ne peut, paraît-il, justifier des commutations de peine I » (Rapp. de la comm. de classement, in Bull. Soc. prisons, 1891, p. 1103.)
5. 3448 sur 9997 en 1885 {Notice pour 4885, Paris, 1889, p. 116). Ce n'est que tout récemment qu'on s'est décidé à réduire les ateliers et les cultures de l'Ile Nou et de Ducos (Bull. Soc. prisons, 1891, p. 931). Cependant, en 1891, on y comptait encore plus de 2800 transportés.
ou, écrivait M. Pallu de la Barrière en 1882 *, a conduit l'administration, par une pente inévitable, à augmenter les locaux et à accumuler sur un seul point toutes les dépendances, toutes les annexes des bagnes de Brest et de Toulon. Ce résultat est diamétralement opposé au sens de la loi sur la transportation. » En réalité, on n'a supprimé le bagne à Toulon que pour le rétablir à l'île Nou 2.
Que produit en effet ce groupe pour la colonisation? Évidemment, rien ou presque rien, sauf quelques corvées à Nouméa. Est-ce « être employé aux travaux les plus pénibles de la colonisation, » que d'être musicien, infirmier, sacristain 3? En quoi les ateliers de l'île Nou préparent-ils la colonie pour la venue des colons libres 4? Quel profit l'avenir de la Calédonie peut-il retirer de ces belles forteresses « qui ressemblent aux châteaux du moyen âge? » Le but primitif est tout à fait oublié : l'administration produit, à des prix excessivement élevés comme toutes les fois que l'État se mêle d'être industriel, des objets qu'elle consomme elle-même. Il était inutile de faire faire aux transportés une traversée longue et coûteuse pour les employer à de pareilles besognes ; les maisons centrales de France y auraient suffi.
Du moins (et en laissant de côté les concessionnaires), dans le reste de l'île, la main-d'œuvre pénitentiaire a-t-elle accompli une besogne plus utile et plus productive? Les fermes agricoles ont été plus ruineuses encore et plus contraires au but à poursuivre.
La première fondée fut la ferme-modèle de Yahoué, à l'est et non loin de Nouméa. « Les transportés, lit-on dans la Notice pour 1867 B, y font un stage pénal en s'initiant aux pratiques de la vie agricole. Plus libres qu'à l'île Nou, mais moins qu'à Bourail, ils sont dans une situation mixte où l'action disciplinaire se fait encore sérieusement sentir. » Cette ferme, qui n'a jamais pris grand développement, est devenue dans la suite un dépôt pour les libérés non-concessionnaires.
Des pénitenciers agricoles existent ou ont existé sur plusieurs points de l'île. A Koé-Nemba, près de la Dombéa (depuis 1879), on a fait un peu de culture ; on a planté quelques cannes à sucre et 2 hectares de vigne.