Godey, Souvenirs de la Nouvelle-Calédonie, t. H, p
5. » Les camps mobiles, dit très bien M. de Lanessan, sont seuls véritablement les travaux forcés ».
revenir, en décembre 1873, à l'administration pénitentiaire. Celle-ci a créé des hangars, des chantiers, des cases, un camp, des jardins, des routes, des cales de halage, des appontements, etc. Mais ici encore, coûteux outillage, productivité médiocre ou nulle. La coupe dite des Kaoris * a donné, de 1874 à 1881, 1900 mètres cubes de bois; la coupe dite « forêt du Nord » a donné depuis lors quelques centaines de mètres cubes par an.
Il ne faut pas se faire illusion ; bien que 2 à 300 condamnés en moyenne aient été employés sur chacun des points de l'île qu'on vient d'énumérer, le seul canton sérieusement occupé par l'administration pénitentiaire, en dehors des environs de Nouméa, c'est Bourail. L'organisation du pénitencier agricole de Bourail remonte à 1867 : c'est le plus important des établissements de la transportation 2. « On y a installé * une ferme pénitentiaire dirigée par un agent de cultures, qui donne, en outre, des conseils aux concessionnaires groupés autour de la ferme. » Cette ferme est cultivée par des condamnés « aspirants-concessionnaires », destinés à aider dans la culture de leurs terres les concessionnaires établis. Sur cette entreprise est venue se greffer la plus déplorable de toutes, celle de l'usine à sucre de Bacouya. L'administration passa, en 1870, un marché avec une usine sucrière qu'elle s'engagea à alimenter avec les produits des concessions et de la ferme de Bourail. Puis, n'ayant pu tenir ses engagements 4, elle acheta l'usine pour manipuler elle-même les cannes. Les inondations, les sauterelles, l'insurrection de 1878, ont amené le chômage de l'usine, qui n'a fonctionné en somme que d'une manière intermittente, et a donné les plus déplorables résultats. L'administration a fini par liquider cette coûteuse affaire.
Le système suivi partout consiste, on le voit, à faire produire d'abord par les transportés tout ce dont l'administration a besoin : des tuiles, des pierres et des bois pour ses innombrables constructions ; du maïs, des haricots, des légumes pour l'alimentation des détenus; des chaussures et des habits pour leur vêtement ; puis on a cherché à obtenir des produits susceptibles d'être vendus. C'est dans ce double but qu'ont été établis les ateliers et les fermes agricoles. On a voulu par là diminuer les frais de la transportation , on n'y a pas réussi, et on a détourné la main-d'œuvre pénale de son véritable objet, les travaux publics 5.